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16 janvier 2012 1 16 /01 /janvier /2012 17:53

 

 

Un préambule éditorial


Lettropolis édite des textes. Sa charte éthique le précise suffisamment : primauté à la qualité. « Le texte d'abord » fait partie de nos préoccupations quotidiennes, tant de fois répétées. Ce « bon texte », nous l'éditerions, viendrait-il d'un saint reconnu ou du pire des larrons, d'un obscur autodidacte ou d'un professeur émérite, d'un clochard à la dérive ou d'un milliardaire poussé à d'autres dérives, peut-être pires, et de tant d'autres...



Or il peut arriver que certaines personnes développent envers l'un ou l'autre de nos intervenants des réactions de rejet, qu'elles transfèrent immédiatement sur Lettropolis, allant jusqu'à en refuser ou rejeter le moindre contact.



Déranger est un enjeu de belle taille


Oui, Lettropolis dérange certains... et tant mieux, pourrait-on dire, car un monde qui imposerait un consensus pathologiquement généralisé ne mènerait qu'à sa perte : soit par évanescence, soit par dictature.



Oui, Lettropolis a pu susciter – et suscitera encore – des réactions, qui, pour désagréables qu'elles soient, deviennent compréhensibles à condition d'en poser clairement les tenants et les aboutissants, c'est-à-dire la structure et les implications.



   Quelles  limites  ? Quelle méthode ?


À ce stade, deux remarques sont nécessaires :

  • il ne s'agit nullement ici de psychologie d'un personnage, avec ses émotions, ses forces et ses faiblesses, mais bien d'une structure de fonctionnement. Dit en termes plus mécaniques : la possession d'une deux-chevaux – ou d'une Ferrari – ne préjuge d'aucune qualité de conducteur, ni crainte, ni agressivité. Mais la conduite systématique à contre-sens pose des questions qui impactent le sens profond des relations entre l'humain et la société.

  • Le raisonnement sera inductif, et non déductif. En termes plus simples : ne partant pas d'un idéal pour construire un monde tout aussi idéal, mais à l'inverse, posant les conséquences immédiates de faits observables.



L'homme doit-il être réduit ?



Préjuger de la valeur d'un écrit à partir de la sympathie (ou de l'antipathie) que l'on développe pour son auteur, expose au double danger de l'accepter par sympathie, ou le rejeter pour des raisons inverses.

C'est le premier danger, celui qui nie le texte (accepté ou non)... mais non le seul, car, agir ainsi nierait également l'auteur, par une série de relations d'équivalences dont aucune n'est complète ni réversible.

En effet, si l'écrit ne peut être complètement détaché de son auteur, il ne lui est pas pour autant superposable en tous points. Affirmer l'égalité absolue de ces superpositions reviendrait à identifier l'homme à partir d'un texte, si minime soit-il, et l'on connait la phrase fameuse « donnez-moi une ligne de lui et je le ferai condamner. » Mais on pourrait tout autant verser dans une absolution irréfléchie. Il y a donc une pente dangereuse qu'emprunte ainsi celui qui avance par réductions progressives du sens et impose des relations d'équivalences absolues là où n'existent que des tentatives ordonnées-désordonnées de l'esprit humain pour affirmer son existence unique, irréversible, non reproductible, dans le cours de sa vie autant que dans celle de l'humanité.



Le destin humain n'est pas animalier



C'est la grandeur de l'homme, comparée à celle de l'animal, de sortir en permanence des comportements programmés, quitte à se risquer en des chemins incertains. Mutatis mutandis, cette même grandeur se développe – erreurs comprises – lorsque la personnalisation de la pensée s'oppose aux dynamiques grégaires des mouvements de foules, y compris dans le domaine des pensées conditionnées.



L'homme multi-directionnel, socialisé



Le même raisonnement s'applique aux différents moyens par lesquels l'homme tend vers son existence propre : sa présentation au monde, sa parole, ses actes. Dire que quiconque serait réductible à l'une des composantes de ces trois modules, serait nier l'homme en sa globalité, le fractionner en éléments soumis à toutes les vindictes, à tous les procès, à toutes les iniquités, ou à toutes les adulations. Ce serait, de part et d'autre la perte de l'âme, de l'esprit, du corps.

Nous savons bien que la société – toute société – impose cette réduction par chacun de ses pouvoirs organisationnels ou régaliens : le procès est instauré sur un acte, la guerre est déclarée en des formes légales, l'impôt est prélevé par la force si besoin etc. Mais nous savons aussi – et nous voulons – que des amendements existent : le jugement tient compte de circonstances atténuantes qui ne sont pas directement liées à l'acte qui a motivé l'accusation, la guerre devra se terminer par une paix aussi légale, l'impôt sera modulé.

Nous savons aussi que nombre de délits ou de crimes s'élaborent à partir d'un « mauvais regard ». L'humanité doit-elle se dégrader à ce point où même les lois de la guerre sont bafouées ?

L'étiquette doit rester une politesse de bonne compagnie qui préserve la valeur de chacun, et non une banderille lancée d'une foule dans la chair de qui l'on veut abattre.



L'accomplissement ?



Ainsi, l'homme accompli sait vouloir n'être ni animal, ni « société », ni objet d'étiquetage pré-emballé au bon vouloir de quiconque. Il sait vouloir faire la part de son animalité et de sa socialisation, sans se tromper de temps, ni de lieu, ni de circonstances : animalité avec ses réactions premières de survie (pour soi-même et sa descendance), socialisation avec ses relations à l'immensité toujours renouvelée des hommes dans leurs structures.

Dans cette optique, la morale stoïcienne revient pour chacun à l'ordre du jour, avec, en particulier le triple précepte de changer ce que l'on peut changer, de supporter ce que l'on ne peut pas changer, et de savoir faire la différence.

Ici, le savoir-faire la différence impose une morale de la connaissance et de l'action.

Ici, la résilience morale – bien que sous-jacente – laisse la place à la construction sociale et mieux encore, à la paix sociale, ou à défaut aux compromis sociaux qui sauront ne pas devenir des compromissions.



En ce sens, comment s'articulent les forces fondamentales de la vie humaine ?

Comme souvent, c'est le retour aux genèses qui expose le mieux les divers problèmes : la première force est consubstantielle à la vie : le devoir de survie pour chacun et pour les siens.



Pour accomplir ce destin, l'humain est sur-équipé par rapport à ses amies les bêtes, dont les manifestations de dominance ou de soumission, s'expriment essentiellement par le combat et la fuite.



Nous, humains, avons développé un ensemble d'armes, de techniques et de stratégies qui mobilisent l'ensemble de nos personnalités (avec les trois compartiments : l'intellectuel, l'affectif, et l'actif) perpétuellement mobilisables du fait de la plasticité cérébrale, et perpétuellement tendues par la poursuite d'un idéal.



Ainsi, suréquipé, possesseur et mobilisateur de milliards de combinaisons neuronales possibles, incessamment défié par l'univers et le défiant sans cesse, l'humain est confronté par son unicité a l'immensité du monde, tant celui des autres humains que celui de la nature.



Face à cette complexité auprès de laquelle le nœud gordien fait plus que pâle figure, les solutions humaines sont souvent tentées de répondre par des solutions plus expéditives encore : trancher par l'épée.



Des garde-fous ?

Face à ce destin tragique de l'homme, les grands ancêtres ont posé en abîme les deux conceptions du monde qui s'expriment en creux, résumées par la terrible progression entre le « Tu ne tueras point » de l'Ancien Testament, et « l'amour du prochain » qui s'en veut l'accomplissement.



Inutile d'énumérer les différentes situations par lesquelles un conflit – oh paradoxe ! – les réunit. Le train n'a pas fini de siffler ses triolets, ni Grace Kelly de presser sur la détente de sa carabine avant de la jeter aux orties. Il est plus intéressant de travailler sur le cheminement de ses idéaux dans le cours habituel de nos vies.



Tuons-nous ? Aimons-nous ? Les réponses les plus communes (espérons-le !) seront, dans l'ordre : non, oui. Elles seront souvent de bonne foi. Et pourtant, elles seront d'autant plus fausses qu'elles seront incomplètes, assorties de contorsions intellectuelles, de restrictions, de conditions, cachées derrière des idéaux destructeurs, ceux que Nietzsche traduisait par le terme de « nihilisme ».





Dans l'état actuel du développement de l'homme en société, il existe deux types d'homicides.



Le cas « classique » se produit par l'intermédiaire d'une arme physique, quelle que soit sa nature.

Mais il existe d'autres armes, bien plus insidieuses, bien plus perverses qui visent à la mort par asphyxie sociale... en attendant mieux !



Il s'agit alors d'empêcher « l'ennemi, l'autre » d'exprimer la totalité de son être, de le dévaloriser par toutes les vexations possibles, de l'accabler des pires excès – d'autant pires que fantasmatiques et inventés – de dresser contre lui les comportements homicides de la foule, et de l'exclure du champ social, en attendant – but suprême – qu'il s'annihile lui-même par auto-censure ou par suicide physique, ou ostracisé par la masse.



Nous reconnaissons ici la panoplie du harcèlement moral qui se développe au mieux – si l'on peut dire – dans les deux cadres les plus structurants de la vie en en société ; celui du travail et celui du politique.



Cet effet de groupe – voulu, recherché – explique pourquoi cette perversion est non seulement dirigée contre une personne, mais contre tout ce qui peut lui être rattaché, de près ou de loin, avec ou sans preuve... et de préférence sans, pour éviter toute confrontation au réel.

 

Manipulation et désinformation sont les deux leviers fondamentaux par lesquels ces tactiques mortifères se mettent en place. Il est intéressant de comprendre que les cibles favorites des assassins en puissance que sont les harceleurs sont les personnalités les moins aptes à comprendre, puis à répondre : celles qui sont attachées en priorité aux valeurs de la conscience professionnelle, d'un certain ordre hiérarchique, à la réalité du terrain, à la vertu des mots et des promesses, à une certaine stabilité qui a fait ses preuves, bref, tous ceux qui ne tombent pas dans le travers d'une veulerie prête à toutes les compromissions, qui ne recherchent aucun conflit par plaisir, ou s'attendent, si nécessaire, à y répondre en respectant les lois reconnues.



Il est intéressant de noter qu'il suffirait d'apprendre deux phrases simples pour couper court aux manipulations du harcèlement moral :

  • la première : « calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose » 

  • la seconde : « quand on veut faire tuer son chien, on dit qu'il est enragé. »



Leur utilisation judicieuse devrait ouvrir les esprits, mettre à bas bien des entreprises de harcèlement moral, tant professionnel que politique.



Reste que le harcèlement moral sous toutes ses formes n'est jamais qu'une torture qui n'ose pas dire son nom, qu'une violence qui n'a pas le courage de s'assumer, qu'une perversion contagieuse de l'esprit. Le terrorisme n'est pas loin.



Si les deux premiers éléments (torture masquée, violence sans courage) sont déjà méprisables en soi, le troisième, porte en germe les éléments d'une dégradation et d'une auto-destruction du système dans lequel il se développe.



Comment ne pas voir les ferments que portent en elles les armes des manipulateurs-désinformateurs ? Osons les reconnaître : les blessures mortifères savamment distillées, le poison des paroles, l'organisation systématique de tous les moyens dits non-violents qui cachent la violence de leur esprit (la calomnie, le mensonge, le préjugé, l'étouffement) descendants directs des boute-feux de tous les autodafés du monde.

Suit en pure logique comportementale la ghettoïsation des esprits et des âmes, l'exclusion des œuvres de qui a le malheur de ne pas entrer dans leurs cadres pré-définis.

La spirale atteint, non seulement ceux qui ont eu le malheur de leur déplaire, mais qui ne les condamne pas, ne s'associe pas à leurs ukases, se dirige vers d'autres buts.

Il faut alors vaincre par écrasement à défaut de convaincre par la rigueur de l'esprit. Occupent le devant de la scène les partisans des discussions sans fin, des invectives, des coups fourrés, qui, pour justifier leurs idéaux, manipulent jusqu'aux « forces injustes de la loi », tranchent à vif ceux qui peuvent les mettre en question, qui s'arcboutent sur la vie et non sur des hypothèses transcendantales.



Ainsi se réfèrent-ils sans cesse au lit de Procuste, à la guillotine égalitaire, aux camps de concentration et de rééducation, aux chants pour lendemains sourds aux cris du jour.



En poursuivant ce jeu, une guerre civile qui n'ose dire son nom se propage, une société se délite, et des hommes, à salir les autres, ne peuvent faire autrement que se salir.



Car, à ce jeu, qui prétendrait rester propre, incorrompu ? L'Histoire a déjà vu, et certains de ses épisodes mériteraient d'être enseignés comme modèles, non à suivre mais à éviter.



Alors, Lettropolis continuera son devoir d'humanisme qui, en premier lieu, consiste à éditer de bons textes, quelles que soient les origines de l'auteur, et même si nous ne souhaitions partager rien de plus avec lui.



Le vingtième siècle nous a donné suffisamment d'exemples de corruption intellectuelle pour que nous présentions notre îlot de raison à qui veut bien y adhérer.



Hors de tout angélisme, de tout optimisme béat, de tout aveuglement sur l'agressivité humaine, nous osons mettre en présentation des œuvres qui nous paraissent dignes de l'être et qui n'ont pas leur place dans les médias omnipotents, tant pour la littérature que pour les essais.



Si tel n'était pas le cas, il faudrait étendre l'étouffoir sur tout ce qui dérange : supprimer d'une bonne pensée le métier de journaliste, refuser au médecin le droit de soigner le blessé de l'autre camp, s'amputer de ses ancêtres, renoncer au progrès véritable qui consiste bien souvent à apprendre des erreurs des autres et de soi-même.



Triste monde... contre lequel le devoir serait de déroger, de déranger.

 

 

Avec les compliments de Lettropolis, édition pour la lecture de livres numériques appelés OLNIs



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