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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 18:04

 

Ce troisième volet de mes articles consacrés au parler québécois n'épuisera certainement pas le sujet (je ne parle pas du lecteur, j'espère...) mais ouvrira d'autres pistes de réflexion.

 

En premier lieu, il serait injuste de croire évanoui le talent littéraire de la belle province. Au contraire, poètes, chanteurs, écrivains existent, bien souvent de belle et bonne qualité. Mais je pose la question de leur impact réel dans la personnalité de la province, lorsque le parler commun se laisse envahir par les mauvaises herbes ou les plantes exotiques exubérantes. Je fais ici référence aux déviances internes du français ou à l'anglicisation évoquées dans les articles précédents. Peut-on imaginer de faire venir à une littérature de qualité des personnes habituées à parler un sabir américano-français et à écrire à la cadence de dix fautes à la ligne?

 

Face à cette interrogation, nous connaissons bien la réponse automatique des démagogues habitués à flatter l'esprit du moindre effort: ne pas corriger les fautes, affirmer que le sens se conserve malgré tout, rester sourd aux arguments tirés des derniers progrès des neuro-sciences, et noyer la discussion par une débauche de matchs de hockey.

 

À l'opposé, des politiques mieux inspirés tentent par des mesures légales et des subtilités fiscales de stimuler la langue française. La fameuse loi 101 en est un exemple (se rendre sur le site précédemment indiqué pour une plus ample explication). La publication assistée par programme d'aide aux entreprises du livre et de l'édition spécialisée en est un autre. Mais comment persuader mon ouvrier de sabler plutôt que de "sandblaster"? Je ne connais pas d'incitation fiscale efficace dans ce cas.

 

Or la question de cette émergence du sabir américano-français se double au Canada de celle tout aussi épineuse de la tendance autonomiste. Sans prendre parti dans ce débat, on ne peut que s'étonner d'entendre notre "sandblasteur" québécois envisager de se séparer de la partie anglophone du pays. Il y a là quelque chose qui grippe le mécanisme liant intimement l'identité et la langue d'une nation. Il y a aussi matière pour les anglophones de se gausser. Et qui pourrait les en blâmer, surtout lorsqu'ils avancent le coût exorbitant des traductions obligatoires de la documentation légale et administrative vers la langue française pour des gens qui la maltraitent à ce point.

 

Je ne serai certes pas naïf au point de prendre pour argent comptant cet argument, si réel soit-il dans sa version comptable, et de négliger les sous-entendus de l'histoire, les vieux conflits anglo-français européens transposés sur le continent nord américain.

 

Nous voici aux frontières de l'éducation et de la politique dans ses deux versants: intérieur et extérieur. Le Canada nous offre un modèle particulier d'étude, mais du fait de la globalisation du monde et plus spécifiquement du globalisme agressif de certains, il n'est pas inutile d'y porter notre réflexion. Car, dans ce domaine, sommes-nous si éloignés de nos cousins québécois, nous les "maudits Français"? Et pour d'autres raisons, notre situation pourrait même être pire.

 

 

 


 

 

 

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8 novembre 2009 7 08 /11 /novembre /2009 04:08
Je reçois le commentaire suivant de M. Gilles Thompson de Montréal:

Si vous avez à cœur la langue de Molière et nous croyons que vous l`avez, pouvez-vous faire circuler dans votre milieu!
Merci à l'avance!

CENTRE-VILLE DE MONTREAL

Une anglicisation fulgurante en photos et vidéos
Déjà un millier d'infractions possibles à la loi 101!
Et ce ne sont ni des rumeurs, ni des ouï-dire, ni des peurs mal-fondées, ni des épouvantails à moineaux, ce ne sont que des faits réels.
Et comme Paul Watzlawick, philosophe et grand psychanalyste, dit bien dans sa formule: "La déliquescence des cultures précède la disparition des sociétés".

Allez constater sur ce site:
http://www.imperatif-francais.org/bienvenu/articles/2008/montreal-anglais.html


Ma première réponse dans l'urgence ne peut être que de souscrire à son souhait et de recommander de suivre ce lien, ce que j'ai fait. J'affinerai plus loin ma position dans la suite de l'article qui m'a valu le commentaire de M. Thompson que je remercie chaleureusement.
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6 novembre 2009 5 06 /11 /novembre /2009 08:12

 

Au cours de mes articles, j'ai semé quelques allusions au parler francophone du Québec. Il s'agit maintenant d'en tirer mes conclusions qui poseront plus de questions qu'elles n'amèneront de réponses. Une fois ingurgité le titre parodique de cet article, passons à un descriptif plus fonctionnel.

 

Je commence par l'accent. On pourra s'amuser à le contrefaire, d'autant plus facilement qu'on n'en perçoit pas les nuances locales, si l'on n'appartient pas à cette communauté (à moins de porter une attention spéciale, quasi-musicale, à la langue parlée). Il a son charme, sauf à devenir exacerbé, lourd, difficilement compréhensible, finalement désagréable, jusqu'à créer une impression de malaise. Car si notre esprit accepte ses déficits auditifs dans une langue étrangère quel que soit notre niveau de pratique, ne pas comprendre ce qui est censé être notre langue maternelle crée une distorsion auditive, une sensation d'étrangeté comparable à celle éprouvée dans certains rêves ou certaines maladies, lorsque nous ne reconnaissons plus des lieux ou des paysages pourtant familiers. Il y a là une frontière subtile où se confrontent nos capacités d'adaptation sensorielle, sociale, et les comportements identitaires d'un groupe, allant de la simple dérive linguistique à la nécessité défensive.

 

Je précise que j'utilise le mot "accent" dans sons sens le plus commun. Il faudrait bien entendu distinguer les intonations, les fréquences, le positionnement du niveau énergétique de la voix, dans le mot, dans la phrase, et d'autres outils linguistiques. Cela posé, je donnerai trois exemples, trois pistes de réflexion:

 

- Je connais un garçon qui circule professionnellement dans tout le Canada. Il est Français, parle et travaille en français, anglais et allemand. Il a donc une bonne pratique auditive. Mais voyageant aux îles de la Madeleine, il me raconta avoir été incapable de comprendre un traître mot hors de la conversation professionnelle. Bien sûr, en y restant, en s'y adaptant... Mais dans notre propre langue maternelle, pas un traître mot... un adjectif qui prend du sens...

 

- Regardez un film québécois parlant français accompagné de sous-titres en français, non pour les sourds, mais pour la compréhension des "modits freinçés". Je ne connais pas d'équivalent ailleurs que dans "la belle province".

 

- Écoutez la chanson "Québécois de souche" du groupe des "Cowboys fringants", et envoyez-moi vos commentaires (je veux dire, votre traduction). Cette troisième piste mène à la réflexion suivante :

 

Le choix des mots donne lieu à surprises. Il en est d'heureuses, souvent fortement imagées, qui participent du génie de la langue et du locuteur. Ainsi des "agace-pissettes", plus que délurées. Il en est de moins bonnes: le "denturologiste" qui remplace notre dentiste s'en tient certes à la stricte définition médicale de la denture qui est le résultat de la dentition, mais alors où pouvons-nous trouver un "dentitionniste"? Et si votre ami "chauffe un bus" ce n'est pas à cause d'une "bordée de neige", mais parce qu'il en est le chauffeur. Grammaticalement cela se conçoit par rapport à l'origine de la fonction sur les premières voitures. Encore, tout cela n'est-il que broutilles soumises à appréciation personnelle. Par contre, les surprises détestables tiennent à l'anglicisation de la langue, où je distingue trois niveaux de gravité croissante, et une mention spéciale:

 

- Le premier remplace le mot français par sa traduction anglaise (reprenez le texte des "Cowboys fringants", transformant la phrase en une pâtée indigeste.

- Le deuxième transplante un sens français sur son homophone anglais. Ainsi du "God bless you" suivant un éternuement, devenu "Dieu vous blesse", et cela sans le moindre humour, ni sans l'excuse de l'irrespect.

- Le troisième réduit puis trahit le vocabulaire français par une opération en trois temps: généralisation d'un mot français à toute sa famille fonctionnelle, négation de cette généralisation, utilisation de l'anglais pour récupérer le mot français perdu au premier temps. Exemple: la sableuse québécoise peut être soit notre sableuse française (outil projetant du sable) soit la ponceuse (outil de ponçage au papier de verre). L'ouvrier québécois à qui une précision est demandée répond que c'est la même chose, mais mis devant la nécessité d'expliquer comment il va s'y prendre, il répond qu'il va "sandblaster". (mot à mot de l'anglais: souffler du sable). Je ne sais ce qu'il fait avec le champagne...

- la mention spéciale revient à l'anglicisation du discours par une traduction rigide de l'expression anglaise correspondante. Le panneau illustrant cet article en est l'exemple subtil. La mention "SOYEZ ALERTES" provient du "be alerted" anglais. Une bonne traduction allait du plus simple "ALERTE", au "ATTENTION" peut-être moins stimulant. J'ajoute qu'en négligeant de poser l'accent sur le "E" majuscule on crée un effet comique involontaire (j'espère): faut-il être "alerté" ou suffisamment "alerte" pour échapper au plantigrade qui aura négligé de déguerpir au bruit des sifflets ou des clochettes recommandés?

Lire la suite du panneau permettra d'aborder par la suite la question de l'orthographe. (tout déchets, sic...).

 

Questions suivantes et approches conséquentes feront l'objet d'un prochain article.

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2 novembre 2009 1 02 /11 /novembre /2009 20:44

Je reçois à l'instant une lettre émanant de la Cantilène cigalière, association dont j'avais l'outrecuidance d'ignorer l'existence. En voici la substantifique moelle:

 

Monsieur,

 

Vous écrivez dans votre article intitulé "Vers le dernier rivage... mais Liz" que la jeune fille circule sur un vélo surnommé "la souris" car "le pédalier couine un peu". Nous vous demandons de publier le droit de réponse suivant: Mlle Liz M. possède bien une bicyclette inscrite à notre association sous le nom de "Cigale noire" et non de "souris". Il est inadmissible que vous ayez confondu notre chant aux accents inimitables, glorifiant le soleil et le grand air, avec un couinement de souris, animal ridiculement timide, grisâtre, voué à l'obscurité et aux petits cris malhabiles. Nous avons conscience de représenter les élytres de la nation, et si quelqu'une d'entre nous s'est laissée aller à chanter tout l'été jusqu'à se trouver fort dépourvue lorsque la bise fut venue, nous avons maintenant établi une caisse d'entraide mutuelle dont je vous fais parvenir les coordonnées bancaires. Je ne doute pas que vous envisagerez une réparation financière au préjudice moral que vous nous avez porté. Nous vous en remercions d'avance.

 

À peine remis de ma surprise, une deuxième missive me fut livrée. Elle était signée du président de l'Union Murine Progressiste et affirmait hautement, après une entrée en matière que je reconnus assez vite:

 

Monsieur,

 

Dans votre article... etc. etc. .. Or, aucune Liz M. n'est inscrite à notre registre national, car aucune d'entre nous ne couine, terme profondément discriminatoire que nous ne pouvons tolérer. Au contraire, nous nous entraînons sans trêve pour apporter à vos maisons ce bruissement mélodieux, cette présence furtive et douce, cette note vibrante qui fait notre renommée, et à laquelle vous répondez trop souvent par des miaulements agressifs, des cadeaux fromagers dignes des Grecs (timeo Danaos et dona ferentes) ou pire, par un granulat hémophilogène. Vous comprendrez notre irritation et vous aurez à cœur, nous l'espérons, de faire cesser ces épouvantables calomnies. Une livraison conséquente d'un fromage traditionnel, évitant les restrictions insupportables des technocrates bruxellois pourra éviter de franches représailles.

 

Je sors de ce pas faire quelques courses.

 

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28 octobre 2009 3 28 /10 /octobre /2009 04:08








Si Terre-Neuve a nourri notre voyage, la Nouvelle-Écosse nous a souvent montré son meilleur visage. Mais à ce stade, le parcours fait place au déplacement, et il faut bien se résigner à dépasser des lieux où il aurait fait bon prendre du temps. Mais le hasard joue son rôle, et parfois même au-delà. Ainsi une petite bande de terrain bien propre attire le regard. Une stèle s'y dresse, et par derrière, un chemin herbeux conduit à un boqueteau où quelques tombes accueillent les voyageurs de la mémoire. La lagune toute proche distille une sorte de calme que le soir tombant accentue. Un vol d'oies sauvages annonce une étrange coïncidence.

 

Cette stèle a été érigée pour commémorer le bicentenaire de Fanningsborough. Le terrain qui appartient à la famille Dotten depuis 1785 devait voir s'ériger une ville. Le plan prévoyait deux cent trente-neuf lots de trois acres réservés pour des officiers britanniques restés fidèles à la couronne pendant la guerre d'indépendance américaine. La ville n'exista jamais. Que se passa-t-il? Cette histoire reste peut-être à écrire, ou à rêver.

 

En tout cas, telle qu'elle m'apparaît, cette prairie perdue est le lieu le plus propice pour terminer ma narration. Le voyage, tel que je le conçois, est ce rêve intermédiaire entre ceux que la mémoire a retenus et ceux que la vie ne permettra jamais de réaliser. L'homme ne portera jamais plus fier défi au temps que celui de ses rêves inachevés.


Dormez en paix, soldats de Fanningsborough.

 

 

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27 octobre 2009 2 27 /10 /octobre /2009 23:56


 

Non, pas de mélancolie, car le dernier rivage...? Mais le regard s'attarde pour retenir la beauté de Terre-Neuve. On n'en finirait pas d'observer la marche sautillante et l'étrange hochement de tête de quelques oiseaux de mer dont j'ignore le nom. Pas plus que de suivre la fascinante promenade des méduses sur des fonds camaïeu, la valse lente des plantes aquatiques dont les fruits affleurent en surface, de recueillir les derniers rayons du soleil sur une plage déserte, ou un plein seau de myrtilles sur une lande. Une longue marche sur la langue rocheuse de Long beach mène à quelque bout du monde, battu de flots, où des goélands nous attendent, peut-être gardiens, peut-être passeurs de destin. Rocs et bois flottés capturent des formes que notre imagination décèle, mais comment affirmer que le contraire n'est pas vrai?

 

Parfois à fleur d'eau, parfois à l'assaut de collines ou des fières falaises du Cap Saint-Georges, les sentiers pourraient nous mener vers d'autres mondes, ceux que nous pourrions découvrir en nous-mêmes, ou ceux qui se sont offerts à d'autres visiteurs plus anciens. Leur mémoire est conservée à certains endroits, en des fresques naïves. Tantôt un grand-père français sert de référence, tantôt un Viking barbu qui semble sourire. L'un et l'autre ont bien sûr quelque chose à vanter, ou quelque colifichet à vendre. Sachons rester à notre place et à notre temps. Au loin d'autres îles semblent des baleines pétrifiées. Mais pourquoi dire "semblent"? Que peuvent-elles être d'autres?

 

Port-aux-basques sera notre port d'embarquement. Le trajet vers la Nouvelle-Écosse devrait durer six heures, mais c'est compter sans le vent qui a décidé de montrer sa force. Juste avant le port, deux rangées de montagnes exercent un effet d'entonnoir du plus bel effet, encore majoré par leurs vallées adjacentes. Des panneaux annoncent que les anémomètres ont enregistré des vitesses supérieures à deux cents kilomètres à l'heure. Je ne sais ce qu'ils disent aujourd'hui, mais le VW n'a jamais été ballotté à ce point. D'ailleurs, le traversier qui doit nous accueillir prend deux heures de retard, et encore, le vent a-t-il faibli dans la première partie de la nuit. Bien sûr nous serons un peu bousculés mais, rien que de convenable pour cette saison.

 

En attendant, nous hantons les salons de la compagnie maritime. Et finalement, nous nous alignons pour l'embarquement. Devant nous une Pontiac de 1959 attire mes regards, et inversement en ce qui concerne le conducteur de l'ancêtre pour notre camping-car. Une grande jeune fille avec son vélo chargé de bagages nous escorte. Naturellement, nous parlons voitures, vélos et voyage. J'ai toujours porté estime à ces courageux cyclistes qui ne se contentent pas de faire des ronds devant la place du village, et qui redonnent à la bicyclette ses vraies lettres de noblesse: à savoir, une merveilleuse machine à découvrir le monde, sans nécessiter d'être un athlète complet. Il suffit de compter le nombre de vélos transportés sur les voitures des vacanciers et leur rareté sur les routes pour comprendre de quoi je parle. Bref, nous entamons la conversation. Liz est Australienne, elle a fait des études littéraires en France, a voyagé sur deux roues en Orient et circule depuis plus d'un millier de kilomètres au Canada. Son vélo, elle l'a fabriqué de ses mains avec des pièces récupérées à Montréal, et comme le pédalier couine un peu, elle l'a surnommé "la souris". Qui dit mieux? Elle accepte de poser devant notre VW. J'apprécie cette assurance tranquille qui dénote un beau caractère, et nous rapproche d'une jeunesse qui ne risque pas d'être qualifiée de "jeune" par nos médiacrates. Quelque chose me dit que cette rencontre a un sens.

 

Au petit matin, après très peu de sommeil, nous nous retrouvons par hasard. Elle cherche à rejoindre des amis à Antigonish. C'est un trop long trajet pour la journée. Nous embarquons "la souris".

 

Une pensée pour Terre-Neuve dont l'eau nous sépare maintenant. Nous venons vraiment de changer de monde.

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27 octobre 2009 2 27 /10 /octobre /2009 03:53

 






Un jour, finalement, le fameux joint de culasse est annoncé. Rory, dont le travail s'accumule, prévoit une nocturne pour l'installer. Il se sent plus ou moins obligé de ne pas nous retarder davantage. Terry, bien sûr, est mobilisé pour l'occasion. La pièce doit arriver à l'aéroport de Saint John's vers midi, et nous être livrée vers seize heures. Mais, le temps passe, et passe encore, jusqu'à ce que, vers vingt heures trente les phares du taxi s'annoncent. Il est temps de passer à l'action.

 

Vers deux heures du matin, le moteur vrombit. Ouf! Tout est-il fini? Non, car le thermostat adéquat n'a pas pu être installé. Nous devrons d'abord vérifier la montée en température du moteur en conditions réelles, mais nous attendrons le jour. Évidemment, sans thermostat, le chauffage de la cellule est insuffisant, mais nous ferons contre mauvaise fortune améliorée bon cœur de circonstance. Car, pour couronner le tout, le chauffage annexe de la cellule est tombé en panne, sans espoir de réparation.

 

Nous aurons passé plus de deux semaines à Port Union. Deux semaines perdues, pourraient dire certains, d'autant que notre programme en est totalement modifié, mais finalement deux semaines enrichies de toutes ces connaissances nouvelles.

 

Nous revoici sur la route. Retrouvons les bonnes mauvaise habitudes nécessaires pour esquiver les pièges de la chaussée. Nous ne sommes pas les seuls, comme en témoigne notre photographie.

 

Notre première étape est Elliston réputée comme aire spécifique des puffins, les macareux si photogéniques, également appréciés des gourmets locaux il y a encore peu d'années. Mais comme la saison est trop tardive, nous n'en verrons que les photographie locales. Elliston s'enorgueillit aussi d'être la capitale mondiale des grottes domestiques destinées à la conservation des aliments. Il y a certainement des réfrigérateurs dans les maisons, mais ne croyons pas que le progrès réduise à néant les vieilles techniques: à preuve, Elliston possède aussi une source rurale qui fait recette au bord de la route. Maintenant que Terry et Margrete nous l'ont montrée, nous l'utilisons aussi, et nous apprendrons à en retrouver d'autres sur notre trajet, l'eau courante municipale étant souvent tellement terreuse que mieux vaut s'en tenir aux émergences de dame Nature.

 

Nous dirigeons aussi nos roues vers Bonavista, où Sébastien Cabot aborda en 1497, et je veux bien croire que l'impression que lui laissa le paysage justifia ce nom. La photographie jointe en témoigne.

 

Cette étape marque le début d'une frontière invisible: celle du retour. Il semble alors que le temps adopte un autre rythme, que les routes principales s'efforcent de nous retenir, et que leurs collègues secondaires modèrent leurs chants de sirènes, non pas que l'œil refuse la beauté ambiante, mais qu'un autre but se soit progressivement substitué au précédent. Il arrive que les chevaux qui sentent l'écurie s'emballent. Je vais éviter toute cavalcade insensée à ceux de mon vieux turbo de 1982, reculassé 2009, non sans toutefois les maintenir dans une ligne plus affirmée et plus directe. Une bonne nouvelle cependant, le rendement du moteur, sans prétendre à des records, permet de maintenir une meilleure allure, y compris par rapport à notre départ de Montréal. Je n'en dirai pas plus pour l'instant...

 

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27 octobre 2009 2 27 /10 /octobre /2009 00:12


 

Et notre mécano, Terry? J'avais évoqué sa silhouette active et silencieuse. Mais J'aurai l'occasion de mieux l'apprécier. Le samedi matin on frappe à la porte du VW. Une jeune femme se présente:

- Bonjour, je suis Margrete, la femme de Terry, et voici ma fille Alisha. Terry m'a dit que vous allez passer le week-end dans votre camion. Venez à la maison!

Comment résister à ces sourires et à ces invitations? Quelques préparatifs de dernière minute et nous voici partis. À partir de ce moment, nous allons vraiment passer dans l'ambiance de Terre-Neuve, en participant à la vie de la famille. Margrete nous ouvre sa maison, comme on le doit à des voyageurs: ce n'est pas seulement la salle de bain et la cuisine, mais aussi la générosité et l'amitié. Elle ose se confier, sans jamais se laisser aller, elle offre sans écraser, elle fait découvrir avec simplicité un plat local, une excursion sur les sentiers côtiers, le goût des canneberges que l'on appelle ici "partride berries", ses soucis financiers, ou ses difficultés personnelles anciennes sur lesquelles je ne dirai rien. Margrete est une femme qui ouvre son coeur et son esprit à sa famille et à ses amis.

Alisha, la fille de la famille, apprend le français, et elle ne se débrouille pas mal du tout. J'en profite pour l'aider un peu et lui présenter quelques finesses de notre langue. Il est très intéressant de se glisser dans la peau d'un ambassadeur extraordinaire de la francophonie. Ambassadeur sans lettres de créance, bien entendu, mais ambassadeur cependant, de même que Margrete et sa famille au titre de l'esprit terre-neuvien. Le grand fils Tyler, n'a pas reçu la fibre linguistique de sa sœur. Mais on devine qu'il suit l'exemple de Terry: un Terry bien différent du personnage qui hante le garage. Terry, qui a de l'or dans les mains, qui s'offre à aider ses amis, nous-mêmes dès que nécessaire, qui a retapé un vieux bateau sur lequel j'espère un jour retrouver les joies de la pêche à la palangrotte, Terry qui viendra presque timidement nous apporter un bidon d'eau de source, Terry qui se réserve le vendredi soir pour la bière avec les copains, et ouvre alors les trésors de sa sensibilité, et nous fait découvrir ses chansons préférées qui parlent toutes de la vieille Irlande, des rives brumeuses de Terre-Neuve, et du jeu musical du rattling qui pousse la mémoire et la diction jusqu'aux limites du possible.

 

Dès lors, nous aurons notre résidence secondaire chez Terry et Margrete, et plus encore, nous sentons que notre place y est réservée. Nous n'en partirons qu'avec un serrement de cœur.

 

Car il faudra bien partir, une fois le moteur réparé. Mais grâce à l'accueil de Terry et Margrete, nous aurons une fois de plus recueilli les fruits inattendus de nos chemins de traverse.

 

Je n'irai pas jusqu'à dire merci à notre vendeur indélicat de la région nord de Montréal. Mais j'imagine que sainte Thérèse officie encore à Sainte-Thérése.

 

 

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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 03:45








Nous avons certes établi notre quartier général sur le parking du garage, mais nous nous en échappons régulièrement pour de bonnes promenades en forêt. Car, nous avons beau stationner en ville, la nature commence à une cinquantaine de mètres, et même moins: au matin, un tas de sable en bordure du terrain montre des empreintes d'élan. Mais ils sauront se montrer discrets, même lorsque nous empruntons le chemin qui mène aux lacs, se distribue vers des sentiers, et fait rêver à de longues marches sans autres limites que nos propres forces. Ce chemin que nous parcourons à pied ou en vélo est une sorte de frontière du dépaysement, ainsi qu'un terrain d'entretien physique, une mine de pierres attirant les photographies, et notre buanderie de plein air.

 

Progressivement nous investissons les lieux, un peu comme des nomades établissent une sorte de réseau fonctionnel autour du campement. Alors nous remarquons les habitudes des uns et des autres, des marcheuses semi-sportives qui longent la côte, des clients réguliers du garage, qui viennent discuter un peu avec nous, des adolescents qui fréquentent la bibliothèque.

 

Il arrive même que nous renseignions des automobilistes de passage lorsque le garage est fermé. Un jour, nous faisons la connaissance de Robert Morissette. Difficile de ne pas remarquer son équipage de loin. Son "big bike", réalisé de ses mains, assemble un certain nombre de bicyclettes en un véhicule sur lequel des volontaires pédalent pour récolter des fonds en faveur de la prévention cardio-vasculaire. Ainsi se trouvent concrétisées les idées d'exercice musculaire et de solidarité. Pour voyager, le grand mécanisme est tracté par un fort pick-up, et l'ensemble resplendit d'un beau rouge incandescent. Il l'amène vers Saint-John's pour une nouvelle campagne. Mais aujourd'hui deux pneus crevés de la remorque nécessitent réparation. Nous évoquons nos trajets respectifs, et bientôt, travail accompli, le grand Big bike reprend la route.

Une autre de nos promenades favorites longe la côte jusqu'au port. J'aime voir ces chalutiers évoluer au large, ou simplement amarrés, chargés de couleurs et de rêves.


Nous retrouvons aussi Deanne, qui nous avait si bien narré la vie de la fondation Coaker. Elle et son mari, ingénieur maritime en retraite, investissent maintenant le champ artistique, peignent, sculptent, imaginent de belles formes à partir de bois flotté, de pierres ou d'autres matériaux trouvé au hasard de leurs promenades. Eux aussi nous ouvrent leur maison et ses commodités, et leur chaleur cordiale. Terre-Neuve, encore et toujours.

 

Au fait, pour les amoureux du détail: combien de bicyclettes comporte le Big bike? C'est simple, il suffit de regarder la photo.

 

 


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25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 03:23








Un matin, on nous propose de nous amener à la fondation Coaker. Allons-y! Nous avions bien repéré le panneau d'entrée faisant référence à une action syndicale. Aujourd'hui, nous visitons le site initial.

 

Effectivement, en 1908, William Coaker entreprit de créer l'Union de Protection des Pêcheurs. En 1916, on passait à l'achat d'une bande de terrain, et à la construction de bâtiments. Le projet était d'importance. Il s'agissait de se donner les moyens d'échapper à la domination des grands marchands de poissons de Saint-John's. En 1926 l'union des pêcheurs avait installé des magasins de vente au détail, des chantiers de construction navale, un système de payement équitable pour que les pêcheurs puissent acquérir le matériel nécessaire à leur métier sans s'endetter au long cours. Un complexe associatif offrait l'espace nécessaire à des pièces de théâtre, à de grandes réunions syndicales qui fonctionnaient selon un découpage à trois étages (sections locales, conseils de district et conseil supérieur). On installa aussi une infirmerie, une église, une gare et une usine hydro-électrique. Pour bien se rendre compte de l'ampleur de l'entreprise, il faut savoir que la génératrice de 400 chevaux (il n' y en avait que quatre à Terre-Neuve en 1918) alimentait non seulement les principaux bâtiments de Port Union, mais également les villes voisines d'Elliston et de Clarenville, et ensuite, une bonne partie de la péninsule de Bonavista. Quant aux bateaux, plus d'une dizaine ont été construits entre 1918 et 1933, jaugeant de 50 à plus de 400 tonnes. Le grand port, souvent libre de glace jusqu'en février, pouvait en abriter une bonne centaine.

 

Je ne sais exactement ce qu'il est advenu de cette grande organisation. J'imagine que des réactions ont dû se produire. Quand on bouscule les monopoles, il faut s'attendre à quelques sursauts désagréables.

 

Nous longeons les quais où sont exposées des machines-outils de cette grande époque, ainsi que différentes photographies nous faisant plonger dans des témoignages étonnants :"on partait parfois pour un mois, un mois et demie, même deux. Et on n'avait nulle part où laver nos vêtements... On portait de bonnes vieilles combinaisons Penman... on dormait dedans un bon mois de temps" affirme un nommé Phil Donovan.

 

Aujourd'hui, une fondation a repris les bâtiments qui servaient de logements. Ils me font penser aux corons du Nord. Nous les longeons, lorsque qu'une porte s'ouvre. Une dame au grand sourire s'offre à nous expliquer l'histoire locale. Nous venons de rencontrer Deanne. Devant notre intérêt, elle nous invite à entrer. Elle fait partie d'un groupe de travailleuses sociales qui entretiennent ici des activités féminines. Si nous avons faim? Oui. Alors les plats locaux sortent comme par enchantement. Nous faisons honneur aux recettes multiples qui associent les salades aux scruncheons, déjà connues, la viande d'élan, les biscuits de "hard bread" (pain dur ne serait qu'une approximation) à la morue, les macaronis au fromage, les muffins, les tartes aux myrtilles, et de la gelée aux bonnes couleurs anglo-saxonnes.

 

Nous évoquons les histoires des familles locales. Deanne et ses amies ont toutes des origines françaises, et elles nous parlent avec une certaine fierté de leurs ancêtres bretons qui ont enjambé les rambardes de leurs embarcations pour retrouver la terre plus hospitalière, ou une jeune beauté locale. Et puis la langue anglaise a pris le dessus, certains de ces grands-pères s'étant acclimatés, d'autres ayant mystérieusement disparu sans laisser d'adresse. Quelques livres ont-ils relaté ces aventures? Elles ne le savent pas vraiment, mais nous donnent les références d'un auteur local.

 

Il faut que nous trouvions le livre de Françoise Engehard: "Tales of dog island". Il faut aussi revenir au camion, où Rory, plus jovial que jamais, nous annonce que les fameuses pièces qu'il croyait recevoir bientôt, sont en attente, mais on ne sait où.

 

Terre-Neuve est bien une île.

 

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  • Pierre-François GHISONI
  • la littérature en partage
L'homme avant les termites
L'idéal sans l'idéologie
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