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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 07:23

 

LE ROMAN DE GUILHEM par AUDE PILORGÉ

 

 

Avec Le Roman de Guilhem – le deuxième de sa production – Aude PILORGÉ s'impose dans le peloton de tête des grands du roman historique. Parole d'éditeur ? Oui, bien sûr, car sinon le texte n'aurait pas pris sa place dans le catalogue de Lettropolis. Mais surtout, parole de lecteur, de lecteur embarqué en ce douzième siècle qui voit s'élaborer les destins des petits comme des grands, des brigands de tous chemins, des seigneurs assoiffés de pouvoir, des marchands avides, des religieux qui savent s'opposer corps et âme et fourche en main si nécessaire, aux convoitises des puissants... tout en sachant combien, en chacun de ces groupes, se multiplient les nuances jusqu'à leur inversion complète, tant est indéfinie la complexion humaine.

Ce roman suit des personnages qui se découvrent – qui se redécouvrent devrait-on dire – depuis leur apparition dans le texte précédent De soie, d'or et de sang. Car ce n'est pas un mince exploit que d'avoir su éviter les simples redites. Les caractères se précisent, Guilhem devenu riche marchand – trop riche, trop marchand ? – a pu céder à des sirènes dorées. Son beau-frère, Baudoin, dévoile la raison de son pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle, et le chemin de vie qu'il entend suivre, au prix de tous les périls, jusqu'à l'ultime preuve de sa foi.

Combien de ruffians, combien de gredins, de personnages frappés au coin de la meilleure ou de la pire monnaie ne rencontrerons-nous pas en ce texte foisonnant ?

Tel ce baron de Perchepinte : « Le premier, le baron sauta à bas de son cheval. À peine à terre, il se tourna vers son fils qui avait encore un pied à l’étrier et l’apostropha : 

— Ah, ça, mais vas-tu te presser, maroufle ? Ou je t’expédie près de ta mère pour faire de la broderie ! »

Telle cette Adalaïs, qui ne correspond en rien au portrait idéal de la douce jeune femme : « Elle traitait père avec une déférence calculée, mais, vis-à-vis de moi, ne se donnait pas même la peine de feindre. Romeu pouvait bien être fier de sa femme, plaisante à voir et qui l’avait hissé au-dessus de sa condition, mais moi je savais à quel point elle était superficielle, sèche de cœur, calculatrice et avare. Je la détestais, je détestais ce sourire qu’on aurait cru peint sur sa figure et, à part moi, l’appelais carogne, happelourde, méchante gaupe ! » 

Et tant d'autres...

 

Mais on ne saurait non plus passer sous silence les richesses de la langue de la vénerie lorsque nous suivons les chasseurs : « Les vautres, pour avoir déjà chassé les jours d’avant, étaient mieux ameutés. Un gros de chiens, capable de rembucher toute une compagnie ! Flairant les housures, les deux chiens de tête avaient bien dressé la voie, que le reste de la meute avait résolument empaumée ! Ils avaient forlancé un sanglier. Tout excité, Jordi s’était écrié :

— C’est un ragot ! 

— Non, c’est un quartenier ! avait répliqué Raimon d’Espeyrouzès. »

 

Et si nous souhaitons reprendre haleine, nous nous reposerons le long du chemin de Compostelle, tantôt en granges, tantôt en abbayes, tantôt à la belle étoile, accompagnant les pèlerins... au moins ceux d'entre eux qui auront échappé aux brigands, aux loups, aux ours, ou à quelque précipice.

 

Si les personnages sont forts, la langue ne l'est pas moins, tant par son vocabulaire (un glossaire se trouve en fin de volume) que par la richesse des connaissances qu'Aude Pilorgé nous distille, par la voix de l'un ou l'autre de ses personnages (gageons qu'elle a un faible pour Baudoin... et ne nous en plaignons pas).

 

Ainsi, nous sommes les contemporains de ces personnages, nos ancêtres. Nous les avoir rendus, si présents, si intimes est la marque d'un grand romancier. Mais nous oserons dire, en nos temps d'incertitudes et de «marche sur la tête » qu'elle a fait mieux encore : elle nous les a rendus nécessaires. Merci à Aude Pilorgé pour ce grand et beau texte.

 

Le Roman de Guilhem
Aude Pilorgé

533 pages

7,85 €


 

 

LE ROMAN DE GUILHEM par AUDE PILORGÉ

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