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Nulla dies sine linea

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EN ROUTE POUR LUBEC


Au hasard de la route, les paysages et les situations se multiplient. Ce soir nous sommes dans les environs de Cutler. Nous avons hésité quelque peu à trouver un site du bivouac, adéquat. Voilà la rançon de la liberté: affiner les critères du choix jusqu'à s'en créer quelque nouvelle dépendance, au minimum de fortes habitudes. Mais avec un peu de persévérance, le résultat est atteint. Maintenant, nous dominons une large baie, dont l'autre côté est planté d'énormes antennes de radio-communication. Leurs feux rouges s'ajoutent aux étoiles. Le ciel est clair dans la douceur du soir.



Le lendemain, à marée basse, notre baie offre un large plateau de fruits de mer à qui s'y aventurera. Justement, deux pêcheurs lancent leur pick-up sur des chemins qu'ils doivent bien connaître. Puis ils partent pour leur récolte. Ce qui vaudra entre autres la photographies de cet article.



Encore quelques kilomètres, et nous atteignons le phare de West quoddy head. Certes, les côtes du Maine sont ponctuées de phares justement nécessaires, et hautement prisés tant par les marins que par les amoureux du passé, et les promoteurs du tourisme local. À vrai dire ce sont en majorité des tours peu spectaculaires dans leurs dimensions, servies par la beauté des caps sur lesquels est installé leur bariolage rouge et blanc. Mais la particularité de celui-ci est d'être le plus à l'est des USA. Les amateurs de pointillisme géographique pourront trouver sur internet ses coordonnées exactes, qui sont bien sûr gravées dans le granit au pied du dit monument. Une cloche fondue à Baltimore en 1900 est maintenant reléguée au rang des souvenirs, car les sirènes de brume l'ont remplacée.



Lubec n'est plus très loin. Et bien entendu, elle s'enorgueillit d'être la ville la plus orientale des USA. On s'en serait douté. En tout cas, c'est une charmante bourgade, qui, en cette saison, possède le charme des sites touristiques plus que tranquilles. Les professionnels du tourisme et nous n'avons pas les mêmes valeurs. La petite bibliothèque est accueillante, fonctionnelle, claire, moderne, dotée d'une pièce mi-salle de lecture mi-cuisinette, probablement celle de la bibliothécaire, mais je suis sûr qu'en cas de besoin, personne ne nous en refuserait l'usage. Elle sert aussi de salon de beauté à deux adolescentes qui viennent sans discrétion peinturlurer leurs ongles et comparer les résultats. Normalement, je devrais leur demander de modérer leur enthousiasme, mais par quelque charme de l'endroit, je m'en abstiens. La femme de ménage, vraisemblablement immunisée, s'en charge. Il y a d'ailleurs un point sur lequel j'aimerais qu'un sociologue m'éclaire: que font réellement tous ces adolescents en bibliothèque? À force de les fréquenter, de regarder les écrans qu'ils allument, je finis par me demander si le mot s'accorde vraiment à la fonction. Mais après tout, nous y trouvons aussi l'eau dont nous avons besoin. À chacun ses sources...



Pour le soir, le quai nous accueille. Les bateaux de pêcheurs, pétales de rose cramoisie, s'empourprent au coucher de soleil. De l'autre côté du bras de mer, le Canada offre son premier prolongement sous forme de la petite île de Campobello. Un pont et quelques douaniers tranquilles nous en séparent. Mais à quoi bon bouger? La vue est si belle dans la lumière du soir apaisé.



La suite...

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