Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Nulla dies sine linea

Publicité

VIVRE DE SA PLUME... MAIS ENCORE?

Dans l'article précédent, intitulé de la même expression, le sens avait été volontairement restreint à ses implications financières. Il s'agit ici d'en considérer d'autres, en distinguant clairement que "vivre de sa plume" peut dépasser la trop simple idée de gagner sa vie, pour arriver à celle plus humaniste de la faire. Ce verbe prend ici tout son sens, en poussant l'humain vers ses multiples dépassements, et, espérons-le, vers son accomplissement. À partir de cette acception, il devient indispensable de laisser une place à la chose écrite et portée au lecteur, pour ceux qui en ressentent l'intime nécessité. Cette profonde obligation s'impose alors indépendamment du volume de l'œuvre. Dans cette optique, Balzac joue à jeu égal avec une grand'mère de mes relations qui a tenu à laisser son témoignage à ses descendants. Dans le remarquable livre éponyme de Kazantzaki, le vieillard qui lance ses dernières forces dans la bataille de l'apprentissage, pour écrire simplement (?) "la liberté ou la mort", atteint au sens profond de l'écriture. Les remarques précédentes sur la quantité ne nous dispensent pas de la qualité, autre débat sur lequel nous reviendrons.



Il s'ensuit qu'une place doit être réservée à toute œuvre qui est nécessaire pour que l'auteur en vive, au sens complet du terme. Cette place ne devrait être exclue d'aucun des rouages du circuit de la lecture qui tient tout autant de l'édition et de la diffusion que de la disponibilité intellectuelle du lecteur, qui lui aussi peut vivre ou revivre de cette œuvre.



Or nous constatons quotidiennement que cela n'est pas le cas, et que la situation empire. Elle empire chaque fois qu'un auteur (quelle que soit sa valeur) fait le jeu télévisuel d'un présentateur à paillettes. Elle empire chaque fois que des contrats étonnants portant sur des sommes mirobolantes sont conclus au prix d'acrobaties médiatiques et financières qu'il faudra bien compenser en inondant le marché par l'œuvre en vogue. Elle empire chaque fois que le pilon écrase les invendus que d'ailleurs on ne souhaitait peut-être pas vendre. Elle empire lorsque, au mépris du contrat et de la loi, une réimpression n'est pas accomplie malgré la demande des lecteurs. Elle empire lorsque le "politiquement correct" insinue ses tentacules dans la liberté de l'écrit.



Il faut donc redonner à l'écrit la place qui lui est nécessaire et qui l'est tout autant pour notre survie morale. Il est prévu de s'en occuper. Il est prévu que nous nous en occupions.



Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article