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Nulla dies sine linea

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LES BORDS DE ROUTE

 

 

Nous avançons en Nouvelle Écosse, mais nous subissons toujours la pression décevante des voies de communication à destinée personnelle. Je sens bien qu'un lecteur pourra toujours me distiller des reproches multiples, m'accuser de mauvaise foi, de ronchomanie gallo-chronique, ou pire encore. Pourquoi pas? Mais avant toute condamnation, écoutons le plaidoyer.



J'admets mes antécédents de mauvaise éducation dans le domaine de la nuitée sauvage. En effet, avoir parcouru une bonne partie de l'Europe, (ouest, est) et même de l'Amérique latine, parfois sans même une tente, ne comptant que sur des abris précaires, et peu désireux d'utiliser les hôtels, n'a pas peu contribué à me faire préférer un brin de solitude, même à l'âge où les raideurs articulaires rendent le contact du sol moins savoureux. Aujourd'hui ma tente est métallique et automobile.



J'ajoute que dans notre monde bien civilisé (bien encombré), la jouissance momentanée d'une portion d'espace apparemment libre satisfait de vieux instincts qui remontent peut-être au-delà de l'enfance. Faudrait-il toujours mettre un couvercle sur la marmite? J'entends déjà des murmures: les déserts... les raids... les immensités... Certes. Mais n'y a-t-il pas un temps pour chaque chose? Et la nuit du voyageur occasionnel doit-elle le surprendre sans qu'un minimum d'intimité lui soit permis, s'il en use sans dommage pour autrui? Le bord de la grand'route est-il la seule solution possible, quand encore cela est possible sans contrevenir à quelque code, nécessaire par ailleurs? Il n'y a pas encore, que je sache, de loi qui oblige à louer une chambre d'hôtel. (Certains pays qui ont changé de nom dans ces dernières décennies pratiquaient ainsi, mais les raisons policières prévalaient sur celles du bien-être).



Le fond du problème est que certaines sociétés perdent tout sens commun, croient pouvoir et devoir tout réglementer, en même temps qu'elle laissent des pans entiers de leur législation sans force pratique. Ainsi se perd l'usage respectueux du bien commun et apparaît une perte de sens liberticide. Ainsi en est-il de tous ces panneaux, des deux côtés de l'Atlantique. En France, on trouvera des "interdictions de camper", et je suis certain que leur instigateur serait bien en peine de faire la différence entre le bivouac et le campement organisé. Idem pour les interdictions "overnight" anglophones. Se rendent-ils seulement compte, ces défenseurs théoriques de liberté, qu'en agissant ainsi ils violent le droit de libre circulation? Ont-ils seulement réfléchi, profondément réfléchi, c'est-à-dire au-delà de leurs beaux discours, qu'un voyageur nocturne doit pouvoir s'arrêter à son aise pour compenser la fatigue montante et diminuer le risque d'accident. Les aires de repos ne devraient-elles exister que sur les aires autoroutières, bien pourvues en commerces concessionnaires? Réfléchissons un peu à ces déviances.



La réalité est qu'il faut se débrouiller, trouver des astuces. Il n'en manque pas, heureusement, et l'accueil sympathique ou non dérangeant des Canadiens de toutes provinces en est la première étape, à de minimes exceptions près.



Mais quoi qu'il en soit le fond du problème demeure, de nuit comme de jour. Car si la nuit est le domaine du repos, le jour est encore celui de la découverte, et là...



En fait, du point de vue du touriste itinérant il existe trois espaces canadiens bien distincts: l'un est celui des espaces ouverts, parfois sauvages, peu accessibles, lointains, nécessitant d'autres moyens de communication qu'un simple véhicule. Le deuxième, toutes proportions gardées, ne surprendrait pas outre mesure un Hollandais, bien habitué à utiliser le moindre arpent de terre. Quant au troisième, nous savons qu'il existe, pour l'avoir déjà exploré il y a treize ans déjà, et nous le retrouverons bientôt.



En attendant, savourez la photographie du jour. Elle a été prise près de P... sur un terrain déjà délimité, attendant sa construction privée qui viendra bloquer le bout de ce chemin. Un exemple de plus pour les incrédules. Mais aussi un petit truc pour les compagnons des bords de route.



La suite...

 

 

Nous avançons en Nouvelle Écosse, mais nous subissons toujours la pression décevante des voies de communication à destinée personnelle. Je sens bien qu'un lecteur pourra toujours me distiller des reproches multiples, m'accuser de mauvaise foi, de ronchomanie gallo-chronique, ou pire encore. Pourquoi pas? Mais avant toute condamnation, écoutons le plaidoyer.



J'admets mes antécédents de mauvaise éducation dans le domaine de la nuitée sauvage. En effet, avoir parcouru une bonne partie de l'Europe, (ouest, est) et même de l'Amérique latine, parfois sans même une tente, ne comptant que sur des abris précaires, et peu désireux d'utiliser les hôtels, n'a pas peu contribué à me faire préférer un brin de solitude, même à l'âge où les raideurs articulaires rendent le contact du sol moins savoureux. Aujourd'hui ma tente est métallique et automobile.



J'ajoute que dans notre monde bien civilisé (bien encombré), la jouissance momentanée d'une portion d'espace apparemment libre satisfait de vieux instincts qui remontent peut-être au-delà de l'enfance. Faudrait-il toujours mettre un couvercle sur la marmite? J'entends déjà des murmures: les déserts... les raids... les immensités... Certes. Mais n'y a-t-il pas un temps pour chaque chose? Et la nuit du voyageur occasionnel doit-elle le surprendre sans qu'un minimum d'intimité lui soit permis, s'il en use sans dommage pour autrui? Le bord de la grand'route est-il la seule solution possible, quand encore cela est possible sans contrevenir à quelque code, nécessaire par ailleurs? Il n'y a pas encore, que je sache, de loi qui oblige à louer une chambre d'hôtel. (Certains pays qui ont changé de nom dans ces dernières décennies pratiquaient ainsi, mais les raisons policières prévalaient sur celles du bien-être).



Le fond du problème est que certaines sociétés perdent tout sens commun, croient pouvoir et devoir tout réglementer, en même temps qu'elle laissent des pans entiers de leur législation sans force pratique. Ainsi se perd l'usage respectueux du bien commun et apparaît une perte de sens liberticide. Ainsi en est-il de tous ces panneaux, des deux côtés de l'Atlantique. En France, on trouvera des "interdictions de camper", et je suis certain que leur instigateur serait bien en peine de faire la différence entre le bivouac et le campement organisé. Idem pour les interdictions "overnight" anglophones. Se rendent-ils seulement compte, ces défenseurs théoriques de liberté, qu'en agissant ainsi ils violent le droit de libre circulation? Ont-ils seulement réfléchi, profondément réfléchi, c'est-à-dire au-delà de leurs beaux discours, qu'un voyageur nocturne doit pouvoir s'arrêter à son aise pour compenser la fatigue montante et diminuer le risque d'accident. Les aires de repos ne devraient-elles exister que sur les aires autoroutières, bien pourvues en commerces concessionnaires? Réfléchissons un peu à ces déviances.



La réalité est qu'il faut se débrouiller, trouver des astuces. Il n'en manque pas, heureusement, et l'accueil sympathique ou non dérangeant des Canadiens de toutes provinces en est la première étape, à de minimes exceptions près.



Mais quoi qu'il en soit le fond du problème demeure, de nuit comme de jour. Car si la nuit est le domaine du repos, le jour est encore celui de la découverte, et là...



En fait, du point de vue du touriste itinérant il existe trois espaces canadiens bien distincts: l'un est celui des espaces ouverts, parfois sauvages, peu accessibles, lointains, nécessitant d'autres moyens de communication qu'un simple véhicule. Le deuxième, toutes proportions gardées, ne surprendrait pas outre mesure un Hollandais, bien habitué à utiliser le moindre arpent de terre. Quant au troisième, nous savons qu'il existe, pour l'avoir déjà exploré il y a treize ans déjà, et nous le retrouverons bientôt.



En attendant, savourez la photographie du jour. Elle a été prise près de P... sur un terrain déjà délimité, attendant sa construction privée qui viendra bloquer le bout de ce chemin. Un exemple de plus pour les incrédules. Mais aussi un petit truc pour les compagnons des bords de route.



La suite...

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