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Nulla dies sine linea

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DE GLEASON COVE A MONCTON

 



Comme chaque fois, l'inattendu, voire le déplacé propose son lot d'effets bénéfiques inespérés. Ce petit matin tout confus de brouillard nous laisse deviner la côte de Gleason cove, le vol feutré d'un goéland, et quelques grognements confus. Difficile d'en situer l'origine. Quoique... à force de scruter, à une petite cinquantaine de mètres, sur un radeau, quelques formes oblongues roulent et lèvent leur masse: des phoques en villégiature, si l'on peut dire. Le résultat photographique sera peu brillant, mais avec un peu d'imagination... Merci messieurs les policiers pour ce réveil touristico-déviationniste.



Réservoir empli de diesel en cours de route, nous voici de retour à Calais. Une bibliothèque de plus à notre tableau. Le bâtiment ressemble à une petit pavillon de chasse, mais sa partie fonctionnelle est plutôt exigüe, divisée en deux petites pièces. L'ergonomie du compartiment des trois ordinateurs laisse à désirer: écrans à contre-jour, manque de prises multiples, tables étroites. Mais toujours, sourires des différents utilisateurs, et accueil agréable.


À la frontière, l'agent me demande si je préfère le Québec ou le Canada anglais. Une petite discussion diplomatique s'impose. Nous bavardons tranquillement tandis que la file derrière nous augmente sans manifestation intempestive. Enfin nous voici au Canada, plus exactement au New Brunswick. Ce passage de frontière ne nous propulse pas d'un monde dans un autre, bien que nous notions quelques différences. La langue anglaise y est la même, à de petites différences d'intonation près, les forêts se densifient quelque peu. Mais progressivement, nous nous heurterons à un nouveau phénomène: la confiscation de l'accès aux rivages des lacs et de la mer.



Cet élément que nous avions déjà remarqué et au sujet duquel j'ai déjà tracé quelques lignes se renforce dans cette partie du Canada. Les différentes "lanes, drives, roads" marquées "private" forment une frontière infranchissable pour qui respecte la propriété d'autrui. Kilomètres après kilomètres ce ne sont que pancartes frustrantes et accès fonctionnellement interdits. Des amis Canadiens m'avaient évoqué cet envahissement foncier illégal autour des lacs. Nous y voici confrontés. On trouve ici matière à réfléchir sur la nécessité d'un règlement et de son respect, forcé si besoin. Sans atteindre des extrêmes communautaires dont le monde a payé les excès, le droit à l'accès au bien commun doit être assuré. Les routes de notre passage au Nouveau Brunswick offrent un exemple patent d'un délitement frustrant en ce domaine. Nous avions déjà noté cela en quelques points du Québec. La nature qui est pourtant omniprésente devient difficilement accessible, sauf à y pénétrer équipé de pied en cap. Car on ne peut comparer la forêt française avec sa cousine canadienne qui en est la version majuscule, sans même attendre l'hiver qui la transforme en monde étranger, hostile à qui n'y est pas préparé. On ne trouve pas de chemin qui ne débouche sur un terrain privé, pas une route qui donne l'impression d'appartenir à un tissu commun. Même les parcs régionaux sont fermés la nuit aux véhicules. Cela explique la grande concentration de camping-cars sur les parkings de grands supermarchés, Wal-mart en particulier. Malgré sa beauté réelle, malgré la sympathie des habitants, vivement d'autres débouchés! Nous attendonds mieux de notre prochaine grande étape: la Nouvelle Écosse!





 

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