Nulla dies sine linea
Voyager dans nos conditions peut offrir autant d'immobilité imprévue que de déplacement. Quiconque oublierait cette règle se trouverait immanquablement en butte à l'idée désagréable de perdre son temps. En posant ainsi la question, je m'avance quelque peu sur un terrain personnel, mais finalement assez fréquent dans notre culture. Il y a deux conditions essentielles pour surmonter cet obstacle du temps apparemment perdu: savoir s'y préparer (ce qui revient à vouloir découvrir ce qu'on aurait négligé en passant plus vite) et emporter les outils du loisir forcé.
La première condition est plus ou moins réalisable selon notre humeur, le programme prévu et la charge culturelle du lieu. Le temps ne s'écoule pas au même rythme sur l'altiplano andin que sur Madison avenue. On peut s'y laisser couler doucement, ou s'en irriter au dernier degré. On n'y découvre pas non plus les mêmes situations.
Quant aux outils du loisir (une image osée) chacun trouvera les siens. Je ne pars jamais sans quelques livres. Que chacun se renvoie la question classique du ou des titres à emporter sur une île déserte. Sachons être ecclectique pour accompagner les variations d'humeur. Mais les vélos accrochés à notre panneau arrière ne sont pas à négliger. Outre le classique maintien en forme, ils permettent de découvrir sans irruption mal vécue des paysages urbains méconnus. C'est ce que nous ferons périodiquement, et immédiatement lors de ce week-end de sédentaire inopiné. Sachez aussi qu'ils méritent l'expression de "vieux clous", puiqu'ils proviennent en droite ligne du marché aux puces de Montréal, où, Renato aidant, nous avons embarqué le tout pour 50 dollars canadiens. Autant dire qu'aucun bobo d'aucune grande ville française ne consentira à les enfourcher avant qu'une quelconque mode ne les y pousse. Qu'importe, nos mollets apprécient.
Au fait, puisque nous en sommes au chapitre des coups de patte, nous découvrons que l'accès à Internet est possible, à toute heure, et sans que quelque maire en mal de publicité nous en ait battu rebattu les oreilles.
Finalement, lisez bien le panneau pris en photo, et soyez polis. Tout ira bien.