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Nulla dies sine linea

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LE CHEVAL


                      

C'est la fin d'un dimanche de pluie tenace.
Les pommiers gris s'épanchent vers la terre qui somnole
Doucement caressée de serpentes rigoles
Où s'étire à l'envie la paresse des limaces.

Le ciel obstiné roule son pesant de nuées.
Si longue est cette houle, sans cesse ressuscitée,
Qu'un champ clos minuscule se pique d'immensité,
Quand sur ses barrières saute cette étrange ruée.

Dans l'ombre d'un vallon, un cheval nous observe.
Il est fort, d'une force blanche, ronde et tranquille,
Sans le moindre tressaillement, tout immobile,
Comme il sied aux lignées qui jamais ne furent serves.

Son pelage est marqué d'une volée de charbon.
N'y voyons point diablerie mais beau cousinage:
Palominos, pies indiens, et mustangs sauvages
Se vantent de leurs nerfs, mais n'ont point cet applomb.

Il offre son profil comme médite un sage.
Il est tant de sujets qui veulent attention:
Une pousse d'herbe tendre, le fil haute tension,
Mais tout cela n'est rien, il est d'autres messages.

Je vous l'ai déjà dit, ce cheval est bien libre:
Ayant offert au vent son galop le plus fier,
Il parcourt notre monde de son allure altière,
Et nul précipice ne menace son équilibre.

Comme il ne bouge point, pas même d'un sabot,
Le monde tient à ses pieds, délaissé par Atlas.
La catastrophe serait qu'il changeât de place.
Mais notre animal se tient bien et se tient beau.

Comme il accueille la pluie, son coeur n'est point sec.
Trop d'humains engoncés, aux figures cartonnées,
Parce que trois gouttes leur tombent sur le nez,
Feraient mieux d'ouvrir les yeux et fermer le bec.

Ce cheval ne craint pas l'éclair et sa flamme.
Ce mystère dépasse notre esprit et le confond.
Tant d'hommes qui se croient fort, n'auront jamais, au fond,
Rapportée au cheval, que petitesse d'âme. 

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