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30 septembre 2009 3 30 /09 /septembre /2009 15:14


 



Botanistes, à vos herbiers!



Le matin à Lubec est propice à la balade photographique. J'erre sous de vieux bâtiments dont les soubassements sont découverts à marée basse. Un cinéaste cherchant un décor angoissant y trouverait de quoi truffer son film d'effets intéressants. Non loin, ne restent que des tronçons de piliers recouverts de varech. Celui-ci les habille de formes variées à qui le spectateur du film sus-mentionné prêterait sans peine des intentions funestes. Je prends tout tranquillement mes photos, et continue sur la plage.



Un peu plus loin, une allée de planches traverse un marais. Je suis désolé d'avoir oublié le nom des bienfaiteurs qui ont aidé numérairement à l'installer. Mais merci à eux tout de même. Cette façon tranquille de nous proposer des promenades inhabituelles est assez bien représentée aux USA. Il n'y a pas qu'à Deauville que l'on peut fouler les planches. Sans prétendre au grandiose, cette petite traversée qui mène de la plage à l'école offre une leçon de choses non dépourvue de beauté. Celle qui illustre cet article en provient.



Lubec est une petite ville bien attirante. De plus, ses escarpements favorisent mon entraînement cycliste, et certaines côtes, heureusement, ne sont pas bien longues. Enfin, n'exagérons rien. Nous ne sommes pas à San Francisco, et toute pente montante à sa consœur descendante. Elle a aussi des amies éloignées qui attendent notre visite. En route, direction Calais, la ville frontière avec les USA, cette homonymie devant certainement quelque chose à notre Calais national. Mais ici, changement de décor: l'ambiance est plutôt triste, morose même. Et plus ennuyeux, nous ne trouvons pas de diesel. (Car aux USA ainsi qu'au Canada, toutes les pompes n'en distribuent pas). Retour sur nos pas. Une route nous tente. L'endroit est sympathique, ou le semble. Nous nous installons sur un terrain marqué en bon anglais: débarcadère public.



Je remarque cependant le manège passant et repassant d'une puis de deux voitures de police, spectacle bien inhabituel, d'autant qu'elles interpellent plusieurs véhicules, gyrophares et sirènes en fonction dans la nuit tombée. Il suffit d'attendre, et ça ne loupe pas, ils viennent vers nous.



L'un parle, l'autre reste dans sa voiture en surveillance. Il nous explique tranquillement mais fermement que nous ne devons pas rester. Dans ces conditions il y a plusieurs attitudes possibles. La pire serait de jouer au mariole, de faire de l'obstruction. Il me paraît plus astucieux de décliner les raisons de notre présence, tout en faisant remarquer que le panneau bien visible fait état du caractère public du terrain. C'est ici qu'il faut reprendre les bonnes vieilles techniques des questions posées et reposées, comme si l'on était sourd ou stupide. Ça ne loupe pas; ils finissent par lâcher le morceau: c'est bien un endroit public, mais en fait c'est une propriété de la tribu, car nous sommes en territoire "first nation"; et de plus des jeunes gens pourraient venir la nuit bousculer notre voiture...



La discussion étant un peu plus ouverte, reste à réamorcer: "est-il possible de rester, juste pour terminer le repas? Mais où pourrions-nous aller? Puisque vous nous avez dit qu'il y a un risque, nous vous demandons de l'aide". Maintenant, ils commencent certainement à trouver le temps long, et nous indiquent un endroit convenable. Je dis que je tenterai de le trouver, mais... Ils partent vers quelque mission, puis reviennent quelques minutes après: ils vont nous guider. Heureusement, car, dans le brouillard montant, le chemin de la petite crique de Gleason cove n'était pas facile à trouver. J'imagine que nous sommes alors sortis du territoire réservé de Passamaqhoddy.



Que faut-il penser de cela? Ce que l'on veut. Mais moi, j'ai ma petite idée... et il n'est pas sûr qu'elle soit politiquement correcte.



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29 septembre 2009 2 29 /09 /septembre /2009 14:46


Au hasard de la route, les paysages et les situations se multiplient. Ce soir nous sommes dans les environs de Cutler. Nous avons hésité quelque peu à trouver un site du bivouac, adéquat. Voilà la rançon de la liberté: affiner les critères du choix jusqu'à s'en créer quelque nouvelle dépendance, au minimum de fortes habitudes. Mais avec un peu de persévérance, le résultat est atteint. Maintenant, nous dominons une large baie, dont l'autre côté est planté d'énormes antennes de radio-communication. Leurs feux rouges s'ajoutent aux étoiles. Le ciel est clair dans la douceur du soir.



Le lendemain, à marée basse, notre baie offre un large plateau de fruits de mer à qui s'y aventurera. Justement, deux pêcheurs lancent leur pick-up sur des chemins qu'ils doivent bien connaître. Puis ils partent pour leur récolte. Ce qui vaudra entre autres la photographies de cet article.



Encore quelques kilomètres, et nous atteignons le phare de West quoddy head. Certes, les côtes du Maine sont ponctuées de phares justement nécessaires, et hautement prisés tant par les marins que par les amoureux du passé, et les promoteurs du tourisme local. À vrai dire ce sont en majorité des tours peu spectaculaires dans leurs dimensions, servies par la beauté des caps sur lesquels est installé leur bariolage rouge et blanc. Mais la particularité de celui-ci est d'être le plus à l'est des USA. Les amateurs de pointillisme géographique pourront trouver sur internet ses coordonnées exactes, qui sont bien sûr gravées dans le granit au pied du dit monument. Une cloche fondue à Baltimore en 1900 est maintenant reléguée au rang des souvenirs, car les sirènes de brume l'ont remplacée.



Lubec n'est plus très loin. Et bien entendu, elle s'enorgueillit d'être la ville la plus orientale des USA. On s'en serait douté. En tout cas, c'est une charmante bourgade, qui, en cette saison, possède le charme des sites touristiques plus que tranquilles. Les professionnels du tourisme et nous n'avons pas les mêmes valeurs. La petite bibliothèque est accueillante, fonctionnelle, claire, moderne, dotée d'une pièce mi-salle de lecture mi-cuisinette, probablement celle de la bibliothécaire, mais je suis sûr qu'en cas de besoin, personne ne nous en refuserait l'usage. Elle sert aussi de salon de beauté à deux adolescentes qui viennent sans discrétion peinturlurer leurs ongles et comparer les résultats. Normalement, je devrais leur demander de modérer leur enthousiasme, mais par quelque charme de l'endroit, je m'en abstiens. La femme de ménage, vraisemblablement immunisée, s'en charge. Il y a d'ailleurs un point sur lequel j'aimerais qu'un sociologue m'éclaire: que font réellement tous ces adolescents en bibliothèque? À force de les fréquenter, de regarder les écrans qu'ils allument, je finis par me demander si le mot s'accorde vraiment à la fonction. Mais après tout, nous y trouvons aussi l'eau dont nous avons besoin. À chacun ses sources...



Pour le soir, le quai nous accueille. Les bateaux de pêcheurs, pétales de rose cramoisie, s'empourprent au coucher de soleil. De l'autre côté du bras de mer, le Canada offre son premier prolongement sous forme de la petite île de Campobello. Un pont et quelques douaniers tranquilles nous en séparent. Mais à quoi bon bouger? La vue est si belle dans la lumière du soir apaisé.



La suite...

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27 septembre 2009 7 27 /09 /septembre /2009 18:01



Je viens de tester un correcteur de textes numériques. Sa première qualité est d'exister, la deuxième de permettre un téléchargement de démonstration valable 30 jours, sans limitation de fonction. Il faut toujours privilégier les opérateurs qui autorisent cet usage. Dans son module de correction d'un texte déjà écrit, il intervient sur l'orthographe, la grammaire et la typographie. Il s'intègre facilement dans les grands traitements de texte. Sa présentation est pratique. Bref, il impressionne favorablement dès la mise en place.



Je passerai rapidement sur la correction typographique qui me paraît satisfaisante: les espaces sécables fautives sont repérées sans erreur, la ponctuation défaillante aussi, me semble-t-il. À s'en tenir à ce point, on ne peut qu'être tenté de transformer l'essai. Mais la suite oblige à d'autres remarques.



Que les noms propres ou les termes étrangers ne soient pas connus n'est que broutille, aisément améliorée par la fonction d'apprentissage. Chacun peut ainsi élaborer son propre dictionnaire. Un pas de plus est franchi lorsque des mots sont signalés comme rares. À mon sens, cela est regrettable, d'abord parce que ces signalements, me paraissent exagérés, mais surtout parce qu'ils débouchent sur une possibilité d'autocensure, si l'auteur cédait à la tentation de niveler son texte par le bas.


Mais où le bat blesse, et mortellement, c'est dans sa fonction de correcteur grammatical. Là, il signale des erreurs qui n'en sont pas. Partant de prémisses justes (la règle de grammaire) il l'applique de façon parfaitement erronée au texte proposé. Parfois il propose, qualifiant de "suspectes" des formes parfaitement correctes; mais plus souvent il impose sa correction fautive. Défilent ainsi en catastrophe les accords d'adjectifs par rapport au nom qualifié, les accords sujet-verbe, les participes passés mal accordés.



Il s'agit là d'erreurs telles qu'aucun professeur de sixième de mon époque ne les aurait pardonnées. Il est donc hors de question de les laisser passer aujourd'hui, quel qu'en soit le prétexte.



À ce niveau de mon parcours quelques réflexions s'imposent:

- Les textes que j'ai soumis à ce correcteur étaient de grands classiques :

Les Mythes sur l'origine du feu de James George Frazer

La Crise de la conscience européenne de Paul Hazard.



- Malgré la correction d'erreurs évidentes (fait positif qui ne doit pas être omis) je ne peux que déconseiller ce correcteur grammatical. Je n'ose même pas imaginer que sa version professionnelle, que je ne peux tester, soit dépourvue de ces scories inadmissibles.



- Bien entendu, ce que j'affirme est dénué de tout jugement préconçu et peut être aisément prouvé. En voici deux exemples: (j'en tiendrai d'autres, et en grand nombre, à la disposition de qui me les demanderait)





 

 



Mais passons sur la déception pour aboutir à d'autres rivages. Finalement, il est peut-être réconfortant que les finesses, les inflexions, les allures de la langue française échappent à un correcteur grammatical, si nourri soit-il de prouesses numériques et de bonne volonté de ses auteurs. On pourrait même argumenter qu'un texte qui, en l'état, ne provoquerait aucune remarque de cet outil, ne serait que pauvre, sec, au mieux robotique, au pire, squelettique, définitivement mort. Je n'ose imaginer que l'on puisse en arriver à cet état. Je n'ose imaginer que l'on puisse écrire en suivant les consignes de la fonction de correction automatique. Je n'ose imaginer que l'on se contente d'une écriture au mètre. Je n'ose imaginer que l'on étouffe la richesse de composition des auteurs français pour en venir à cette décomposition morbide. Il faut souhaiter que l'enseignement du français et du Français empêche cette triste destinée.

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26 septembre 2009 6 26 /09 /septembre /2009 13:06



La paresse est la mère de tous les vices, et la flânerie, quand ce n'est pas l'erreur ou la malchance, celle de toutes les découvertes. Flânons donc, et prenons le titre, qui semble sous-entendre un programme précis, comme un résumé postérieur au trajet accompli.



Les homards nous accompagnent sur notre route. Au hasard d'un cimetière, les tombes de marins s'ornent de gravures, ou de sculptures qui évoquent ces vies à qui la mer a permis de revenir en terre. Il en est de plus ou moins riches, de plus ou moins élaborées. Maintenant chacune d'entre elles abrite la somme des travaux et des heures dont nous ignorons la nature et le nombre. Mais la vie et la belle pêche ne s'arrêtent pas à ces détails de l'histoire que sont les vies des hommes. Au hasard d'une route côtière, nous visitons des pontons, près desquels des bateaux attendent patiemment leur heure de gloire. L'estuaire, qu'on nomme ici "river" ou "harbour" est piqueté d'une myriade de bouées multicolores. Une maman homard n'y retrouverait pas ses petits, mais les pêcheurs, qui les posent par lignes, y ont peint leurs marques pour éviter les méprises. Qui se lancera un jour dans le recensement de cet extraordinaire armorial que représenterait la collation de ces bariolages?



Au bout de la route nous pourrions nous laisser séduire par un camp municipal établi en bord de mer. Mais à quoi bon s'y installer si les douches tirent si peu d'eau chaude, comme nous l'explique le gardien qui y travaille à temps partiel. Nous y ferons cependant une longue promenade sur les rochers, jouant à découvrir dans leurs masses ou dans leurs failles des figures totalement abstraites, ou étrangement liées à notre imaginaire. Est bien réel, en revanche, le serpent sur lequel je manque mettre le pied. On se croit au paradis, et voilà... Mais j'apprendrai, lors d'une rencontre ultérieure, que ce reptile n'est guère dangereux.



Nous arrivons enfin à Millbridge. Un petit parc à l'ombre d'un grand drapeau canadien nous offre un terrain plat, suffisamment tranquille, et une belle vue sur le fleuve. Adopté! Le temps de faire le tour du propriétaire, arrive un petit monsieur vif qui engage la conversation, en anglais d'abord, puis en français. Ses origines sont en partie québécoises; il a été à l'école française avec les sœurs. À vivre aux USA, son français s'est un peu rouillé, mais reste néanmoins très correct. Il me raconte les histoires locales, que tel bateau partira bientôt en Californie, qu'on joue encore au lancer de fers-à-cheval dont je vois les piquets au pied du mât. Puis il amène le drapeau, petit bonhomme dans la nuit qui tombe, sans une sonnerie de trompette. C'est une scène étrange, désuète, et d'autant plus étonnante qu'elle allie une symbolique essentielle et une raison pratique inattendue: il est arrivé que le drapeau soit volé la nuit, certains patriotes n'ayant pas les moyens de s'en payer un aussi grand. Voilà ce que c'est que d'avoir un drapeau si compliqué. Cela n'arriverait pas en France, pour d'autres raisons...



Mais, la suite au prochain numéro...

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25 septembre 2009 5 25 /09 /septembre /2009 14:42




Nous sommes donc restés seuls dans le brouillard. Au petit matin, les pêcheurs sont revenus mettre leurs embarcations à l'eau, ce qui amène à les imiter. En effet, nous avons acheté une petite embarcation gonflable, pas tout à fait jouet de plage, mais ne méritant pas non plus le qualificatif de "bateau". Il suffira de rester raisonnable, dans les limites des possibilités techniques. Mais d'abord, le gonfler... ce qui s'avère impossible car notre pompe ne s'y adapte pas. J'apprends l'existence des valves "Boston". Nous sommes donc à la côte, et nous y restons.



Je reviens ici sur une caractéristique des achats aux USA: il faut vraiment savoir où se trouvent les articles que l'on veut, et la logique apparente ne s'applique pas. Disons qu'il faut apprendre une autre forme de logique, de type "oui ou non". Car, à la question "où?" la réponse fournie est assez évasive. Nous en ferons une fois de plus l'expérience le lendemain en recherchant sans succès le raccord nécessaire dans des magasins spécialisés en bateaux et canoés gonflables. Nous devrons trouver un magasin généraliste vendant la pompe adéquate complète, mais qui ne possède pas les fameux raccords. Une fois de plus, tirons avantage de la situation: améliorons notre anglais.



En attendant, pas de promenade en bateau, donc, promenade en vélo. De longues routes forestières nous attendent. Elles mènent à un camp de tourisme où on nous laisse entrer sans payer, avec un sourire. Elles mènent à d'étranges maisons dont j'aimerais connaître l'histroire. Elles mènent à un petit village côtier où un guitariste se laisse aller à ses compositions. Elles mènent à un petit lac où des enfants se baignent. Elles mènent à des plaisirs simples pour muscles satisfaits.



Au retour, me vient l'envie saugrenue de faire la vidange que tout bon moteur mérite. Quoi de plus simple avec le matériel nécessaire, les bidons adéquats, et quelques contorsions? Rien de plus simple donc, sauf si le bouchon de vidange refuse obstinément de céder à mes efforts. Considérant qu'il résiste aux injonctions répétées de la bonne clef et de mes biceps, et de quelques stimulations verbales bien senties, je cède. Encore une surprise de notre brave "chum". Nous en aurons la preuve bientôt. Mais pour l'instant, la nuit tombe, et...



... la suite au prochain numéro.









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23 septembre 2009 3 23 /09 /septembre /2009 16:42

 


Non! Malgré son nom, il n'est nulle question de publicité cachée ni de cow-boy caracolant sur cette petite plage. C'est encore un de ces coins, style "bout du monde" que j'affectionne. Encore faut-il pouvoir y arriver. Malgré la beauté des paysages, et la relative rareté des habitations, il est parfois difficile d'accéder au bien commun, je veux dire aux sites que tous les pays du monde considèrent comme communs. Les eaux, courantes en font partie, ainsi que les mers. Je reviendrai sur cette notion qui est parfois frustrante, avec d'autres exemples au cours de ce périple.

En attendant, voici Marlboro beach. Une longue grève en bas de forêt donne sur une baie bien protégée, presque dormante. Au loin, dans un vieux pick-up, un homme regarde la mer, cette charmeuse de songes porteuse de tous les périls. Au soir tombant, les pêcheurs de scallops (sorte de coquille Saint-Jacques) ramènent leurs prises. Ils sont peu nombreux, trois ou quatre ce jour, et je suppose, à voir les traces de véhicules, que nous avons donc rencontré toute la marine du coin. Après une longue promenade pédestre, le brouillard se met de la partie, ajoutant à l'isolement.

Au cours de ce voyage nous nous attachons à trouver des endroits de ce genre, et nous y sommes rarement entourés de compagnons itinérants. En discutant avec certains d'entre eux, je note qu'au contraire, ils semblent les éviter, par crainte de mauvaises surprises, pour ne pas dire de mauvaises rencontres. Ah les bienheureux qui ne vivent pas dans un pays où les voitures brûlées se comptent par dizaines chaque jour, sans compter les "incidents" possibles en certaines zones mal contrôlées par la police. (Étant en pays anglophone, pratiquons l'understatement.) Un exemple possible nous en est donné ce soir: un camping-car s'étant parqué à une bonne centaine de mètres repartira avant la nuit complète. Il nous aura donné l'occasion d'une photo d'ambiance. Merci au voyageur parti pour un motif inconnu.
 

 

 

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22 septembre 2009 2 22 /09 /septembre /2009 19:04


Les bibliothèques sont les repères et les repaires du voyage. Outre une ancienne attirance pour les trésors qu'elles renferment, leur connexion à Internet permet des liens nécessaires. En route donc, pour celle d'Ellsworth, mais... que font ces gens réunis devant la bibliothèque ? Un garçon les harangue avec son haut-parleur. Préparent-ils quelque manifestation? quelque grève? Ah! J'oubliais, nous ne sommes pas en France, mais à Ellsworth, charmante petite cité du Maine, à la saveur provinciale, et nous assistons à une présentation d'animaux familiers.



Une présentation typique de l'Amérique que j'aime, non pas celle des grandes villes, mais celle d'une Amérique que je n'ose qualifier de profonde, pour éliminer toute trace de mépris que certains attachent à ce terme, une Amérique vivante, encore porteuse des valeurs du groupe, capable des combats nécessaires sans les coups de gueule insupportables, une Amérique où la notion de volontariat s'accompagne d'autant de professionnalisme que de bonne humeur. Cette réunion en est un exemple.



Parents et enfants sont venus présenter leurs animaux familiers. Chiens et chats, bien entendu, mais ce ne sont pas les animaux fringants et bichonnés de nos concours. Ce sont les compagnons aimés, soignés, de tous âges, de toutes fatigues, de toutes infirmités. Il faut voir briller les yeux des enfants qui leur font faire un tour de piste, et s'approchent ensuite de la table des officiels pour recevoir un petit diplôme. Ce modeste encouragement vaut toutes les déclarations creuses des politiques qui surfent sur la vague du lien social, et dégoisent leur camelote à longueur de discours et de banquets. Ici, cela se vit, avec le petit chien paralysé pour qui le papa a construit un support roulant, avec le vieux compagnon qui traîne la patte et quête une caresse, avec le plus jeune qui dresse fièrement la queue. Mais aussi avec tous les autres, j'ose dire, "les petits, les obscurs, les sans-grade": la tortue gentiment portée, le poisson rouge exhibé dans son bocal, le hamster dans sa cage, et d'autres encore.



Et s'il est un lecteur qui doute de cet esprit américain, qu'il regarde soigneusement la petite fille et son chien. Il ne retrouvera pas son équivalent français. Dommage!



Je resterais des heures à savourer cette ambiance, mais à ce jeu, la bibliothèque aurait fermé ses portes. Allons-y. Celle-ci est moderne d'allure, spacieuse. Elle surplombe le fleuve par une grande baie vitrée qui donne sur un puits de lumière. Les rayonnages sont clairs et les travées larges. L'espace des enfants contient tous les jeux nécessaires, ainsi qu'une barque où d'amicales peluches les attendent pour des rêves et des voyages que nous n'atteindrons jamais plus. Je choisis un grand fauteuil de velours cramoisi dans un coin du premier étage, et je me plonge dans l'univers informatique.



J'en sortirai par l'escalier où est accroché un fusil accompagné d'un document authentique que je traduis en entier:



Z. JELLISON

246 Carlton avenue

Brooklyn, N.Y.



Aux responsables de la bibliothèque d'Ellsworth



Gentlemen,



Veuillez accepter ce fusil qui fut pris le 17 juin 1745 à Louisburg, Colombie Britanique, par les troupes envoyées par le gouverneur Shirley, commandées par William Pepperel de Kittery. Il fut utilisé par Ephraïm Bray de Braintree, Mass, à Lexington, le 19 avril 1775, et à Bunker Hill, le 17 juin 1775, et plus tard au siège de Castine. À la fin de la guerre, Mr Bray s'établit près de Castine, et en 1792 vendit le fusil au feu major John Jellisson d'Ellsworth, qui, à sa mort en 1850 le donna à son fils William qui vivait à North Ellsworth. William Jellison utilisa le fusil à la guerre en 1812, à la défense de la côte, près de Mount Desert. À la mort de William Jellison en 1866 il donna le fusil à son fils, l'actuel propriétaire qui, ce jour, 19 avril 1899, en fait don à la bibliothèque d'Ellsworth.



Sincèrement vôtre.



Zacharia Jellison





Ne vous avais-je pas dit que nous n'étions plus en France?

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20 septembre 2009 7 20 /09 /septembre /2009 17:30


La route d'Ellsworth mène au soleil retrouvé. Retrouvés aussi sa fierté et cet air de santé de l'ami qui se fait fort de nous tenir belle et bonne compagnie. Pendant que le grand ouest l'attend, nous nous posons au port d'Ellsworth, où convergent d'autres visiteurs. Un concert en plein air était prévu, avec les réserves d'usage liées au temps, réserves heureusement levées. Ce soir, les musiciens ont prévu, organisés en big band, de retrouver les standards du genre. Arrivent des spectateurs de tous âges, qui en couples, qui en groupes, avec ou sans chaises pliantes. Chacun trouve sa place, à l'américaine, sans façons, en toute simplicité, et chacun profitera de la musique selon son humeur. Deux bonnes rangées d'auditeurs que l'on qualifierait de "consciencieux" font face au kiosque, qui, en fait, est maintenant entouré d'une foule disparate. L'animateur ouvre la séance avec un remerciement général, sans oublier la générosité du temps qui a évité d'annuler le concert. Et nous voici partis pour une grande heure de plaisir musical. Évidemment, les habitués des musiques du jour ne s'y retrouveraient pas, et comme je sous-entends tous les sens de ce verbe, je n'en suis que plus satisfait.



Il est toujours étonnant et enrichissant d'observer le comportement d'un groupe qui n'est ni tout à fait le nôtre, ni tout à fait étranger. Cela impose de disséquer des faits qui, dans un environnement habituel, passeraient inaperçus, ou emprunteraient de façon préférentielle la voie du sentiment ou du jugement. D'une certaine manière, il faut devenir peintre, ou photographe, ou témoin, et esquisser les premiers pas qui mèneraient au professionnalisme du sociologue. Sans y prétendre, les images reviennent.



C'est une petite fille d'environ cinq ans, qui cabriole et gambade. Certains diraient qu'elle danse. Je préfère penser qu'elle et la musique s'accompagnent dans la joie et le rythme partagés. Elle est gracieuse, c'est-à-dire non affectée, prise dans son monde, sans la terrible préoccupation d'attirer les regards par laquelle les plus beaux fruits se gâtent. Sa robe parme tranche sur le gazon teinté des rayons du couchant, et ses gigues la font virevolter au-delà des limites que sa maman, qui l'accompagne, ne pourrait se permettre. Alors, le monde est beau, simplement beau.



C'est un fort bonhomme à demi-masqué par une haie. En émerge sa lourde carcasse vêtue d'un maillot de corps bleu sans manche. Sa tête est ronde, surmontée d'un chapeau de brousse sur lequel des médaillons multiples racontent une histoire que je ne sais pas déchiffrer. De grosses lunettes noires et une barbe blanche plus que fournie achèvent de l'imposer, non dénué d'une certaine aménité. Un sculpteur romain l'aurait choisi comme modèle du dieu d'un grand fleuve.



C'est un groupe d'enfants qui courent et jouent alentour, de toute leur vivacité, de toute leur vitalité. Et pourtant, nul hurlement ne s'élève. Nul besoin de rappels à l'ordre, de ces "chuts" aussi exaspérants et inutiles que les bruits qu'ils sont censés faire cesser, par lesquels les bons parents français signalent leur bonne volonté dépassée. Ce n'est pas la première fois que je constate cela dans des groupes américains. Sans en faire une règle générale, n'en faisons pas non plus une exception... ou une nouvelle de science-fiction française. Et place à la musique!



Place à la musique aussi pour ce couple qui a amené sa table et ses chaises pliantes et qui joue tranquillement aux cartes. Poker? Belote? Bataille? Place à la musique encore, lorsqu'une brave dame arrive avec son petit chien dans ses bras. L'organisatrice intervient alors, et la dame s'en retourne, sans mot dire. Crainte des aboiements, des morsures, ou des germes?



Mais place aussi aux musiques intérieures. Celles que nous n'entendrons jamais, qui transparaissent parfois sur les visages, sur les corps. J'ai oublié quel observateur des célèbres "massacres de Chio" déclarait que, dans chaque groupe, ressortait un personnage plus dramatique. Le nôtre est là, ou plutôt, elle est là, assise dans l'herbe, mince, les mains croisées sur ses genoux pliés. La discrète arcature de son corps semble céder par moments à quelque fatigue impromptue, et quand elle la surmonte, sa tête y répond avec un certain retard, pendant que son regard se porte vers un lointain invisible à nos yeux. A-t-elle quarante-cinq ans? Cinquante? Questions indiscrètes? Peut-être, mais questions inéluctables, nécessaires, émergeant de ce visage émacié, de cet apparent détachement qui porte son mystère. Au jeu des ressemblances on devine la mère, sous un ample chapeau noir, habillée de ces vêtements de bon ton dont la simplicité apparente porte la marque du luxe aisé. Elle domine, sur le banc de cette table de gros bois. On l'imagine quelques décennies plus tôt, lumineuse de toute la grâce de ces filles de la Nouvelle-Angleterre. Maintenant, l'âge et quelque plaie secrète l'ont rejointe, auxquels elle fait front de ses rides et de sa fierté. Elle ne regarde pas sa fille. Elle sait. Elle sait que celle-ci, en qui elle se voyait revivre, décevra ses espoirs. Pourtant, la même silhouette attirant le crayon de l'artiste, la même élégance de vie, un pantalon noir ajusté, une chemisier blanc à faire frissonner les cœurs, de délicates sandales rouges assorties à son foulard, qui masque, à peine, sa canule de trachéotomie...



La chanteuse reprend: I did it my way.



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19 septembre 2009 6 19 /09 /septembre /2009 19:44


Non, nous n'avons pas rejoint la verte Erin, mais une ville homonyme, dont on peut facilement deviner la provenance de certains citoyens. Et à propos d'homonymie, n'oublions pas le Belfast (ou plutôt "la" Belfast, comme disent les anglophones) un bateau à vapeur surnommé "La Grande blanche" qui fit la traversée de nuit vers Boston, de 1910 à 1935. Sa sirène était impressionnante, raconte-t-on. Nous parlons de sa façon de s'annoncer, et non de la belle Carrie Greenlaw, élue plus jolie fille de la ville qui le (la) baptisa d'une bouteille de champagne. Espérons qu'elle eut droit à un coupe en cette occasion.



La ville a connu un certain déclin qu'elle a su compenser en offrant aux touristes routiers ou marins sa belle architecture aux frontons attrayants: un petit voyage dans le passé qui en séduit plus d'un. Nous en faisons partie.



La bibliothèque mérite aussi une visite, car elle donne l'occasion d'entrer dans une atmosphère de vieille demeure cossue. On y retrouve la grande table et les fauteuils ancien style; un immense piano attend peut-être qu'une jeune fille en robe longue vienne y faire ses gammes, sous le regard sévère des portraits de famille. Il ne nous a pas été permis de nous en assurer, mais la nuit, qui sait...?



Belfast est une autre étape pour les homards. Je veux dire, pour ceux qui atterrissent dans notre assiette. Mais quelle ville, quel village du Maine échapperait à ce qualificatif? Enfin, si Sherlock Holmes consultait ces lignes, il nous aurait assez vite retrouvés.



Belfast... la saveur des petites villes américaines. Le passé retrouvé... un cadeau au présent.



Mais, la suite au prochain numéro...

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18 septembre 2009 5 18 /09 /septembre /2009 16:54


Cela fait quelques jours que je remarque un charmant monsieur se rendre sur son petit voilier amarré dans le port. Il utilise un kayak gonflable d'un modèle qui m'intéresse. Je le questionne à ce sujet, et de fil en aiguille nous abordons tranquillement les grands problèmes du monde. J'aime son regard tranquille et ferme, ses convictions honnêtes, quelque peu idéalistes, et son ouverture d'esprit qui le pousse aussi vers des rives artistiques inattendues. Le temps ne pouvant nous jouer trop longtemps un aussi mauvais tour se découvre peu à peu. Alan scrute les nuages, et un matin, il frappe à notre porte: "vous venez faire un tour en mer?". Autant demander à un poisson. C'est parti, avec soleil en prime.



Nous embarquons dans le petit voilier de six mètres cinquante qui se dirige maintenant vers le large, nous procurant tout ensemble un beau plaisir et une leçon d'anglais maritime: il vaut mieux savoir ce que dit le commandant. Celui-ci est tout patience et observation. L'air de rien, il sait rectifier un geste, montrer sa connaissance des lieux, tout en poursuivant nos conversations. Nous doublons le cap de Owl's head, qui m'avait inspiré quelques vers la semaine précédente. Mais aujourd'hui la brume a laissé place au soleil. Une pensée cependant pour les anciens gardiens et le bon chien Spot. Maintenant nous nous dirigeons vers North Haven, que nous atteindrons en près de trois heures. Le trajet est ponctué de bouées repérant les casiers à homards. Leur multiplicité a amené Alan à changer son moteur d'origine pour un hors-bord qu'il relève pour éviter toute prise de corde dans l'hélice. De toutes façons, Alan est un pur de la voile, et j'en aurai la preuve par la suite.



North Haven offre le paysage d'un beau chenal traversant des rives surélevées sur lesquelles de merveilleuses maisons offrent leurs façades quasi cinématographiques. Nous évoluons tranquillement entre les bouées et les bateaux. Alan m'explique qu'avec du temps nous pourrions avancer, et faire le tour des îles. Avec du temps... Bref, l'eau à la bouche... Mais, à rebrousser chemin, nous ferons face au vent et à la marée. Qu'à cela ne tienne. L'équipage est paré et le capitaine connait son affaire. Il faut le voir nous mener dans cet espace restreint, en limite des bateaux et des hauts fonds, et, presqu' à toucher, nous faire virer de bord. Une fois, deux fois, dix fois, et plus encore, nous recommencerons, finissant par considérer comme normal ce petit jeu où la moindre fausse manœuvre pourrait, à tous les sens, mal tourner.



C'est le retour. Le vent fraîchit, nous obligeant à ce petit air penché et humidifié qui est le propre de tout voilier trouvant son élément naturel. Là encore, quelques bords seront nécessaires pour doubler le cap, mais nous avons toute la place. Une broutille...



Au port, Alan poussera le jeu jusqu'à aborder la bouée à la seule voile: un petit exercice que les plaisanciers apprécieront, et que tous les ports n'autorisent pas.


Une bonne collation dans le camion sera notre récompense à tous les trois. Alan nous quitte. Il reviendra naviguer dans deux jours, et nous serons partis. Mais qu'importe! Nous avons fait mieux qu'aller sur l'eau, nous avons empli notre sac à rêves, et je sais qu'Alan poursuit les siens, au piano, lorsqu'il joue "la Fille aux cheveux de lin", devant ses tableaux, en amoureux de Rouault, ou au cours de ses pérégrinations marines. Mais quoi de plus normal, pour ce jeune homme de quatre-vingts ans!

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  • Pierre-François GHISONI
  • la littérature en partage
L'homme avant les termites
L'idéal sans l'idéologie
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