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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 09:07

 

 

Civilisations, nous sommes mortelles !

Reste à « le » savoir comme le précisait Paul Valéry dans Variétés : « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. »

Et j'ose ajouter : reste à savoir si nous ne sommes pas dans la dernière phase.

 

Il n'est pas d’œuvre humaine qui ne soit condamnée à périr.

 

Cela va du moindre écrit comme celui-ci à la civilisation dans laquelle il s'insère. Et les exemples ne manquent pas dans le monde. Celui qui aurait prédit au soir du 15 novembre 1532 que l'empire inca disparaîtrait sous les coups de douze Espagnols aurait risqué sa vie. Le 16 au soir...

On pourrait multiplier les exemples. Byzance, son empire et sa civilisation tombèrent en 1453 au milieu de querelles « byzantines ». Vraie ou arrangée, nous est restée celle portant sur « le sexe des anges ».

 

Alors, la France de 2013 ?

 

Comment ne pas être frappé des similitudes internes avec les dernières élucubrations de cette minorité de minorité et de ce gouvernement, dont on ne sait plus qui supporte l'autre, qui est la corde, qui est le pendu ?

Comment ne pas être frappé des similitudes externes au moment où aujourd'hui, le même gouvernement relance la question du droit de vote des étrangers, alors qu'il subit et abandonne les zones de non-droit à une nouvelle féodalité barbare ?

Oui, les civilisations meurent. Elles meurent par la concomitance de fêlures internes et externes qui en atteignent les œuvres vives, maquillées par un hideux replâtrage. Elles meurent à cause des mannequins tonitruants aux pieds d'argile. Elles laissent des traces, et d'autres les remplacent. Elles meurent, soit parce qu'elles ont fait leur temps, soit parce qu'on n'a pas voulu traiter quand cela était encore possible.

 

Une civilisation à visage humain

 

Elisabeth Kübler-Ross, dont les travaux font autorité, dégage cinq stades successifs lorsqu'un diagnostic fatal est annoncé aux humains que nous sommes : le déni, la colère, le marchandage, la dépression, l'acceptation.

Reste à savoir comment une société se comporte en la matière. Reste à réfléchir, peut-être à agir.

Agir, c'est avoir accepté d'entendre, c'est faire le bilan des possibles sans se masquer les impossibles, c'est, prendre l'une des voies ouvertes après le stade d'acceptation : laisser-aller, s'y diriger bravement, léguer pour que le témoignage perdure.

Ici encore, les exemples historiques ne manquent pas, mais mieux vaut y réfléchir que d'alourdir ce texte. Mieux vaut faire le bilan... sans négliger l'espoir, mais sans s'y accrocher aveuglément.

 

Une conclusion provisoire

 

C'est en ce sens qu'il faut comprendre les départs, les envies de départ, ou au contraire les envies de résistance, d'enracinement, les affirmations, parfois pétries de courage, parfois pures rodomontades. C'est en ce sens qu'il faut revoir les raisons que lancent haut et fort un Depardieu, les alibis financiers d'un Arnault et de tant d'autres intouchables.

C'est en ce sens que nous continuerons.

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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 11:52

 

Ouvrons une parenthèse dans la série d'articles qui doivent suivre. Elle s'impose, autant par l'actualité que par le sens des dits articles. Elle est également nécessaire car elle répond à certains commentaires que des lecteurs prompts du clavier ont bien voulu porter à l'attention générale, avec pertinence et courtoisie.

 

La manifestation des partisans du mariage pour homosexuels est un échec numérique énorme. Cet échec est un argument de plus pour que le président refuse un référendum. S'il attendait une preuve de son influence en ce domaine, il doit l'avoir « en travers du gosier. »

 

Échec, malgré tous les appuis directs ou indirects (dont les billets de train à 5 € pour « visiter le marais ! »), et les gonflages de chiffres politico-policiers. En effet, à 16 h 30, soit à peine deux heures et demie après le début de la manifestation, le boulevard Arago (premier cortège) était déjà nettoyé par les équipes municipales, et la circulation des voitures reprenait. Sur la place Denfert-Rochereau, il y avait certes du monde pour suivre le deuxième cortège vers le boulevard Saint-Michel, mais rien au-delà, sur l'avenue Général-Leclerc. Cela après avoir mobilisé, la CGT, le PC, le PS, les mouvements de jeunes afférents, et après avoir séparé les intervenants par des espaces d'une centaine de mètres.

Les « grands médias » du jour ne savent plus quelles formules inventer et quelles autres nouvelles mettre en paravent pour masquer leur déconvenue.

 

Cependant, les opposants au mariage homosexuel étaient nombreux à souhaiter ce référendum, qui n'aura pas lieu... car leurs adversaires n'en veulent pas. C'est ici qu'ils aggravent la fracture nationale, qu'ils s'opposent, quoi qu'ils disent, à la véritable démocratie.

 

On conçoit aisément la demande, l'espoir d'un référendum, et les arguments « pour » ne manquent pas, dont le premier est l'appel légal, honnête, conforme à l'esprit national français de recours à l'autorité du président.

Cela sépare les opposants au mariage homosexuel de ses demandeurs... et montre les divergences profondes en ce qui concerne la conduite d'une politique nationale : d'un côté un pays « légaliste », de l'autre un brouillonnement révolutionnaire. Le président, choisissant son camp s'y enferre.

 

Toutefois, en l'état, un tel référendum, décidé (autorisé) par le président de la République aurait porté d'autres interrogations : le risque du résultat, de l'escamotage politicien, et de l'instabilité civile des perdants.

 

Le risque du résultat dépend bien sûr de la clarté de la question. On a déjà vu en ce domaine référendaire de quoi leurs instigateurs étaient capables. Imaginons – le plus vraisemblable – qu'il soit gagné par les opposants au mariage des homosexuels.

Alors commence le risque d'enfumage politicien. Les gagnants seront-ils spoliés de leur victoire comme le furent les opposants au traité sur la constitution européenne de mai 2005? Le risque est grand. En imaginant qu'ils le perdent (peu probable en l'état), pas besoin de faire un dessin... Ce serait un film à long et grand spectacle.

De toute façon, inutile d'espérer des meneurs de ce mouvement minoritaire pour le mariage homosexuel une acceptation démocratique d'un résultat. Leurs pancartes, leurs slogans, leurs déclarations, leurs réactions multiples témoignent de leurs motivations. Il ne faut jamais oublier les soubassements de lutte des classes, vite transformés en haine des autres. Autant qu'une longue démonstration, les acrobaties dialectiques de Mme Taubira, son interprétation hâtive et funambulesque de la Constitution pour éviter un référendum l'ont démasquée, s'il en était besoin.

 

Il faut lever le cache-misère de l'affaire : les intérêts sont ailleurs. Menacer la structure d'une nation à partir des revendications d'une minorité de la minorité, est un processus de guerre révolutionnaire.

 

Bien des homosexuels, conscients ou non de ce processus, n'y ont pas adhéré, soit qu'ils préfèrent une union libre, soit qu'ils utilisent les diverses possibilités légales (pacs, actes notariés, structures financières ad hoc). Sous peu les meneurs minoritaires les accuseront d'être des « homo-traîtres », des « fâchomos », et autres gracieusetés par lesquelles le stalino-communisme, rampant ou pas, a marqué son passage. Et pourquoi pas « homophobes », tant qu'ils y sont, puisque tous les opposants au dit mariage, selon eux, le seraient ? D'ailleurs, le BHL de service a déjà commencé.

Un argument de plus pour dire que leur manifestation est un échec d'envergure. Mais un argument de plus pour prévoir que le conflit continuera, armé de toutes les dérives de l'égalité à tout prix, c'est-à-dire de la négation de la liberté et de la fraternité, armé de la théorie du genre, armé des formules creuses du type « sens de l'histoire, progrès irréversible », armé des machines de guerre du grand mercantilisme international. Nous attendons les prochaines provocations – et surtout les manœuvres – de M. Pierre Bergé (avec le BHL sus-nommé), de Bénetton, et autres. Nous attendons aussi l'argument éclopé du « d'autres pays ont voté des lois équivalentes. »

 

Alors, pour une fois, il aurait été nécessaire que la France montre sa différence, qui est une de ses richesses, comme elle a su le faire dans le passé.

D'ailleurs, si la France avait depuis longtemps parlé fort et clair en ce domaine, elle y aurait gagné en visibilité politique, en image mondiale, et en stabilité politique intérieure. Ne pas le comprendre était déjà une faute. S'y enferrer traduit les vraies « valeurs » au pouvoir : celles de la lutte de classes recyclée en « diviser un pays pour y régner ». Quel que soit le temps, il y a une condamnation pour cela.

 

Alors, dépassons le cadre-prétexte de l'homosexualité pour éclairer les ténèbres des véritables « obscurantistes ». C'est ici que s'illuminent les vraies « Lumières » :

UN RIP ? Non, un RIC. Mieux, un RIRC.

 

Voilà où mènent les délires du politiquement correct, version renouvelée de la lutte des classes, facteur d'esclavage personnel et collectif, contre lequel il faut s'ériger sans cesse.

Voilà qui mérite mieux qu'un RIP (référendum d'initiative populaire, pour lequel les mêmes voudraient faire voter toute personne présente sur le sol)

Il faut mieux : un RIC : référendum à l'initiative des citoyens.

Et mieux encore : un RIRC : référendum d'initiative et de résistance des citoyens.

Un RIRC, instance pré-constitutionnelle offerte au peuple, dans les circonstances graves de fracture nationale dont nous voyons l'exemple.

Un RIRC dont la question – dans le cas présent – serait : acceptez-vous de détruire la structure sociale de la filiation, de refuser aux enfants le droit d'avoir un père et une mère, d'offrir la procréation à tout demandeur ?

Un RIRC facteur de cohésion nationale sauvegardée et de véritable démocratie.

 

M. Hollande, Mme Taubira et consorts ont pris le chemin de la fracture nationale. Il faudra qu'ils en soient écartés.

 

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27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 10:19

 

Hier Depardieu, aujourd'hui Bernard Arnault, demain, et pendant que vous lisez, qui ? Combien, moins connus, aussi décidés ?

Une fois de plus, dépassons l'anecdote. M. Arnault n'est qu'un cas démonstratif de l'état schizophrénique des lois françaises :

Trop nombreuses, elles créent des maquis pour initiés argentés ou acoquinés.

Mal ou peu appliquées, elles favorisent les zones de non-droit, repaires de tous les trafics et de toutes les haines, ainsi que piège de toutes les craintes de leurs malheureux habitants.

Idéologiquement orientées, elles créent la division de la société, de la nation, et bientôt de l'État.

 

Ainsi, l'on crée une nouvelle classe : « les embastillés sans Bastille » : une classe à deux compartiments, autant cibles que vaches à lait, classes moyennes et défavorisées, progressivement associées.

 

Quel recours leur reste-t-il ? Quel espoir de progression ? Quel exemple général pour les enfants ? Quel avenir ? Quel ferraillage prochain pour ce navire France surchargé de lois, dérivant sous un capitaine de pédalo... qui, pour être franc, est l'héritier satisfait d'une technocratie délirante ?

 

La démocratie n'est pas, ne peut pas être ce château de cartes branlant, cette inflation de lois inutiles, biseautées, qu'emportera le moindre courant d'air de nos portes inconsidérément ouvertes à tout-venant. La France ne peut supporter d'être – on ne peut plus dire « devenir » – le tiercé perdant des zones de non-droit, des maquis financiers, des embastillés sans Bastille. Sa survie passera – si elle le peut – par la recréation de zones de liberté. Que celles-ci se superposent au territoire national serait la meilleure solution. Qu'elles en soit la majorité serait la « moins pire ». Qu'elles en soient les confettis... alors autant les lancer ailleurs.

On parle toujours de la politique de l'autruche qui enfouit sa tête dans le sable pour finir en beefsteack ou en plumes de chapeau. On oublie que l'autruche survit grâce à ses coups de patte formidables et à sa course rapide. Trouvons la politique « autruchienne » la plus efficace !

 

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22 janvier 2013 2 22 /01 /janvier /2013 19:11

 

 

 

En 1977 Alain Peyrefitte publiait Le Mal français, dont la première citation affirmait : « Je suis Français, dont il me pèse. » Elle était signée de François Villon, notre plus célèbre « escholier » dont nous ne savons s'il disparut en quelque querelle meurtrière, en exil, ou en silence affirmé, en quelque sorte s'il combattit, s'il partit, ou s'il courba l'échine à force de coups du sort.

Ce « [...] dont il me pèse » mérite notre attention et pourrait bien s'appliquer à notre époque.

J'évoquais précédemment l’atteinte à la liberté d’exercice des biens, de l’esprit, amplifiée par l’atteinte à l’espoir de survie. Autrement dit, la « casse » de tous les besoins de l’homme, des plus immédiats (ceux de la survie) aux plus transcendants (les idéaux).

Je reprends plus loin la lecture de Peyrefitte : « Le peuple ne doit pas être appelé dans le scrutin présidentiel à choisir une majorité de gouvernement, mais à désigner le meilleur homme pour l'unité : le plus capable de surmonter nos divisions, le plus compétent pour dépasser les demi-vérités que nous nous envoyons à la figure, et nous unir dans une unité plus haute. »

Ces phrases sont déjà hautement significatives de notre situation. Mais Peyrefitte accentue la démonstration :

« Le choix populaire de l'autorité suprême [...] est un moteur extrêmement efficace : la question est de savoir dans quel sens on le fait tourner. Il peut atténuer et peu à peu guérir la division française dans une dynamique de l'unité. Mais il peut aussi faire éclater la notion même d'État. [...] Le président ne saurait être le chef d'une majorité ; sa vocation est d'être le président de tous les Français. »

Favoriser la division au risque de faire éclater la notion même de l'État... Mais n'est-ce pas ce qu'a fait M. Hollande en prévoyant dans son programme une mesure qui n'intéresse qu'une minorité de Français tout en sapant une institution fondamentale de la société tout entière ? N'est-ce pas ce en quoi il s'enferre en maintenant sa décision face à cette manifestation sans précédent qui dépasse les clivages habituels ?

Une faute politique redoublée qui menace de faire éclater la notion même d'État, voilà le tour de force – le coup de force – de M. Hollande dont la première conséquence est la perte de légitimité. Car le plus extraordinaire de cette histoire est que cette double faute lourde est indépendante des personnes sur lesquelles elle s'appuie. La question de l'homo- ou de l'hétérosexualité n'intervient presque plus en tant que telle, car le comportement de double faute est un modèle applicable à toutes les situations équivalentes.

Et nous pouvons affirmer, 35 ans après le livre de M. Peyrefitte, qu'au risque de faire éclater l'État s'est ajouté celui de faire éclater le Nation. Car quoi que l'on refuse de le voir, la population hexagonale a quelque peu changé.

S'enferrer dans cette posture, est-ce vraiment « normal » ? N'est-ce pas une aliénation dangereuse ?

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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 12:15

 

 

Les commentaires reçus à l'occasion de l'article précédent également paru sur Nouvelles de France (Partir avec Depardieu) ont précédé et conforté celui qui était en préparation. Que tous leurs auteurs en soient remerciés. Ils ont pointé un aspect critique du débat : ils ont tous raison. Pourquoi ? Parce que la situation est grave et qu'elle entraîne un état de stress.

 

Attention ! Ce terme a été dévalué. Il ne signifie pas être simplement nerveux ou inquiet : il traduit la réponse comportementale à une situation dangereuse par trois réactions possibles, schématisées par les trois « F » américains : fight (combattre), flight (fuir) ; freeze (ne rien faire). En français, trois « P » nous iraient mieux : protester, partir, ou plier. La pire des situations est réalisée quand l'organisme s'épuise à tenter de choisir entre ces trois possibilités, et finit par s'auto-déchirer.

 

Si l'on veut bien réfléchir sur ce schéma réactionnel (ici simplifié) commun à tous les êtres vivants, profondément naturel, l'intensité et le nombre des réactions affirment donc :

  • que la situation est perçue comme grave,

  • qu'aucun des trois comportements ne possède tous les avantages ni tous les inconvénients,

  • que chacun a des arguments personnels qui, par nature, s'opposent à ceux qui pencheraient vers l'une des deux autres solutions,

  • que tout choix peut être vu de deux façons : combattre avec ou sans ordre, avec ou sans ténacité, partir pour préparer une réponse ou pour se cacher, plier en attendant des jours meilleurs ou s'abandonner,

  • que le pire viendrait d'un conflit interne entre les divers choix, ce qui augmenterait la gravité de la situation de base,

  • et que, finalement, c'est une panoplie de choix qu'offre la Vie pour se perpétuer devant une situation grave, potentiellement mortifère.

 

Après ce préambule peu digeste mais nécessaire, il s'agit de revenir à la question fondamentale : quel est le danger perçu ? C'est l'atteinte à la liberté d'exercice des biens, de l'esprit, amplifiée par l'atteinte à l'espoir de survie. Autrement dit, la « casse » de tous les besoins de l'homme, des plus immédiats (ceux de la survie) aux plus transcendants (les idéaux).

 

En faire un état complet ? Un de plus ! Chacun, selon ses intérêts, son mode vie, son idéal, peut s'en rendre compte et le sentir. Chacun mettra en avant ce qui lui paraît le plus dommageable en fonction des critères précédents. C'est cela l'objectivité réelle, celle de l'homme vivant, et non celle du énième rapport enfoui par les pelleteuses politiciennes. C'est l'importance du nombre de citoyens exprimant ce malaise qui est le meilleur critère de santé d'une nation et qui établit son pronostic de survie.

 

Car finalement, c'est bien de cela qu'il s'agit : de la survie d'une vieille nation.

 

Alors qu'importent les motifs avancés ou réels des uns et des autres, car tous sont vrais, profondément vrais, car profondément perçus, ressentis, blessants : la pression fiscale, le mépris d'un président qui joue d'une liberté de conscience variable au gré des vents ; le choc de cultures diverses dont certaines, au bout de trois générations sont pétries de haine envers la France, la machine eurotechnocrate à uniformiser, la chute de natalité, la pauvreté croissante, la misère même pour des personnes ayant un emploi, la faillite des principaux modèles sociaux français, les présomptions de haine introduites dans les lois et destinées à judiciariser tous les conflits mineurs, la rupture forcenée des fondements de la société française, la négation « au plus haut niveau de l'État » selon la formule consacrée, des racines chrétiennes de la France, la pression insensée des lois que l'on dégaine plus vite qu'en certain Lucky Luke, les projets gouvernementaux qui étouffent les voix des députés, le déluge des « anti-ismes » qui exacerberont à terme les dits «-ismes »... à chacun de trouver ses exemples, de réfléchir aux implications de ces thèmes, d'en rajouter à cette liste déjà bien trop longue, car trop réelle.

 

Il s'agit de ne pas s'abandonner mais, quels que soient les choix de chacun, de passer des plaintes aux arguments, des arguments aux actes, des actes à une reviviscence.

Nous en reparlerons.

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19 janvier 2013 6 19 /01 /janvier /2013 15:54

 

 

L'idée de la terre promise, plus ou moins élaborée, régit tous les peuples de la terre, en sa transcendance, ou en son immanence. Certains l'ont réalisée : rappelons-nous les pères fondateurs américains, rappelons-nous Israël. D'autres tentent d'en trouver une à leur tour : réfléchissons à l'intensité des flux migratoires qui déferlent sur l'Europe. D'autres encore estiment qu'ils la possèdent déjà : les Français, peuple d'émigration infime s'il en est, appartiennent à ce modèle.

Pourtant il n'est pas de jour que nous ne rencontrions par voie de presse ou par simple discussion des personnes exprimant leur désir de départ.

Certains l'ont déjà fait, à grand renfort de tambours et de trompettes, déclenchant ces cris de haine par lesquels l'Étranger (de Camus) s'attendait à être accueilli. Des « assassins », en quelque sorte.

Le cas de Gérard Depardieu est exemplaire. La taille du personnage et ses diatribes irritent, attirent la foudre populaire. Mais cet arbre cache la forêt. Il cache même les buissons, et jusqu'aux herbages. Certes les grandes fortunes – je parle des privées – sont accusées de tous les maux lorsqu'elles se délocalisent... mais également lorsqu'elles restent en place. Alors...

Mais réduire le départ de Gérard Depardien – et de lui seul – à une simple affaire de gros sous c'est encore regarder par le mauvais bout de la lorgnette. Comme si la possession d'une belle fortune annihilait tout sentiment en l'homme... comme si ses possessions étaient en soi diaboliques, alors qu'elles avaient été nourries de tant d'applaudissements... comme si les faiblesses de l'homme – elles sont nombreuses sous ses apparences de gros costaud – n'en faisaient pas justement un marqueur, un signe des temps, une sorte de prophétie mal comprise, volontairement mal comprise, sublimement vilipendée par de vilains pendards.

Il en est de cette affaire comme du harcèlement moral dans certaines de nos plus « citoyennes » entreprises : le subissent les plus faibles et les plus dévoués, les deux extrêmes de la chaîne. Et l'émergence de cette pathologie marque la mauvaise santé, voire la perversion de tout ou partie de la dite entreprise. De l'entreprise ou de la nation...

Car ne nous y trompons pas, l'exode a déjà commencé. Il touche de confortables fortunes (il existe de nombreux témoignages d'agences immobilières spécialisées, et si tous les banquiers voulaient bien parler...) mais il se multiplie dans le groupe des classes moyennes et inférieures. Àcet égard, le Canada (le Québec plus spécifiquement) – ces quelques arpents de neige méprisés – devient la terre d'accueil de bien des Français. Cadres ou non, ceux qui ont goûté au confort quotidien de la Belle Province ne souhaitent plus revenir en France. Non que tout y soit parfait, mais cette non-perfection qui retient cependant ces nouveaux voyageurs à sens unique en dit long sur la prétendue nôtre. Et même si certains devaient revenir – ce qui est loin d'être le cas parmi tous mes témoignages – il faudrait encore se poser la question des Français de l'étranger peu pressés de retrouver l'hexagone, des jeunes cadres partis travailler à Londres, et des files de voitures qui traversent quotidiennement les ex-frontières de l'est vers l'Allemagne, la Suisse, le Luxembourg : l'embouteillage matinal est constitué de plaques françaises, et le trafic en sens inverse est notablement réduit.

Oui, l'arbre cache bien jusqu'aux herbages : ce ne sont pas seulement les « gros », mais les « petits, les obscurs, les sans-grade » qui songent à une nouvelle terre promise.

Dans une nation comme la France, historiquement réputée par sa non-émigration le mouvement et la pensée ont de quoi inquiéter... à moins qu'ils n'aient de quoi réjouir.

Il convient d'en reparler.

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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 07:23

 

LE ROMAN DE GUILHEM par AUDE PILORGÉ

 

 

Avec Le Roman de Guilhem – le deuxième de sa production – Aude PILORGÉ s'impose dans le peloton de tête des grands du roman historique. Parole d'éditeur ? Oui, bien sûr, car sinon le texte n'aurait pas pris sa place dans le catalogue de Lettropolis. Mais surtout, parole de lecteur, de lecteur embarqué en ce douzième siècle qui voit s'élaborer les destins des petits comme des grands, des brigands de tous chemins, des seigneurs assoiffés de pouvoir, des marchands avides, des religieux qui savent s'opposer corps et âme et fourche en main si nécessaire, aux convoitises des puissants... tout en sachant combien, en chacun de ces groupes, se multiplient les nuances jusqu'à leur inversion complète, tant est indéfinie la complexion humaine.

Ce roman suit des personnages qui se découvrent – qui se redécouvrent devrait-on dire – depuis leur apparition dans le texte précédent De soie, d'or et de sang. Car ce n'est pas un mince exploit que d'avoir su éviter les simples redites. Les caractères se précisent, Guilhem devenu riche marchand – trop riche, trop marchand ? – a pu céder à des sirènes dorées. Son beau-frère, Baudoin, dévoile la raison de son pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle, et le chemin de vie qu'il entend suivre, au prix de tous les périls, jusqu'à l'ultime preuve de sa foi.

Combien de ruffians, combien de gredins, de personnages frappés au coin de la meilleure ou de la pire monnaie ne rencontrerons-nous pas en ce texte foisonnant ?

Tel ce baron de Perchepinte : « Le premier, le baron sauta à bas de son cheval. À peine à terre, il se tourna vers son fils qui avait encore un pied à l’étrier et l’apostropha : 

— Ah, ça, mais vas-tu te presser, maroufle ? Ou je t’expédie près de ta mère pour faire de la broderie ! »

Telle cette Adalaïs, qui ne correspond en rien au portrait idéal de la douce jeune femme : « Elle traitait père avec une déférence calculée, mais, vis-à-vis de moi, ne se donnait pas même la peine de feindre. Romeu pouvait bien être fier de sa femme, plaisante à voir et qui l’avait hissé au-dessus de sa condition, mais moi je savais à quel point elle était superficielle, sèche de cœur, calculatrice et avare. Je la détestais, je détestais ce sourire qu’on aurait cru peint sur sa figure et, à part moi, l’appelais carogne, happelourde, méchante gaupe ! » 

Et tant d'autres...

 

Mais on ne saurait non plus passer sous silence les richesses de la langue de la vénerie lorsque nous suivons les chasseurs : « Les vautres, pour avoir déjà chassé les jours d’avant, étaient mieux ameutés. Un gros de chiens, capable de rembucher toute une compagnie ! Flairant les housures, les deux chiens de tête avaient bien dressé la voie, que le reste de la meute avait résolument empaumée ! Ils avaient forlancé un sanglier. Tout excité, Jordi s’était écrié :

— C’est un ragot ! 

— Non, c’est un quartenier ! avait répliqué Raimon d’Espeyrouzès. »

 

Et si nous souhaitons reprendre haleine, nous nous reposerons le long du chemin de Compostelle, tantôt en granges, tantôt en abbayes, tantôt à la belle étoile, accompagnant les pèlerins... au moins ceux d'entre eux qui auront échappé aux brigands, aux loups, aux ours, ou à quelque précipice.

 

Si les personnages sont forts, la langue ne l'est pas moins, tant par son vocabulaire (un glossaire se trouve en fin de volume) que par la richesse des connaissances qu'Aude Pilorgé nous distille, par la voix de l'un ou l'autre de ses personnages (gageons qu'elle a un faible pour Baudoin... et ne nous en plaignons pas).

 

Ainsi, nous sommes les contemporains de ces personnages, nos ancêtres. Nous les avoir rendus, si présents, si intimes est la marque d'un grand romancier. Mais nous oserons dire, en nos temps d'incertitudes et de «marche sur la tête » qu'elle a fait mieux encore : elle nous les a rendus nécessaires. Merci à Aude Pilorgé pour ce grand et beau texte.

 

Le Roman de Guilhem
Aude Pilorgé

533 pages

7,85 €


 

 

LE ROMAN DE GUILHEM par AUDE PILORGÉ

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10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 08:51

 

Rendons à César... et à tous les gradés de son armée, ce qui lui (leur) appartient. Ce poulet signé Pierre Lours m'a été envoyé, et a retenu mon attention. Sous le badinage apparent, se dessine un étrange témoin, autant philosophe platonicien, que décrypteur contemporain, qui ose dépasser les apparences, sorte de prophète contemporain... au risque de ne point être entendu en son pays.

 

 

 

Marie-Joséphine, je vous fiche mon poulet que si ça continue les humains seront bientôt tous rigoureusement égaux… parce qu’ils ne seront plus !

 

Le mariage des homosexuels, oxymore mortel, n’est qu’une étape vers la création de l’être interchangeable indifférencié, ni homme ni femme ou en tout cas pouvant choisir son genre au gré de sa vie, un être mitigé, métissé, égalisé, nivelé, une créature identique sous toutes les latitudes, coupée de ses traditions, de son histoire, de sa famille, un humanoïde nouveau modelé par l’idéologie marxiste et anarchiste. Un humanoïde malléable, interchangeable, un citoyen qu’on prendra pour un vrai clone, votant comme un seul homme…Ah la belle clonerie moderne !

 

Un clone consommateur aussi, béni des banques et de la mondialisation, aimant le même produit, partout dans un monde sans frontières ni nations venant gêner les faiseurs de profits à la recherche des plus bas coûts de production et des plus hauts prix de vente.

 

Ces financiers, jouisseurs mécaniques, sans liens, sans conscience ni sentiments, sans avenir autre que celui de se goinfrer, ces gold-flingueurs sont les camarades de combat des anarchistes gauchistes internationalistes qui veulent détruire le toujours coupable Occident, faute de pouvoir édifier leur utopie rouge-sang et noire de peur.

 

Les matérialistes de gauche comme de droite sont de prétendus bienfaiteurs de l’homme qu’ils prennent en tenaille pour le réduire, à néant.

Ils sont les ennemis de notre unique et irremplaçable vie, cette vie fruit de l’amour du Créateur de l’homme et de la femme.

 

Ah, Marie-Joséphine, décidément, tout ça ne vaut pas... !

 

 

 

 

 

 

 

 

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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 07:57

 

Pour débuter 2013, Lettropolis publie
Quand on est con, on a toujours vingt ans,
un "policier" d'Éric Volcano. Un "policier" comme nous les aimons, approche des mystères et des dangers des questions incongrues, des extravagances conséquentes, et de l'irruption d'une certaine satisfaction chez des personnages en qui nous pouvons nous reconnaître.

 

Quand on est con, on a toujours vingt ans... dit Antoine au commissaire qui lui fait miroiter ce long séjour en prison.

Si ce titre ne choque pas, c'est que les temps ont bien changé. Mais il n'a pas été choisi pour choquer. Ce n'est pas un truc de publicitaire – pardon, maintenant il faut parler de « comm' » – c'est l'expression spontanée d'Éric Volcano, remise en situation par son héros déjanté, cet Antoine Soubitou, ce vendeur de librairie, poussé par on ne sait quelle obsession à s'intéresser de près, de bien trop près, aux dessous de son affriolante cliente. Et quand celle-ci est retrouvée baignant dans une mare de sang – oh, la belle image type coucher de soleil ! – et que tout accuse ce coquin d'Antoine, que la maison Poulaga le serre de près, rien ne va plus.

Quand on aime, on a toujours vingt ans... Ouf ! Voilà l'expression remise en son ordre de marche original. Mais poussons la réflexion jusqu'au bout. Transmutons les mots, les idées, et jusqu'au sens de ce verbe « avoir » qui signifiera alors autant « rester à » que « en prendre pour ». Quand on est con d'aimer on a toujours ses vingt ans à prendre ou à reprendre. Mais la question qui reste en suspens tourne autour de cet usage intransitif du verbe. Aimer, mais quoi ? Mais qui ? Et s'il n'y a pas de réponse précise, s'il ne devient pas transitif, son sens ne se perd-il pas jusqu'à ne devenir qu'un tic verbal, une cheville de discours mal tenu, et finalement disparaître... ou poser d'autres questions sur le sens de sa vie ?

C'est ici que notre Éric Volcano entre en éruption, que son Antoine – sous prétexte de tentations « cochon » – nous offre en catalogue ses multiples talents d'inadapté à la vie dite sociale. Sauf que, pour en arriver à ce point, il distribue à tours de bras les bâtons pour se faire battre : un moulin à paroles qui représenterait autant les vieux ennemis de don Quichotte que le cavalier aussi sublime qu'absurde qui court la littérature, et se pose maintenant chez Lettropolis.

Antoine a son franc parler, si franc qu'il lui échappe. Ce « peut-être anarchiste » est un témoin enfantin, au sens le plus riche de ce terme, exprimant son regard sur le monde sans le ranci de l'adulte revendicateur, sans le barrage du convenu, sans aucune volonté de nuire. Si ses formules semblent découpées à l'emporte-pièce, il arrive qu'elles se perdent dans un questionnement de sable mouvant. En ce cas, les bons manuels recommandent le calme, l'immobilité, et la recherche des appuis horizontaux. Délicate manœuvre pour cet animal vertical soumis au vertige des questions sans réponses, celles pour lesquelles le bon ton a balisé les autoroutes du prêt-à-penser, du prêt-à-partager, du prêt-à-communiquer. Nous ne saurons jamais ce qu'Antoine cherche vraiment, mais est-ce là l'essentiel ? Il n'a pris aucun chemin de spécialiste invétéré, il n'emploie pas de grands mots, il les invente même quand l'envie ou le son lui en fait envie, et sa liberté est dénuée des tonitruances à la mode.

 

Il serait presque seul, et condamné à en avoir pour ces fameux vingt ans, si le hasard – cet inexistant nécessaire – ne mettait sur sa route un étrange détective.

 

Cyril Lange – est-ce un nom prédestiné ? – navigue entre flair et logique. Il se serait bien désintéressé de ce cas s'il n'avait accepté, sans qu'il soit jamais question d'argent, d'y accompagner la meilleure amie de la victime. « J’essaye de glaner quelques indices supplémentaires pour la calmer. je suis venu pour ça, et jʼai bien fait. Monsieur Soubitou, vous êtes un authentique rebelle. À une époque plus épique, vous seriez sans doute décoré dʼun truc pour vous faire valoir. »

 

Ce Lange est encore un iconoclaste à sa façon, un obsédé du blanc. Voudrait-il, à l'exemple de ses meubles, de son appartement, ôter quelque noirceur en ce monde ? Se raccrocher à quelque lumineux symbole ? Poser au chevalier ? « Professionnellement, mon rôle est de faire la lumière sur les mystères, de blanchir les turpitudes en les mettant à nu. »

 

Il semble que son parcours n'ait pas toujours été aussi lumineux, et nous saurons en lisant la suite qu'il peut se contenter de demi-mesures qui répugneraient à un enragé de la justice... enfin de l'interprétation de la lettre qui tue, alors que l'esprit vivifie.

Ce texte policier n'est ni noir, ni américain, si l'on se réfère aux grands titres du genre. Pourtant il n'en est pas éloigné. Si Cyril Lange ne se présente pas comme un cogneur à l'astuce inattendue, et qu'il lui faudrait plus qu'une poussée pour lui en faire emprunter les manières, il ne les ignore pas quand elles se présentent sur sa route. Alors, il « fait avec ».

 

Quant à Antoine, témoin d'un monde qui ne change pas, il y a fort à parier qu'il mijote en un coin de cervelle une idée farfelue alimentée par le spectacle de ses contemporains :« On vit dans un monde cauchemardesque ; violence, corruption, exclusion, insertion, recyclage, poubelle, meurtre, culpabilisation, diabolisation, peau de saucisson. Pourquoi faire de bien ? Peau de balle à blanc ! C’est pour fermer ta gueule. Les gens font des trucs horribles ? On passe sous silence ! Le crime des crimes, c’est ouvrir sa gueule, c’est plus criminel que l’acte lui-même ! Alors, où est l’origine de la violence ? La censure crée des frustrés. Pourquoi une peccadille serait reprochée à un troubade comme moi, comme un crime ? Pour qui ils me prennent ? Pendant ce temps, des tartuffes lisses et gluants comme des peaux de fesses de bébés, gèrent les affaires des autres en ne faisant que des conneries. »

 

Mais d'autres préféreront savoir si John Monroe aimait vraiment sa femme... jusqu'à être responsable de sa mort. Alors, ils reposeront les éternelles questions sur ce dieu fils des expédients et de la pauvreté... et père du meilleur comme du pire.

 

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Quand on est con,
on a toujours vingt ans

 

Éric Volcano

 

4,85 €, 492 pages

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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 11:14
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GENÈSE MMXII de Pierre-François GHISONI
vient de paraître chez LETTROPOLIS.
L’illustration est du peintre JACOBI

  

   Et si, à l’instar de Dieu qui créa le monde et l’homme en sept jours, nous avions la volonté et le pouvoir de faire de notre vie une œuvre ? Que ferions-nous : saurions-nous rompre avec le passé, changer nos perceptions, raviver nos désirs, aimer le monde que nous ne regardions ni ne questionnions plus ?

   Dans un récit étrange et intense, ordonné sur le récit de la Genèse, Pierre-François Ghisoni donne la parole à un homme qui, pour des raisons que le lecteur ne connaîtra jamais – après catastrophe mondiale, réveil d’un coma, rêve ? c’est sans importance… – (re-)construit sa vie. Prenant une décision fondatrice, il se nommera « IL », comme pour mieux habiter la grandeur de sa tâche, pour raconter comment, délesté d’un passé qui a perdu toute consistance et ne surgit que sous forme d’impressions insaisissables et fugaces, il advient à lui-même, de sensation en sensation, de question en question, de révélation en révélation. Parce qu’il regarde le monde, ses monts, ses eaux, ses ombres, le soleil qui lui donne ses couleurs, les êtres vivants qui l’animent, comme s’il ne les avait jamais vus auparavant, le monde jaillit sous ses yeux, nouveau, comme il jaillit des mains de Dieu. Parce qu’il interroge sa présence en ce monde, il devient homme : c’est-à-dire celui qui cherche le sens. Peut-être l’homme doit-il se prendre pour Dieu afin de se donner la responsabilité de se faire homme et de s’inscrire dans le monde, à sa juste place.

   En sept chapitres ouverts par les paroles bibliques, Pierre-François Ghisoni nous invite à une tâche : à chacun d’écrire sa propre genèse. Car si l’homme ne choisit pas ses origines, les événements qui font son expérience, et déterminent sa sensibilité, il lui revient de se délivrer de tout obstacle à une vie autre pour l’enchanter, par un inlassable travail de la pensée et désir de vivre. À chacun d’avoir le regard de Dieu se réjouissant de sa création, d’interroger le sens de toute chose créée, sa finalité, sa participation à l’ordre, à l’équilibre qui la lie aux autres au-delà de leur différence ; à chacun de s’abandonner aux sensations qui le rendent vivant et amoureux de son être-au-monde.

   Ce récit, qui fait alterner la poésie et le questionnement, instrument de la création de soi, comme deux voix se répondant harmonieusement, est une méditation aux multiples variations : qu’est-ce qu’une vie d’homme ? la conscience et la volonté humaines ? la beauté ? la possession ? Et qu’est-ce que le langage, l’écriture ? Que peut-on dire et qu’est-ce qu’on ne saurait dire ? Car si l’auteur avance quelques affirmations, il rappelle cependant, par un choix récurrent du mode interrogatif, que la construction de son être, comme on le veut désormais constitué, se fait par des choix souvent difficiles. Mais un impératif subsiste qui se décline en trois actes, puisque seul l’acte préside à la création : s’étonner, s’interroger, désirer.

   Sept jours pour naître à lui-même, sept jours pour se relier au monde tel qu’il s’offre en ses splendeurs et ses violences, et ainsi se sentir prêt pour vivre.

   Et c’est parce qu’aucun de nous n’a de temps à perdre que l’écriture de Pierre-François Ghisoni est aussi concise, tonnant sur un rythme qui n’a pas à laisser de répit, taillant les mots comme pour en retirer toute matière superflue : aux antipodes de la démonstration.

   Une lecture qui bouscule.

 

                                                        Christine Henniqueau-Mary

GENESE MMXII

GENESE MMXII,

Genèse MMXII
Pierre-François GHISONI

illustration de JACOBI
135 pages
4,85 €




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  • Pierre-François GHISONI
  • la littérature en partage
L'homme avant les termites
L'idéal sans l'idéologie
  • la littérature en partage L'homme avant les termites L'idéal sans l'idéologie

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