Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
10 janvier 2010 7 10 /01 /janvier /2010 09:55

DEMOULIN.jpg

 

Je suis bien conscient que certains des articles présentés dans ce blog, axés sur une réflexion littéraire et psychologique peuvent paraître trop théoriques. J'en conviens, mais je refuse de tomber dans les pièges de la pensée journalistique actuelle qui saute d'un sentimentalisme outrancier à une obligation narrative qui ne l'est pas moins. Il suffit d'écouter les thèmes répétitifs (voyeurisme qui ne s'arrête pas aux émissions dites de télé-réalité) et interruptions incessantes des personnes interrogées par le fameux "concrètement... " du journaliste, de plus en plus souvent remplacé par un "très concrètement..." qui démontre, si nécessaire, le tic verbal de la presse (à tous les sens du terme).

 

Lorsque je parle de journaliste, il faut bien comprendre que je dépasse une personne spécifique pour englober la fonction correspondante et les retombées néfastes de certains discours trop répandus sur des pensées mal préparées. Autrement dit, la responsabilité de l'auditeur ne doit pas être écartée. Ce qui signifie qu'il faut lui fournir les armes intellectuelles nécessaires pour ne pas se laisser aller aux pièges évoqués ci-dessus.

 

Aujourd'hui, cette réflexion théorique sera argumentée sur des faits précis. C'est l'automne, pendant la deuxième guerre mondiale. Charles Demoulin pilote de la célèbre escadrille 609 survole la manche aux commandes de son Typhoon, lorsque le moteur tombe en panne. Pas d'autre choix que de sauter en parachute. Mais à cette faible altitude, rien ne peut se passer comme prévu dans le manuel. Bien heureux que le parachute se soit ouvert et n'ait pas été heurté par l'avion. Mais le voici maintenant qui entraîne le pilote sous l'eau.

 

"Je crève de froid, j'avale cette horrible eau salée, je me débats maladroitement, et je commence à paniquer." La noyade n'est pas loin, mais par un sursaut de pensée logique, il se force à des manoeuvres précises:"Mets-toi sur le dos, nage avec les pieds. Tourne ta plaque. Mets les pouces à l'arrière, et appuie calmement sur le bidule."

 

La technique, soutenue par la pensée réussit là où les comportements instinctifs et émotifs du premier instant ne le menaient qu'à la mort. Mais la situation n'en est pas moins grave: le canot gonflable attaché au parachute a coulé avec lui.

 

"D'un seul coup, j'ai atrocement froid, froid aux os. Comme si tous les hivers du monde s'étaient donné rendez-vous dans ma poitrine. Je me sens bien seul, seul avec le bruit de la mer, avec ses vagues vertes écumantes, seul au monde avec moi-même. Enfin, ce qui reste de moi, car le désespoir qui m'a envahi m'affaiblit."

 

Il est sur le point de tout abandonner, lorsqu'une idée lui traverse l'esprit, ou du moins ce qui lui reste de conscience (j'ai repris mot à mot son explication, qui se poursuit ainsi: " Crever pour crever, mais au moins, bats-toi").


Il va en passer du temps, pour que cette histoire nous parvienne. Du temps et de l'espoir proche d'être fracassé. Car la nuit tombe, car les secours éventuels n'arrivent pas, car lorsqu'un avion lui lance un dinghy de sauvetage, celui-ci est entraîné par le courant, forçant Charles Demoulin à nager de toutes ses dernières forces vers l'esquif qui s'éloigne, et qu'il parvient par miracle à le récupérer par un filin... pour s'apercevoir que celui-ci est retourné et qu'il ne peut ni le remettre en bonne position ni grimper sur la coque. Dix, fois, vingt fois, sans résultat.

 

"Alors je passe comme je peux le cordage dans les poignées de ma Mae West, je m'arrime à la bouée flottante, et j'attends."

 

Le temps passe, une fois de plus il est à bout, le froid l'engourdit, il veut dormir. On sait ce que cela veut dire. Mais, une fois de plus:

 

"Idiot, si tu te laisses aller, tu es perdu! Tu vas mourir de froid avant qu'on ne te retrouve. Bouge, nage, pense! Pense à une bonne bière! Pense à une fille! Mais pense donc, bon Dieu!"

 

Une vedette viendra finalement recueillir le pilote, sept heures après son immersion première.

 

Nous pourrions poursuivre la réflexion, argumenter sur les dernières découvertes des neuro-sciences. Mais il suffit. L'histoire devenue parabole portera ses fruits pour que l'homme se rappelle qu'il faut penser pour survivre.

 

Charles Demoulin Mes Oiseaux de feu

Editions du club France-Loisirs Paris avec l'autorisation des éditions Julliard 1982

DEMOULIN.jpg

Partager cet article
Repost0
8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 21:53

 

Un article récent paru dans le Journal of Alzheimer's disease et repris par l'Express du 8 janvier, nous parle de souris et de téléphones portables. Dans une étude menée par le Professeur Gary Arendash, des souris génétiquement portées à développer une maladie d'Alzheimer ont été soumises pendant plusieurs mois à des émissions d'ondes similaires à celles des téléphones portables. Il s'agissait de prouver leur nocivité. Mais...Oh! Surprise, c'est le résultat inverse qui en a émergé. Ces souris n'ont pas développé la fameuse maladie, ont même bénéficié d'une amélioration de lésions préalables et de leur mémoire. Avec un peu de mauvaise foi, je pourrais en déduire que la gent murine de ce laboratoire avait développé des anticorps contre le « téléphoniquement correct ».

 

Plus près de chez nous, le Professeur Dubois, éminent neurologue et lui aussi fortement impliqué dans l'étude de la maladie d'Alzheimer pose la question de la fiabilité de cet article: biais de l'étude? Simple hasard?

 

Je ne connais pas le Pr Arendash, mais le Pr Dubois jouit d'une réputation méritée. Je lui suis même reconnaissant de m'avoir ouvert une réflexion élargie en ce domaine. Alors??? Alors, voici l'occasion idéale pour suivre quelques pistes de réflexion.

 

La première piste est celle du policier: y a-t-il erreur, mensonge? Et si oui, à qui profite le crime? Celle-ci ne m'intéresse que médiocrement, et même, je préfère l'ignorer. D'abord parce que je ne connais rien de cette expérience. Mais surtout parce qu'elle vient à point pour éclairer mon article d'hier sur les experts. Quelle décision politique prendre « aux dires des experts »? (Pour ne pas alourdir le débat, je passe sur toutes les étapes méthodologiques nécessaires à ce stade). Parce que, l'ennui en médecine, et aussi dans l'histoire des sciences, c'est que la réalité de l'un ne contredit pas forcement celle de l'autre.

 

Ma deuxième piste est beaucoup plus large. Elle pose la question de la crainte pavlovienne de tout nouvel appareil environné du fantasmatique brouillard des ondes. Fantasmatique et néfaste a priori. Pourquoi le seul mot « onde » déclenche-t-il ces craintes dont raffolent les attrape-gogos de toutes origines? Quel mécanisme profondément humain permet à ce message d'émerger au-delà de toute vraisemblance, alors que la simple logique devrait autant faciliter l'interprétation inverse: celle de l'espoir d'un bienfait. Bien entendu, jusqu'à étude sérieuse, les deux hypothèses se valent, et bien souvent finiront par coexister. Mais si ces souris ont raison, oserai-je dire... alors... alors... rien ne changera dans l'esprit humain, surtout s'il résonne à l'en vert. .

 

 

Partager cet article
Repost0
7 janvier 2010 4 07 /01 /janvier /2010 14:11


 

Hier sur RTL, Éric Zemmour enfonçait le clou sur l'identité de ces fameux experts sur lesquels s'appuient nos grippés de la tête pour se défausser des contradictions dans lesquelles ils se sont enlisés. Il posait, d'après un hebdomadaire cancanant, les liens de toutes natures entre les dits experts, l'OMS et d'autres puissances argento-médicamenteuses.


Hier, encore, un de mes lecteurs m'envoyait un long message en réponse à mes propos qu'il ne semble pas partager sur le lien fonctionnel entre les experts et le politique. Comme c'est un homme d'intelligence et de mise en ordre, il faut revenir sur le sujet à partir des définitions et des questions correspondantes. D'où le titre de cet article.


Un expert est simplement quelqu'un inscrit sur une liste d'experts pour produire des expertises. Un politique est le titulaire partiel ou total du pouvoir de gouverner un pays, une nation ou un peuple, selon des modalités variables et des intérêts contradictoires.


Au passage, je dois revenir sur la confusion qui s'installe sur le sens des mots. Le mot expertise correspond à la pratique et au résultat d'un acte d'expert. Relire à ce sujet l'Introduction à la médecine expérimentale de Claude Bernard. Le mot expérience est la synthèse des connaissances acquises au cours d'une ou de plusieurs pratiques intégrant la totalité d'une personnalité, c'est-à-dire passées au crible des différentes composantes, y compris les plus subjectives, de sa vie passée, présente et future. En terme d'expérience de la vie, le dernier des clochards sous les ponts de Paris n'a pas à rougir devant le locataire de l'Élysée.


Si l'on ne comprend pas cette distinction, il vaut mieux s'arrêter là et s'enferrer. Mais je conseille de réfléchir plus complètement.


Poursuivons. Il faut aussi comprendre qu'une décision, la plus petite soit-elle, est la résultante d'une expertise et d'une expérience au sens précédemment décrit. C'est ainsi que se passent, sans qu'on y porte attention, les actes de la vie quotidienne, mais aussi ceux qui engagent les nations. C'est l'équivalent du terme « renormaliser » que le professeur Yves Schwartz utilise dans l'étude ergologique des processus décisionnaires.


Je disais donc que des experts (je ne sais lesquels) ont conseillé des personnages d'expérience politique. Je disais aussi que tout responsable décisionnaire, politique ou non, devrait s'entourer d'experts de conclusions et d'avis divergents. S'il ne le fait pas, il s'ampute de toute sa part la plus humaine, et accessoirement, perd toute légitimité. C'est le cas aujourd'hui.


Maintenant, il faut arriver à mieux comprendre comment les experts aboutissent aux conclusions de leurs expertises. Sans même imaginer avoir affaire à des tricheurs de motivations multiples (ce qui n'est pas complètement impossible) il faut comprendre que tout employé (au sens fonctionnel) d'un système travaille plutôt à stabiliser sa position et le système correspondant qu'à abattre la branche et l'arbre où il vit. L'inverse ne pourrait se concevoir que dans deux conditions: une pathologie psychiatrique élaborée ou une immersion de type agent double. Tous les autres cas ne peuvent se poursuivre sans dommages graves. L'actualité récente en fournira des modèles, du stress le plus courant à la pathologie la plus explosive, à France-Télécom ou au Proche-Orient.


Dans les cas les plus fréquents, il s'agit simplement d'un processus normal du comportement humain qui s'appelle l'adhésion. Cette adhésion s'oppose à une autre phénomène tout aussi normal qui est la résistance. Leur confrontation poussée à l'extrême amène à des renversements dramatiques (Le Pont de la rivière Kwai).


Il y a une grande différence entre les experts ne travaillant que sur la matière inorganique (l'étude du vieillissement du PVC sera bientôt à l'ordre du jour, vous verrez...) et les experts travaillant sur ces phénomènes vitaux que sont les propagations des maladies infectieuses. On pourrait, comme les sciences dont ils s'occupent, les classer en experts durs (les premiers) et experts mous (les seconds), sans être en rien désobligeant à leur égard.


Quel est le poids réel de nos « experts mous » pris entre le marteau patronal et l'enclume politique, et la dynamique interne des soucis familiaux et du processus d'adhésion? Qui est prêt à jeter la première pierre? Car il faut avoir l'âme bien accrochée (En avoir ou pas écrivait Hémingway) pour lever le doigt de l'opposition fondamentale dans cette forge allumée.


Voilà comment il faut comprendre mon opposition totale à la prise de pouvoir par les experts et au rejet par les politiques de leur responsabilité sur les dits experts. Voilà pourquoi mon opposition à la prise du pouvoir par tout autre corps constitué en artisan limité, qu'ils soient juges, militaires (Bonjour Montesquieu...) ou plus récemment par médias quelconques (Rebonjour Montesquieu...). Que toute personne qui se sent en désaccord avec cela ait le courage d'en tirer les conséquences, parmi lesquelles il faudra bien balancer sa carte d'électeur à la poubelle.


En attendant Sutor, non supra crepidam...






















 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
5 janvier 2010 2 05 /01 /janvier /2010 10:23

 

Puisque l'actualité force à feuilletoner, ne refusons pas une page supplémentaire.


Notre ministressée de la santé s'est distinguée, une tâche ardue pour elle, en remettant sur le tapis des marchands la question des millions de vaccins, inutilisés, mais commandés, mais résiliés, mais pas payés, mais renégociés, mais qui étaient nécessaires, mais qui ne sont plus nécessaires, mais qui le seront peut-être, mais qui.. mais que... mais qu'est-ce que c'est... comme questionnait une chanson des années cinquante.

 

J'ai déjà fait remarquer que ces pratiques de boutiquiers mal embouchés cachent des marchés outrepassant celui du simple vaccin, plus que juteux, dégoulinants de bien des bouches fardées ou non. Le professeur Gentilini a seulement fait remarquer les deux milliards de masques, mais la liste est loin d'être close, et je rappelle que même ces masques sont légalement périssables.

 

Mais ces pratiques financières de haute volée, déjà désagréables en soi, montrent aussi la dérive du système vers une dictature bureaucratique à la solde d'une proportion mal définie d'imbéciles, de malfaisants et de lâches.

 

Une dictature bureaucratique qui se permet du jour au lendemain d'interdire aux médecins généralistes de pratiquer la vaccination, comme elle intervient déjà dans leur pratique quotidienne par ses innombrables circulaires et menaces qui dégoûtent du métier les mieux engagés d'entre eux.

 

Une proportion mal définie, donc, d'imbécilité, de malfaisance et de lâcheté qui ignore la réalité du terrain, comment une adhésion au traitement se prépare, qui joue au sauveur du monde ne supportant aucune contradiction, empêtrée à accumuler usines à gaz sur usines à gaz, à poser couches sur couches ses sécrétions politicardes et ses arguments foireux comme celui de la double injection, qui mériterait à lui seul un article complet – en réserve le cas échéant – et qui se cache de discours en discours derrière des experts fantômatiques, de l'OMS ou d'ailleurs, ce qui devrait les déconsidérer à jamais de se présenter autrement que comme bateleurs d'estrade.

 

Car la politique est à la vie de la nation ce que l'architecture est à la pratique des beaux-arts: la somme des décisions nécessaires à la tenue et à la conduite du bâtiment et de l'État. Si chaque décision dépend d'un expert, le politique a, de fait, démissionné de sa fonction. Si, de plus, ces avis d'experts n'ont pas donné lieu à l'écoute systématique d'experts d'avis opposé, la bêtise et l'erreur se conjuguent.

 

C'est pour cela que le Président Pompidou, je l'ai déjà dit, voulait un littéraire à la tête du pays, un homme qui comprenne le sens du mot disputatio, qui entende les avis divergents, et prenne une décision dont il serait responsable et jamais honteux.

 

Dans ce débat sur la grippe et ses implications, nous en sommes loin. Mais jusqu'à quel niveau de l'État sont installés ces grippés de la tête? Là, la vaccination s'impose, en urgence.

Partager cet article
Repost0
4 janvier 2010 1 04 /01 /janvier /2010 07:53

 

Si l'édition d'un titre en majuscules mène à la perte de sens, il faut changer d'habitude. C'est le cas ici. Je reprends les résultats de l'enquête sur les personnalités préférées des Français, et spécifiquement je rejoins les commentaires d'Éric Zemmour sur RTL. Le tiercé de tête affiche notoirement ses préférences de vie hors territoire français. Qu'en serait-il si l'on en sondait les reins et les cœurs? Pour l'un au moins, on ne sache pas qu'il ait esquissé le moitié du quart du huitième du commencement d'un froncement de sourcil en apprenant que des Français « supporters » de l'équipe algérienne de foot-ball si chère au médiatique Zizou ont brûlé en place de Toulouse le drapeau de leur estimé pays adoptif. Mais j'arrête ici, par risque de recevoir un coup de boule à grâce présidentielle.

 

Éric Zemmour me fait le plaisir de me précéder sur un point que je voulais souligner spécifiquement ici: l'absence d'écrivains dans cette liste. Même pas Albert Camus si médiatiquement encensé par une campagne de presse presque aussi bien menée que celle de la grippe et culminant par un décès encore plus spectaculaire, dont le cinquantième anniversaire coïncide – oh hasard – avec la sortie d'un téléfilm ad hoc. Du beau boulot!

 

Restent les humoristes multi-nationaux dont je n'ai pas l'humeur de partager l'humour, et deux chanteurs de vieille souche... jusqu'à quand?

 

Et savez-vous quoi? Cela n'a rien d'étonnant. Et ce n'est pas la comédie des prix littéraires les plus médiatiques ou l'avalanche de bouquins promis au pilon qui y changera quelque chose. Bien au contraire. Mais pour des gens honnêtes qui souhaitent travailler et faire vivre le français, écrire et publier à l'abri de la charcutaille médiatique, nous offrirons tout bientôt le site littéraire nécessaire.

 

Encore un peu de patience.

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
3 janvier 2010 7 03 /01 /janvier /2010 21:16

OTELLI.JPG

 

Le 25 décembre dernier les passagers du vol Amsterdam Detroit ont failli ne pas arriver à destination. Un gentil passager souhaitait faire la bombe à sa façon. Mais par l'action de quelques individus armés de forts réflexes et de mauvaises intentions anti-démocratiques, la festivité a été remise. Ils ont eu tort, évidemment. De bons citoyens auraient laissé les événements se dérouler de façon non-discriminante, en sachant que des politiques courroucés seraient montés au créneau, auraient tapé du poing sur la table (images obligatoires) et démontré leur indignation avec les bonnes phrases de circonstance: lâche attentat... procédés inqualifiables... dans un état de droit... etc.

 

Mais pour finir l'année, les passagers du vol AA 120 entre New York et Paris ont manqué de peu le grand plongeon. Une fuite à partir des toilettes a provoqué la création d'un bloc de glace qui s'est évacué vers un réacteur. Les témoignages sont étonnants: avant de décoller, le pilote aurait demandé aux passagers s'ils souhaitaient retarder ou non le départ, compte tenu de l'incident survenu aux lieux d'aisance. Glaçant, n'est-il pas?

 

Lorsqu'on a pratiqué la prévention de façon professionnelle pendant des années on ne peut s'empêcher de réfléchir à ces deux « presqu'accidents ». (J'emploie volontairement une expression plus que criticable). Parmi les pistes d'études figure le facteur humain, qui court tout au long de la chaîne des causes. Pendant des années, le facteur humain a été rejeté de l'étude des accidents du travail par la méthode de l'arbre des causes de l'INRS. Si intéressante et si riche d'enseignements qu'elle soit, cette méthode a pour principal défaut de déplacer la responsabilité de l'homme dans l'accomplissement de son travail, ce qui est une sorte de négation de l'individu.

 

Je ne connais ni de près ni de loin les protagonistes de ces affaires, et quelques articles informatifs ne remplacent pas l'étude sérieuse d'un dossier. D'autres pistes humaines se cachent certainement derrière les comportements aberrants des agences de sécurité qui ont négligé les avertissements, derrière ce pilote qui aurait mieux fait de demander s'il y avait un plombier dans l'avion plutôt que de vouloir un vote des passagers.

 

Ce qui est certain, c'est que la description du facteur humain dans les accidents d'avion, déjà si spectaculaires, les charge d'une dose supplémentaire de « pittoresque ». Cela explique que, tout spécialiste prévoyant ce genre de situation s'entendra répondre par des batteries d'imbéciles « vous n'y pensez pas! ». Et après l'accident, les mêmes poursuivront d'un « qui aurait pu prévoir? ».

 

Si bien qu'en définitive il y a deux sortes d'auteurs de science-fiction: ceux qui décrivent les événements qui vont arriver et que personne n'écoute, et ceux qui aident les politiques à écrire le scénario catastrophe de la grippe H1N1 qui tombe à l'eau.

 

Quoi qu'il en soit, comme il y aura toujours des accidents d'avion, et pour réfléchir un peu plus précisément à leurs petites histoires, je vous conseille de lire une série de livres consacrés à ce sujet, par Jean-Pierre Otelli aux éditions Altipresse, qui, lui, est un « pro ». Frissons dans le ciel vous fera atterrir avec un commandant de bord pilotant « aux pieds », vous fera comprendre qu'un Sukkhoi ne vole pas à la vodka, que le président Khadafi s'intéresse à l'aviation de façon singulière et bien d'autres choses encore. Ces histoires ont beau être un peu anciennes, elles sont toujours d'actualité. Et lorsque j'entends des pilotes d'avions condescendants (ce sont les mauvais) déblatérer sur les pilotes d'ULM, j'ai de bonnes raisons de trouver leurs envolées neuronales très "raz du sol".

 

Ainsi va le monde. Mais que cela ne nous empêche surtout pas de prendre l'avion. Car les bateaux coulent et les voitures dérapent, sans compter les pannes d'ascenseur et les accidents de ski...

Partager cet article
Repost0
1 janvier 2010 5 01 /01 /janvier /2010 08:45

 

Cet article, le premier de l'an de grâce 2010, se doit d'exprimer certains vœux, tradition oblige. Nous en recevrons tous, et nous en enverrons. Le mot bonheur reviendra souvent dans ces messages – j'y souscris, philosophie oblige – puisqu'il s'agit du fameux souverain bien.

 

Mais le bonheur est à l'horizon, ou tout au moins, il est à l'homme ce que l'horizon est au navigateur et au rêveur: un repère inaccessible. Pour ne pas mettre en péril ces deux aspects du voyage, celui du corps et celui de l'esprit, il faut aussi se préoccuper de savoir où l'on pose ses pieds, c'est-à-dire, selon la sagesse des nations, balayer devant sa porte, et ré-apprendre que « chacun son métier et les vaches seront bien gardées ». Il y a là une forme d'intelligence qui participe, sinon du bonheur, du moins du respect de soi-même qui pose un peu mieux la question du respect de l'autre que les grands délires à la sauce humanitaire qui font vendre du papier qu'en d'autres temps on aurait destiné aux petits coins.

 

Or, puisque la première voix radiotransmise est celle de Jean-François Kahn qui utilise le mot « scandale » à propos de la béatification d'un pape, j'en déduis que la question du bonheur sera reportée à l'an prochain, mais que celle de l'outrecuidance et de la kahnerie est toujours à l'ordre du jour. J'en déduis aussi qu'une certaine forme de guerre qui n'ose pas dire son nom n'est pas près de s'éteindre.

 

Alors, guerre pour guerre, je préfère celle dans laquelle s'investit Djemila Benhabib, une femme qui montre le courage qui manque au crâne d'œuf précédent. C'est pourquoi je reprends in extenso sa lettre lue le 13 décembre dernier au Palais du Luxembourg, lors de la journée « Femmes debout », organisée par Femmes solidaires et la Ligue du droit international des femmes. Non pas que je soutienne tous ses arguments, mais entre le courage debout et la fausseté couchée, le choix est vite fait.

 

In extenso, signifie aussi, fondement français oblige, que je retranscrive quelques fautes d'orthographe, mais surtout que j'apprécie le jeu de mots suggéré par la double orthographe possible d'un terme – je vous laisse chercher lequel – à partir de celle utilisée par l'auteur (sans e).

 

Que l'esprit français ne perde pas le goût du sel attique.

 

Bonne année de guerre 2010!

 

 

Mesdames les sénatrices, Mesdames les présidentes, Mesdames et messieurs les dignitaires,
>
>
>  Chers amis,
>
>
>  Merci mille fois de ce grand honneur que vous me faites,
>  aujourd'hui, de me consacrer parmi les Femmes debout et
>  de permettre à ma voix, celle d'une femme de culture
> musulmane féministe et laïque de résonner dans cette
>  prestigieuse institution de la République. Merci à vous,
>  mes amies de Femmes solidaires et de la Ligue du droit
>  international des femmes pour votre travail acharné,
>  permanent et indispensable que ce soit dans les
>  quartiers, auprès des femmes victimes de violences et
>  discriminations, des sans papiers ou encore au sein des
>  politiques et des instances onusiennes. C'est dire que
>  c'est ici, localement que prend racine le travail pour
>  les droits des femmes pour se répercuter à l'échelle
>  internationale. C'est dire aussi que la Marche des
>  femmes pour la liberté et l'égalité est une et
>  indivisible. Lorsqu'une femme souffre dans un quelconque
>  endroit de la planète, c'est notre affaire à toutes et à
>  tous. Merci de nous faire sentir de mille façons que
>  nous sommes les maillons d'une même chaîne.
>  Voilà encore quelques années, je n'aurais jamais imaginé
>  que ma vie de femme, que ma vie de militante serait si
>  intimement liée au féminisme et à la laïcité.

>  Je vous surprendrai peut-être en vous avouant que je ne
>  suis pas devenue féministe en tournant les pages
>  du /Deuxième Sexe/, ni en me plongeant dans ce
>  magnifique roman d'Aragon /Les Cloches de Bâle/, où il
>  était question entre autres de Clara Zetkin et de Rosa
>  Luxembourg, deux figures de proue du féminisme et de la
>  paix dans le monde.
>
>  Je ne suis pas devenue laïque en m'abreuvant de Spinoza,
>  de Ibn Al-Arabi, de Descartes, de Ibn Khaldoun, ou de
>  Voltaire, mon maître. Absolument pas.
>
>  J'aurais pu tourner mon regard ailleurs pour me perdre
>  dans cette enfance si heureuse que j'ai eue dans une
>  famille généreuse, cultivée, ouverte sur le monde et sur
>  les autres, profondément engagée pour la démocratie et
>  la justice sociale. J'aurais pu m'égarer dans la beauté
>  de cette ville qu'est Oran où il faisait si bon vivre au
>  bord de la mer. Cette ville qui a propulsé la carrière
>  littéraire d'Albert Camus, avec son célèbre roman /La
>  peste/, jusqu'au Nobel de littérature. J'aurais pu ne
>  rien voir, ne rien entendre des brimades, du mépris, des
>  humiliations et des violences qu'on déversait sur les
>  femmes. J'ai choisi de voir et d'écouter d'abord avec
>  mes yeux et mes oreilles d'enfant. Plus tard, j'ai
>  choisi de dire les aspirations de toutes ces femmes qui
>  ont marqué ma vie pour que plus jamais, plus aucune
>  femme dans le monde, n'ait honte d'être femme.
>  Pour vous dire vrai, à l'enfance et surtout à
>  l'adolescence, je n'ai jamais rêvé de mariage, de prince
>  charmant, de robe longue, de grande maison, d'enfants et
>  de famille. Les quelques mariages auxquels j'avais
>  assisté, en Algérie, me faisaient sentir que la femme
>  était un objet bien plus qu'un sujet. Inutile de vous
> préciser que ma perspective était ultraminoritaire, car
>  les femmes sont formatées à devenir des épouses puis des
>  mères dès l'enfance. Je devais avoir, quoi, cinq, six,
>  peut-être sept ans tout au plus, lorsqu'on me somma de
>  rejoindre ma grand-mère dans la cuisine, car ma place
>  naturelle était à mi-distance entre les fourneaux et la
>  buanderie, de façon à pouvoir faire éclater mes talents
>  de cuisinière et de ménagère le moment venu.
>
>  En 1984, l'Algérie adopte un code de la famille inspiré
>  de la charia islamique. J'ai 12 ans à cette époque.
>  Brièvement, ce code exige de l'épouse d'obéir à son mari
>  et à ses beaux-parents, permet la répudiation, la
>  polygamie, destitue la femme de son autorité parentale,
>  permet à l'époux de corriger sa femme et en matière
>  d'héritage comme de témoignage, l'inégalité est érigée
>  en système puisque la voix de deux femmes équivaut à
>  celle d'un homme tout comme les parts d'héritage.
>
>
 Question : L'Algérie est-elle devenue musulmane en 1984 ?
>

>  Réponse : Je vous la donnerai pendant le débat tout à
>
 l'heure si vous le souhaitez.
>
>  Pour ce qui est de la laïcité, j'ai compris sa nécessité
>  lorsque, au tout début des années 1990, le Front
>  islamique du salut (FIS) a mis à genoux mon pays
>  l'Algérie par le feu et par le sang en assassinant des
>  milliers d'Algériens. Aujourd'hui, on est forcé de
>  constater que les choses n'ont pas tellement changé.
>
>  Trop de femmes dans le monde se font encore humilier,
>  battre, violenter, répudier, assassiner, brûler,
>  fouetter et lapider. Au nom de quoi ? De la religion, de
>  l'islam en l'occurrence et de son instrumentalisation.
>  Pour refuser un mariage arrangé, le port du voile
>  islamique ou encore pour avoir demandé le divorce, porté
>  un pantalon, conduit une voiture et même avoir franchi
> le seuil de la porte sans la permission du mâle, des
>  femmes, tant de femmes subissent la barbarie dans leur
>  chair. Je pense en particulier à nos sœurs iraniennes
>  qui ont défilé dans les rues de Téhéran pour faire
>  trembler l'un des pires dictateurs au monde :
>  Ahmadinejad. Je pense à *Neda*, cette jeune Iranienne
>  assassinée à l'âge de 26 ans. Nous avons tous vu cette
>  image de Neda gisant sur le sol, le sang dégoulinant de
>  sa bouche. Je pense à *Nojoud Ali*, cette petite
>  Yéménite de 10 ans, qui a été mariée de force à un homme
>  qui a trois fois son âge et qui s'est battue pour
>  obtenir le droit de divorcer. et qui l'a obtenu. Je
>  pense à*Loubna Al-Hussein* qui a fait trembler le
>  gouvernement de Khartoum l'été dernier à cause de sa
>  tenue vestimentaire..
>
>  La pire condition féminine dans le globe, c'est celle
>  que vivent les femmes dans les pays musulmans. C'est un
> fait et nous devons le reconnaître. C'est cela notre
>  première solidarité à l'égard de toutes celles qui
>  défient les pires régimes tyranniques au monde. Qui
>  oserait dire le contraire ? Qui oserait prétendre
>  l'inverse ? Les islamistes et leurs complices ?
>  Certainement.mais pas seulement.
>
>  *Il y a aussi ce courant de pensée relativiste qui
>  prétend qu'au nom des cultures et des traditions nous
>  devons accepter la régression, qui confine l'autre dans
>  un statut de victime perpétuelle et nous culpabilise
>  pour nos choix de société en nous traitant de racistes
>  et d'islamophobes lorsque nous défendons l'égalité des
>  sexes et la laïcité.
C'est cette même gauche qui ouvre
> les bras à Tarik Ramadan pour se pavaner de ville en
> ville, de plateau de TV en plateau de TV et cracher sur
> les valeurs de la République.*
>

>  Sachez qu'il n'y a rien dans ma culture qui me
>  prédestine à être éclipsée sous un linceul, emblème
>  ostentatoire de différence. Rien qui me prédétermine à
>  accepter le triomphe de l'idiot, du sot et du lâche,
>  surtout si on érige le médiocre en juge. Rien qui
>  prépare mon sexe à être charcuté sans que ma chair en
>  suffoque. Rien qui me prédestine à apprivoiser le fouet
>  ou l'aiguillon. Rien qui me voue à répudier la beauté et
>  le plaisir. Rien qui me prédispose à recevoir la
>  froideur de la lame rouillée sur ma gorge. Et si c'était
>  le cas, je renierais sans remords ni regret le ventre de
>  ma mère, la caresse de mon père et le soleil qui m'a vu
>  grandir.
>
>  L'islamisme politique n'est pas l'expression d'une
>  spécificité culturelle, comme on prétend ça et là. C'est
>  une affaire politique, une menace collective qui
>  s'attaque au fondement même de la démocratie en faisant
>  la promotion d'une idéologie violente, sexiste,
> misogyne, raciste et homophobe.
>
>  Nous avons vu de quelle façon les mouvements islamistes,
>  avec la complicité, la lâcheté et le soutien de certains
>  courants de gauche cautionnent la régression profonde
>  qui s'est installée au cour même de nos villes. Au
>  Canada, nous avons tout de même failli avoir les
>  tribunaux islamiques. En Grande-Bretagne c'est déjà la
>  norme dans plusieurs communautés. D'un bout à l'autre de
>  la planète, le port du voile islamique se répand et se
>  banalise, il devient même une alternative acceptable aux
>  yeux de certains car c'est tout de même mieux que la burqa!
>
>  Que dire de la démission des démocraties occidentales
>  sur des enjeux primordiaux à la base du vivre-ensemble
>  et de la citoyenneté tels que la défense de l'école
>  publique, des services publics et de la neutralité de l'État ?
>
>  
Que dire des reculs en matière d'accessibilité à
>
 l'avortement ici même en France ?
>
>  Tout ça pour dire qu'il est toujours possible de faire
>  avancer les sociétés grâce à notre courage, notre
>  détermination et à notre audace. Je ne vous dis pas que
>  ce sont là des choix faciles. Loin de là. Les chemins de
>  la liberté sont toujours des chemins escarpés. Ce sont
>  les seuls chemins de l'émancipation humaine, je n'en connais pas d'autres.
>
>  Cette merveilleuse page d'histoire, de NOTRE histoire,
>  nous enseigne que subir n'est pas se soumettre. Car
>  par-delà les injustices et les humiliations, il y a
>  aussi les résistances. Résister, c'est se donner le
>  droit de choisir sa destinée. C'est cela pour moi le
>  féminisme. Une destinée non pas individuelle, mais
>  collective pour la dignité de TOUTES les femmes. C'est
>  ainsi que j'ai donné un sens à ma vie en liant mon
>  destin de femme à tous ceux qui rêvent d'égalité et de
>  laïcité comme fondement même de la démocratie.
>  L'histoire regorge d'exemples de religions qui débordent
>  de la sphère privée pour envahir la sphère publique et
>  devenir la loi. Dans ce contexte, les femmes sont les
>  premières perdantes. Pas seulement. La vie, dans ses
>  multiples dimensions, devient soudainement sclérosée
>  lorsque la loi de Dieu se mêle à la loi des hommes pour
>  organiser les moindres faits et gestes de tous. Il n'y a
>  plus de place pour les avancées scientifiques, la
>  littérature, le théâtre, la musique, la danse, la
>  peinture, le cinéma, bref la vie tout simplement. Seuls
>  la régression et les interdits se multiplient. C'est
>  d'ailleurs pour ça que j'ai une aversion profonde à
>  l'égard des intégrismes quels qu'ils soient, car je suis une amoureuse de la vie.
>
>  Rappelez-vous une chose : lorsque la religion régit la
>  vie de la cité, nous ne sommes plus dans l'espace du
>  possible, nous ne sommes plus dans le référentiel des
>  doutes, nous ne sommes plus dans le repère de la Raison
>  et de la rationalité si chères aux Lumières. Séparer
>  l'espace public de l'espace privé en réaffirmant la
>  neutralité de l'État me semble indispensable, car seule
>  la laïcité permet de se doter d'un espace commun,
>  appelons-le un référentiel citoyen, loin de toutes
>  croyances et de toutes les incroyances, pour prendre en
>  main la destinée de la cité. Avant de conclure,
>  permettez-moi de partager avec vous une lettre destinée à l'un de vos élus.
>
>  J'ai longuement hésité avant de vous écrire. Peut-être,
>  par peur d'être perçue comme celle venue d'ailleurs qui
>  fait indélicatement irruption dans les « affaires
>  françaises ». Au diable les convenances, je n'ai jamais
>  été douée pour la bienséance surtout lorsqu'elle est au
>  service des plus forts, des plus puissants et des plus
>  arrogants. Puis, s'il avait fallu que je vive en
>  fonction du regard des autres, je n'aurais rien fait de
>  ma vie ou si peu. Lorsqu'il s'agit des droits des
>  femmes, nulle convenance ne doit primer sur l'essentiel.
>  L'essentiel étant : la liberté, l'égalité et
>  l'émancipation des femmes. J'entends encore des copines
>  françaises me dirent avec insistance : parle-lui,
>  dis-lui, écris-lui. Étrangement, leurs propos me
>  rappellent le titre de ce magnifique film
>  d'Almodovar /Parle avec elle/ où dès les premiers
>  instants, le rideau se lève furtivement, pendant
>  quelques secondes, sur un spectacle de danse, mettant en
>  scène le corps d'une femme, celui de Pina Bausch. Elle
>  qui exprimait si bien dans ses chorégraphies crûment la
>  violence exercée à l'encontre des femmes.
>
>  Monsieur Gérin, c'est à vous que je m'adresse, je
>  voudrais vous parler, vous dire la peur que j'ai connu
> le 25 mars 1994 alors que j'habitais à Oran, en Algérie
>  et que le Groupe islamique armé (GIA) avait ordonné aux
>  femmes de mon pays le port du voile islamique. Ce
>  jour-là, j'ai marché la tête nue ainsi que des millions
>  d'autres Algériennes. Nous avons défié la mort. Nous
>  avons joué à cache-cache avec les sanguinaires du GIA et
>  le souvenir de Katia Bengana, une jeune lycéenne âgée de
>  17 ans assassinée le 28 février 1994 à la sortie de son
>  lycée planait sur nos têtes nues. Il y a des événements
>  fondateurs dans une vie et qui donnent une direction
>  particulière au destin de tout un chacun. Celui-là, en
>  est un pour moi. Depuis ce jour-là, j'ai une aversion
>  profonde pour tout ce qui est hidjab, voile, burqa,
>  niqab, tchador, jilbab, khimar et compagnie. Or,
>  aujourd'hui vous êtes à la tête d'une commission
>  parlementaire chargée de se pencher sur le port du voile intégral en France.
>
>
>  En mars dernier, je publiais au Québec, un livre
>  intitulé /Ma vie à contre-Coran/ : une femme témoigne
>  sur les islamistes. Dès les premières phrases, je
>  donnais le ton de ce qu'est devenue ma vie en termes
>  d'engagements politiques en écrivant ceci : « J'ai vécu
>  les prémisses d'une dictature islamiste. C'était au
>  début des années 1990. Je n'avais pas encore 18 ans.
>  J'étais coupable d'être femme, féministe et laïque. » Je
>  dois vous avouer que je ne suis pas féministe et laïque
>  par vocation, je le suis par nécessité, par la force des
>  choses, par ces souffrances qui imprègnent mon corps car
>  je ne peux me résoudre à voir l'islamisme politique
>  gagner du terrain ici même et partout dans le monde. Je
>  suis devenue féministe et laïque à force de voir autour
>  de moi des femmes souffrir en silence derrière des
>  portes closes pour cacher leur sexe et leur douleur,
>  pour étouffer leurs désirs et taire leurs rêves.
>
>  Il fut un temps où on s'interrogeait en France sur le
>  port du voile islamique à l'école. Aujourd'hui, il est
>  question de voile intégral. Au lieu d'élargir la portée
>  de la loi de 2004 aux établissements universitaires,
>  nous débattons sur la possibilité de laisser déambuler
>  dans nos rues des cercueils. Est-ce normal ? Demain,
>  peut-être c'est la polygamie qui sera à l'ordre du jour.
>  Ne riez pas. Cela s'est produit au Canada et il a fallu
>  que les cours (de justice) s'en mêlent. Car après tout
>  la culture à bon dos lorsqu'il s'agit d'opprimer les
>  femmes. Ironie du sort, j'ai constaté dans plusieurs
>  quartiers que les jupes se rallongent et disparaissent
>  peu à peu. La palette des couleurs se réduit. Il est
>  devenu banal de camoufler son corps derrière un voile et
>  porter une jupe, un acte de résistance. C'est tout de
>  même une banlieue française qui est le théâtre du
>  film /La Journée de la jupe./ Alors que dans les rues de
>  Téhéran et de Khartoum, les femmes se découvrent de plus
>  en plus, au péril de leur vie, dans les territoires
>  perdus de la République française, le voile est devenu la norme.


Que se passe-t-il ? La France est-elle devenue malade ?
>  Le voile islamique est souvent présenté comme faisant
>  partie de « l'identité collective musulmane ». Or, il
>  n'en est rien. Il est l'emblème de l'intégrisme musulman
>  partout dans le monde. S'il a une connotation
>  particulière, elle est plutôt politique surtout avec
>  l'avènement de la révolution islamique en Iran en 1979.
>  Que l'on ne s'y trompe pas, le voile islamique cache la
>  peur des femmes, de leur corps, de leur liberté et de leur sexualité.
>
>  Pire encore, la perversion est poussée à son paroxysme
>  en voilant des enfants de moins de cinq ans. Il y a
>  quelques temps, j'essayais de me rappeler à quel moment
>  précisément, en Algérie, j'ai vu apparaître ce voile
>  dans les salles de classe. Pendant mon enfance et
>  jusqu'à mon entrée au lycée, c'est-à-dire en 1987, le
>  port du voile islamique était marginal autour de moi. À
>  l'école primaire, personne ne portait le hidjab, ni
>  parmi les enseignants, ni surtout parmi les élèves.
>
>  Voilà 12 ans que j'habite au Québec dont la devise
>  inscrite sur les plaques d'immatriculation des voitures
>  est « Je me souviens ». A propos de mémoire, de quoi la
>  France devrait-elle se souvenir ? Quelle est porteuse
>  des Lumières. Que des millions de femmes se nourrissent
>  des écrits de Simone de Beauvoir dont le nom est
>  indissociable de celui de Djamila Boupacha. C'est peu
>  dire. Il ne fait aucun doute pour moi que la France est
>  un grand pays et ceci vous confère des responsabilités
>  et des devoirs envers nous tous, les petits. C'est
>  d'ailleurs pour cela qu'aujourd'hui, tous les regards
>  sont tournés vers votre commission et que nous attendons
>  de vous que vous fassiez preuve de courage et de
>  responsabilité en interdisant le port de la burqa.
>
>  Pour notre part au Québec, on se souvient qu'en 1961,
>  pour la première fois dans l'histoire, une femme, une
>  avocate de surcroît, est élue à l'Assemblée législative
>  lors d'une élection partielle. Son nom est Claire
>  Kirkland et elle deviendra ministre. En invoquant un
>  vieux règlement parlementaire qui exigeait des femmes le
>  port du chapeau pour se présenter à l'Assemblée
>  législative, on la force à se couvrir la tête pendant
>  les sessions. Elle refuse. C'est le scandale. Un journal titre : « Une femme nu-tête à l'Assemblée législative ! » Elle résiste et obtient gain de cause.
>
>  Il faut comprendre par là que nos droits sont des acquis
>  fragiles à défendre avec acharnement et qu'ils sont le
>  résultat de luttes collectives pour lesquelles se sont
> engagés des millions de femmes et d'hommes épris de
>  liberté et de justice. J'ose espérer, monsieur
>  Gérin, que la commission que vous présidez tiendra
>  compte de tous ces sacrifices et de toutes ces
>  aspirations citoyennes à travers le monde et les siècles.
>
>  A vous chers amis, s'il y a une chose, une seule, que je
>  souhaiterais que vous reteniez de ces quelques mots,
>  c'est la suivante. Entre une certaine gauche
>  démissionnaire, le racisme de l'extrême droite et le
>  laisser-faire et la complicité des gouvernements nous
>  avons la possibilité de changer les choses, plus encore
>  nous avons la responsabilité historique de faire avancer
>  les droits des femmes. Nous sommes, en quelque sorte,
>  responsables de notre avenir et de celui de nos enfants.
>  Car il prendra la direction que nous lui donnerons.
>  Nous, les citoyens. Nous, les peuples du monde.. Par nos
>  gestes, par nos actions et par notre mobilisation.
> Toutes les énergies citoyennes sont nécessaires d'un
>  pays à l'autre au-delà des frontières. L'avenir nous
>  appartient. La femme est l'avenir de l'homme disait
>  Aragon. S'agissant d'homme, je veux en saluer un présent
>  aujourd'hui, c'est mon père à qui je dois tout.
>
>  Et je finirai par une citation de Simone de Beauvoir : «
>  On a le droit de crier mais il faut que ce cri soit
>  écouté, il faut que cela tienne debout, il faut que cela
>  résonne chez les autres. » J'ose espérer que mon cri aura un écho parmi vous.
>
>
>  
*Djemila Benhabib*
>

Partager cet article
Repost0
31 décembre 2009 4 31 /12 /décembre /2009 05:57

 

L'article de Bernard-Henri Lévy paru dans le Point du 18 décembre 2009 prouve son intelligence de manipulateur de mots, mais....

 

Il m'est arrivé de croiser une fois Roman Polanski. C'était il y a de nombreuses années. Nous entrions dans une grande librairie de la rive gauche parisienne, et il s'exclama simplement : «tous ces livres!». Le ton et le regard suffisaient. Nous partagions les mêmes amours... enfin pas tous, si j'en crois, non seulement sa biographie Roman, mais aussi ses récents ennuis judiciaires. De plus je suis redevable à Roman Polanski pour sa remarquable prestation dans Amadeus. C'est dire s'il jouit à mes yeux d'un capital de sympathie.

 

Que s'est-il passé il y a quelques années entre une nymphette américaine et cet homme auréolé des paillettes de la société du spectacle que BHL cite de façon ambiguë dans son article? Je ne le sais pas, mais je sais que la justice américaine a statué et comment elle qualifie ce que BHL rapetisse à la simple expression de «détournement de mineur commis il y a trente-deux ans».

 

Mais Monsieur BHL tonne comme un petit Zeus irrité, fulmine comme un pape de l'intelligentsia, vitupère avec une intelligence de serpent qui siffle sur nos têtes pour s'en prendre au talon. Alors, à quoi riment ces excès de fureur et de bruit? À prouver son indignation? Pourquoi pas? Mais que cache tant de zèle? Pourquoi cette hargne très, trop bien dirigée, contre cette Suisse? Et avec quelles hyperboles!

 

« Les escouades de photographes cherchant le meilleur angle de tir... prisonnier de ses geôliers... harcelé par la meute... la Suisse... traquer, enfermer persécuter, humilier... pays qui a tendu ce piège... abusé de sa confiance, trahi sa propre parole.... qui a fomenté ce fameux et maudit 27 septembre, l'hallucinant traquenard etc. ».

 

Encore tout cela n'est que le rez-de chaussée du magasin. Lorsqu'on l'on passe au sous-sol, c'est une autre fantasmagorie: « bal d'incubes, succubes, tarentules et autres vampires... les spectres et les morts-vivants qui le harcèlent dans la vraie vie».

 

Reste à nous élever vers les étages supérieurs de la pensée, là où le génie peaufine son futur film, au mileu des pires difficultés. «Peut-on, sans y être, du fond de ce qui reste une prison, retravailler un ciel, recadrer un sourire ou un mouvement, récrire une émotion ?» demande Bernard-Henry Lévy qui semble se croire le seul être au monde à comprendre et accompagner les affres de l'artiste maltraité.

 

Tout compte fait, il émane une certaine tristesse à la lecture de cet article. Une tristesse qui amène d'autres questions. De quelle inflammation surgit cet incendie verbal? Quel prurit motive ces divagations? Quelle vérité est censée émerger de ce puits aux échos tonitruants? Pourquoi et sur quelles preuves cette diatribe antihelvétique?

 

Il faut admetre et apprécier le lyrisme, à condition qu'il justifie sa place et qu'il atteigne la vraie qualité, qu'il ne se contente pas de parodier les vieilles envolées prophétiques ni les grands films comme Le Bal des vampires. Et personne, non personne ne peut approuver le dernier paragraphe de son article. Oui, Monsieur le Grand Inquisiteur, des gens ont écrit en prison que « le ciel est par dessus le toit, si beau si calme... » et au moment où paraissent ces lignes, d'autres, artistes ou non, travaillent, libres ou non, manquant de moyens, d'espoir, dans la pénurie financière et la maladie, qu'humilie une tirade comme la vôtre.

 

Dommage pour une belle intelligence. Il fut un temps où l'on se moquait: on trouve de tout au BHL. Vient un temps de tristesse. On n'y trouve plus grand chose derrière le décor.

 

 

Partager cet article
Repost0
30 décembre 2009 3 30 /12 /décembre /2009 08:30

 

Comme on regrette de n'avoir que 15 ans, d'être assez éduqué, d'être submergé par l'indignation, d'avoir peur de voler dans les plumes de son professeur, et de ravaler les phrases qui vous viennent à l'esprit. Comme on regrette de ne pas dire son fait à ce professeur de français qui vous conseille de « lire en diagonale » pour connaître les auteurs du programme, des auteurs que l'on aime.

 

Évidemment, mon introduction ne s'applique aucunement à certains pseudo-élèves de certaines classes dites difficiles. Ici, il est question de lire, donc, d'une action inconnue des pratiquants du « vocab 300 ».

 

Lire en diagonale – si encore elle avait expliqué – pour devenir des journalistes, ou briller dans des dîners en ville, ou faire semblant de connaître, ou jouer à taquiner sa mémoire visuelle... Rentabilité pour les examens avait-elle ajouté pour tout potage.

 

Je préfère m'en tenir à cette affirmation d'un de mes professeurs de français, certainement d'une autre école: une dissertation n'est pas le plus court chemin d'une citation à une autre.


Car alors, rien n'empêcherait d'appliquer plus largement cette géométrie du rentable. Que les écrivains écrivent en diagonale, que les chanteurs chantent en diagonale, que les acteurs jouent en diagonale, que les présidents président en diagonale, que les aviateurs pilotent en diagonale, et que chacun de nous trouve sa diagonale de rapidité maximale. Les cathédrales? En diagonale! La sixième de Beethoven? En diagonale! Pourquoi pas, puisque certains professeurs professent en diagonale?

 

J'ai recueilli il y a peu cette indignation qui ressurgissait une vingtaine d'années après les faits. Il n'y a pas prescription. Cette enseignante est coupable. Elle mériterait bien d'être pro-fessée, carrément.

Partager cet article
Repost0
27 décembre 2009 7 27 /12 /décembre /2009 11:04

MEDICIS-2009.JPG

 

 

Je ne pose pas ma candidature, mais:...

 

p 23: Avec cette impression de faire une chose qui n'est pas bon pour moi...

p 43: Je crains qu'un événement si fort soit-il ne pourra jamais bousculer un homme dans ses habitudes.

P 43: Je me demande quand a-t-il su qu'il ne retournerait plus jamais en Haïti et qu'a-t-il senti à ce moment là?

P 85: Je descends dans la rue pour un bain dans ce fleuve humain où plus d'un se noient chaque jour.

P 100: Elle est enfermée dans sa chambre et refuse d'ouvrir à personne.

P 101: C'est pas son genre de parler d'elle

P 134: Quand est-ce que vous avez compris que l'enfer que nous venons d'évoquer n'est pas pour vous?

P 176: Le rire de ces beautés d'un soir dans la nuit parfumée permettront à ce jeune tigre en chasse de les repérer aisément.

P 192; C'est pas si facile que cela d'être au même endroit que son corps.

P 195: On est montés dans ma chambre afin que je me change.

P 244: Au bout de la route on a trouvé un petit hôtel tout bancal où c'était possible de souper.

P 245: On s'est arrêtés à cette guinguette près de la mer.

P 257: Juste avant d'atteindre... on s'est arrêtés à Miragoâne.

 

Ces perles recueillies dans le nouveau tirage de novembre 2009 ne me donnent aucune envie d'acheter le premier pour un exercice stérile de comparaison. Il suffit!

 

Je ne me pose pas en correcteur mais en lecteur, et je me dis que les éditions Grasset se fichent du monde. Entre la coquille inévitable et la casse industrielle il y a un monde qu'un éditeur véritable ne devrait pas franchir. J'ai cru reconnaître dans cette accumulation la trace d'un correcteur orthographique semblable à celui dont j'ai démasqué les méfaits il y a peu (voir mon article « le correcteur corrigé »). Si je me trompe, c'est pire pour la qualité des correcteurs humains.

 

J'ajoute que le tiré à la ligne institutionnel n'est pas de la poésie, quoi qu'on en crie. C'est tout simplement de la vente de papier qui gonfle l'apparence d'un bon texte jusqu'à lui donner celle d'un bon(?) livre.

 

Car le texte de Dany Laferrière est bon. Non pas sublime, mais bon, riche d'images et de réflexions dont la véracité s'impose. Il est même astucieux. Il nous donne envie de mieux connaître cette peinture haïtienne dont j'aime à dire qu'elle développe un baroque tropical qui cache sous ses formes l'exubérance de secrets vivants, vaudou, peut-être, ou autre pensée que j'aimerais mieux connaître. Il a l'intelligence de ne pas nous bassiner outre mesure avec le discours officiel du « tout-esclavagisme » néologisme aussi laid dans son expression qu'historiquement faux. Il essaie intelligemment de trouver une explication à la poussée dictatoriale de l'ex-président Duvallier en le considérant, étudiant possédé de ressentiment, dans son poème Les Sanglots de l'exilé. Il ouvre des pistes sur la vie des livres, des lecteurs et des écrivains, et j'aime qu'il expose cette figure tutélaire, qui, « barbu plein de fureur et de douceurs, au milieu d'une meute de chiens, tente d'écrire le grand roman américain... le seul, aujourd'hui, qui sache danser avec les fantômes, les fous et les morts ». Nous partageons l'admiration pour ce grand auteur qu'est Victor-Lévy Beaulieu.

 

Je pourrais écrire « bien des choses en somme » sur ce texte de Dany Laferrière. Mais si j'étais à sa place, je serais furieux, d'une colère de forte nature. Je serais furieux de ces fautes de français insupportables. Je serais furieux de cette bonne prose dévergondée en pseudo-poésie de bas étage, sous prétexte de rejet à la ligne. Je serais furieux, de cet article de Pierre-François Ghisoni qui pose la question du véritable travail entre l'auteur-étalon et l'éditeur-cavalier. Et si cette colère ne devait retomber que sur l'auteur de ces lignes, elle signerait alors l'aveu d'une belle faiblesse, un nouveau duvalliérisme littéraire d'auteur ou d'éditeur.

 

L 'énigme du retour... de flamme?

Partager cet article
Repost0

Profil

  • Pierre-François GHISONI
  • la littérature en partage
L'homme avant les termites
L'idéal sans l'idéologie
  • la littérature en partage L'homme avant les termites L'idéal sans l'idéologie

Recherche