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15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 07:09

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Toujours sous les sapins, mon regard a été attiré par un stand où la beauté s’offrait par d’autres voies : L’Atelier de Siloë. Des voies, et une voix, celle de Nathalie Poulain qui préside – tout naturellement – à la triple harmonie de l’enluminure, de l’art héraldique, et des pierres vives, triple harmonie de richesse de corps et d’esprit.

 

L’enluminure par tradition, nous plonge dans un univers qui capte le regard, et plus encore le regard intérieur. Relions-la d’un trait d’esprit à l’art de l’icône, entendue dans son sens le plus noble. Et pour mieux le comprendre, rendez-vous sur le site de L’Atelier de Siloë. Vous verrez que je n’exagère en rien. Vous y prendrez matière à enrichissement et à surprise, en parcourant les pages, découvrant cet art des siècles passés et du XXIe siècle dont se réclame l’atelier.

 

Pierre Lours et saint Georges, entre autres, vous accompagneront, entre anges, dragons et lettrines, tantôt dans un entrelacs de feuillages, tantôt sur fond de simple lumière. Et plus encore, une approche complémentaire à la beauté est menée dans la rubrique « dernières infos » : la collection Pierres vives-bijoux.

 

Gageons que le site s’enrichira bientôt de plus nombreuses illustrations, car, tels que j’ai vu ces bijoux sous les sapins, il s’agit de très belles créations. Mieux encore, ces « pierres vives » aident à retrouver l’esprit de grandes âmes, telle celle d’Hildegarde de Bingen, qui, de son douzième siècle, et de son Livre des subtilités des créatures divines, semble guider la recherche de Nathalie Poulain. Il suffit de voir briller son regard lorsqu’elle en parle.

 

Alors, l’Atelier de Siloë, à ne surtout pas oublier !

 

Et puisque nous approchons de Noël, je me permets de vous offrir, extrait de son site, une représentation de la fuite en Égypte.

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13 décembre 2011 2 13 /12 /décembre /2011 19:25

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Ce poète s’appelle Daniel Ancelet, et les sapins en question avaient été « plantés » – si l’on peut dire – par Anne Brassié, qui organisait une réunion d’écrivains et d’artistes aussi variés que talentueux. Nous étions donc conviés à Lire sous les sapins, comme nous le fûmes en un autre temps à Lire sous les pommiers. Anne, outre ses talents d’auteur qui ne sont plus à démontrer, accomplit un travail remarquable d’accompagnement et de promotion où elle met tout son cœur. Lettropolis y a sa place et lui en sait gré.

 

Un salon offre l’occasion de rencontrer les lecteurs, mais également les autres participants, pas tous, malheureusement…

Certes, Jean Raspail, avec Les Veuves de Santiago, fut le roi de la journée. Nul je crois, ne le contesterait. Jean Raspail et son œuvre, devrais-je dire. Nous avons échangé quelques mots en souvenir de Patagonie commune.

 

Mais l’équipage ne manquait ni de panache ni de noblesse. Comme témoin, j’appelle à la barre mon premier témoin : Daniel Ancelet, ce poète délicieux qui offre ses fleurs au gré des ondes de Radio Courtoisie, et de ses nombreuses publications, dont la plus récente s’intitule À mots couverts, prix des Trois Couronnes de Biarritz, (éditions Édilivre).

 

Sachons qu’il ne s’agit pas d’un coup d’essai-coup de maître, sachons retrouver ses anciennes publications, et même, apprécier, au passage de son stand, qu’il nous offre, tout de délicatesse, ce bref regard sur le monde, non seulement tel qu’il le voit, mais tel qu’il est.

 

Sachons lire Daniel Ancelet :

 

Tout Paris pour les Bleus a les yeux de Chimène.
Les journaux du 7 septembre 2007
(À propos du match de rugby France-Argentine)

 

C’était devant les murs d’une école à Paris,
Dont le fronton s’ornait d’un simple crucifix.

Des filles pépiaient, toutes en bleu marine.

Je me suis approché des petites béguines,

Ravi de les voir mettre un uniforme bleu
Pour la nativité de la Mère de Dieu :

« Votre maîtresse, enfants, s’est sans doute avisée
Que demain nous fêtons la Vierge immaculée,

Et cet azur profond qui sème vos rubans
En est, pour ce jour sain, le plus bel ornement. »

« Mais non, m’a déclaré, sans rire, une enfant blonde,
On nous fait mettre en bleu pour la Coupe du monde ! »

 

Et aussi, publiée sur le site Arkadia, cette…  

 

REQUÊTE :

 

Il me faudrait un sortilège
Pour ne pas être né si tard,
Et connaitre ce privilège
D’être ce chien, dans le brouillard,
Épagneul, lévrier, que sais-je?
Ou peut-être même un bâtard !
Mais être ce chien, sous la neige,
Trottant derrière un corbillard,
Pour former l’ultime cortège
D’Amadeus Wolfgang Mozart.

 

Remercier un poète, cela se fait, cela se doit faire, pour que le monde retrouve son équilibre.

 

Et puis, j’ai rencontré tant d’autres participants de valeur, sous les sapins que…

 

À suivre, bientôt…

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12 décembre 2011 1 12 /12 /décembre /2011 10:45

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Pour reprendre le fil de l’article précédent, je précise qu’il est possible de lire la bibliothèque numérique d’Amazon, sans acheter la tablette Kindle : il suffit pour cela de télécharger l’application ad hoc sur votre ordinateur. Cela ne demande que quelques manipulations assez simples.

Une fois cela accompli, le téléchargement du texte souhaité est lui aussi réalisé en quelques clics.

Je passe sur ces deux manipulations qui sont, mutatis mutandis, des manœuvres assez stéréotypées, sans difficulté particulière.

J’ai donc téléchargé Les Contes de Noël de Charles Dickens, et l’extrait gratuit du célèbre ouvrage de Gibbon, The Decline and Fall of the roman empire.

 

 

PRÉSENTATION GÉNÉRALE

Les textes sont présentés par un logiciel associant une fonction « bibliothèque » et une fonction « lecture ».

 

 

LA FONCTION BIBLIOTHÈQUE

Elle permet d’afficher les textes en les présentant par icônes ou par liste écrite. Ces deux couvertures ont été manifestement traitées en parentes pauvres, gratuites qu’elles sont. Et ce manque de « galanterie » s’accentue lorsqu’on ouvre le volume, car la couverture des contes devient alors un faire-part de deuil, tandis que celle du Gibbon a disparu.

 

Apprenons un mot américain à cette occasion : cela fait cheap. Espérons que je suis tombé sur de mauvais exemples.

 

Cela dit, la bibliothèque est assortie de fonctions de rangement, par titres, par auteurs, par degré d’ancienneté. On peut également séparer les éléments téléchargés des autres, et alimenter une archive.

 

D’autres fonctions sont disponibles dans le menu. Je ne les détaille pas ici, mais elles ont toutes leur utilité. On peut importer des collections, prendre des raccourcis pour revenir vers Amazon, soit pour gérer son Kindle, soit pour recommander ses lectures.

Cette fonction bibliothèque est un bon point du logiciel.


 

LA FONCTION DE LECTURE

Une fois le texte ouvert (clic sur la couverture) différentes fonctions sont possibles. Présentons-en quatre regroupements :

  

1/ Pour la présentation du texte : il est possible de modifier la taille des caractères, le nombre de mots par ligne, la présentation en une ou deux colonnes.

Cette option est une avancée technique qui amusera les manipulateurs de manettes. En réalité, elle tombe rapidement à plat, car l’expérience montre que chacun fixe ses repères de lecture et s’y tient. Surtout, elle déforme complètement la mise en page d’un texte qui – sans qu’on s’en rende compte consciemment – est une importante fonction de lecture, tant pour la fluidité visuelle (qui dépend de l’équilibre de la page, du choix des caractères, des espaces) que pour la compréhension (équilibre des blocs de texte). Tout le travail préalable de l’éditeur est donc mis à bas par ces outils « amusants » et vendeurs, qui ne servent qu’à tenter de « cadrer » avec des tablettes de lecture de taille réduite.

Les personnes à vue faible peuvent y trouver quelque avantage, mais dans une immédiateté qui majore tous les inconvénients cités ci-dessus.

 

2/ Les options d’ergonomie de l’écran offrent de modifier la luminosité et la couleur, blanc ou sépia éventuellement en caractères blanc sur fond noir (type affiche de déclaration de guerre).

Il faut y voir un outil pratique par son accessibilité. Mais ces réglages existent déjà sur votre ordinateur, même portable, et sur votre écran, et bien souvent avec d’autres variantes. Il suffit de savoir les trouver, ce qui – je l’accorde volontiers – est parfois délicat. Mais avec un peu d’expérience – essayez – vous en prendrez vite l’habitude.

Quoi qu’il en soit, je vois dans cette accessibilité un avantage de cette fonction présentée par l’outil d’Amazon.

 

3/ Les outils de travail associent fonction de recherche, notes et signets, soulignement, et les dictionnaires.

C’est à mon avis la partie la plus utile, dont l’ergonomie a été le mieux traitée. Un clic sur un mot ouvre la boîte de dialogue qui offre ces quatre fonctions en onglet. Une mention spéciale pour la fonction de recherche qui travaille très vite, et qui repère le point de départ. Bien entendu la synthèse de la recherche et des notes peut apparaître à volonté dans un tableau adjacent, pour relecture rapide.

 

Par contre, les dictionnaires, selon les principales langues européennes, tout en bénéficiant de la même ergonomie, ne pourront satisfaire au-delà d’un dépannage rapide. Je signale en outre des liens préparés vers Wikipédia, et vers Shelfari, une communauté littéraire, propulsée par Amazon, dont je ne connais rien.

 

4/ Le déplacement dans le texte peut se faire page à page, par un clic sur touche de clavier, par la fonction « atteindre », par recherche (déjà vue) ou par liens de tables des matières, quand ils existent, ce qui n’est pas le cas pour Les Contes de Noël.

Je note cependant qu’il n’existe pas de lien de retour. Petite explication technique, ces liens de retour permettent – comme le nom le suggère – de revenir au point de départ pour une recherche mieux construite, ou simplement pour éviter des manipulations complémentaires. Leur mise en place nécessite une intervention manuelle complémentaire de la part de l’éditeur, alors que les liens « aller » des titres sont introduits automatiquement par le logiciel. Nous touchons là un point fondamental, car il faut maintenant en venir à la lecture proprement dite, aux textes.

 

 

LES TEXTES

Ici, la faiblesse s’impose, car l’automatisme a pris le relais du correcteur humain.

 

La mise en page est mauvaise. Sauts de lignes variables d’un paragraphe à l’autre, faisant alterner des zones blanches et des condensations incongrues, décalages de page, rendant le texte des Contes boiteux.

Pour le Gibbon, c’est pire encore : les notes de bas de pages, et d’autres notes encore, se mêlent au texte dans un triste fouillis. Les titres de chapitres s’y perdent aussi.

Si l’on avait voulu dissuader le lecteur on n’aurait pas agi autrement.

 

Rajoutons la typographie défaillante (tirets de taille unique, voyelles oe, ae non liées, majuscules non accentuées, italiques manquantes etc.)

Il serait négligent de ma part, à partir de ces deux exemples, qui sont censés être des produits d’appel, de conseiller d’aller plus loin. C’est peut-être dommage, mais c’est ainsi.

 

 

EN CONCLUSION

Malgré d’indéniables avancées ergonomiques, qui, à mon avis, sont les plus notables pour les outils de travail, la lecture de textes numérisés ne sort pas grandie de cet essai. Je retiendrai en faveur du Kindle, la bonne mise en évidence des modulateurs de visibilité.

 

Regrettons-le, et finalement, ne nous en étonnons pas trop, compte tenu des réalités économiques qui se démasquent derrière la grande opération des tablettes de lecture.

Remarquons aussi qu’Adobe Digital Editon, le logiciel de bibliothèque et de lecture recommandé par Lettropolis fait aussi bien que celui mis en place par Amazon.

 

Quelques liens fournis par le Kindle seront bienvenus pour les uns, trop insistants pour les autres. Personnellement, je préfère avoir établi au préalable ma liste de liens, spécifiquement pour les dictionnaires.

 

Quant à la taille variable des caractères, elle ne fait que casser la nécessaire mise en page que la librairie classique a instaurée et à laquelle Lettropolis se tient. Je n’ose même pas imaginer ce que cela donnerait pour de la poésie !

En cas de besoin pour les personnes à vue déficiente, Lettropolis  préfère élaborer une version spéciale « grands caractères » à la demande, avec mise en page retravaillée.

 

La lecture, notre passion, ne méritait pas cela.

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9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 09:55

 

K4

 

 

 

Pour les uns, lire est un plaisir, pour tous, lire est une nécessité. Nous pourrions discuter de cela jusqu’à plus soif, mais pour avancer davantage nous devrions, mieux encore, l’écrire jusqu’à plus d’encre.

 

Alors, certains pourraient ne pas saisir le concept de « piège à lecture » inclus dans ce titre. En le comprenant mal, ils croiraient à une attaque dirigée contre la tablette Kindle. Il n’en est rien. Il s’agit simplement de dépasser le cadre des envolées publicitaires et de poser les vraies questions.

 

Car, en fait de piège, nous savons que certains livres trop bien préparés peuvent en être un pour certains esprits qui le sont moins. L’histoire ne manque pas d’exemples en ce domaine. Mais, le texte passant par la tablette Kindle pose d’autres questions.

 

LE FORMAT PROPRIÉTAIRE

 

Et tout d’abord, celle du format « propriétaire » à laquelle je faisais référence dans l’article précédent. Du point de vue esthétique ou grammatical, l’expression n’est pas heureuse. Mais sa réalité fonctionnelle l’est encore moins. Imaginez que vous achetiez un livre nécessitant une paire de lunettes spéciales pour déchiffrer les caractères. Imaginez de plus que cette paire de lunettes soit inadaptée pour d’autres livres d’autres éditeurs, et qu’il faille l’adapter, mais pour certaines marques seulement. C’est ce qui se passe avec les livres numériques présentés par Amazon pour Kindle.

 

Alors, pour répondre à une question qui m’a été posée hier : oui il est possible de télécharger des applications permettant de lire la bibliothèque d’Amazon sur PC, Mac, Iphone, Ipad, ou Androïd. Et même sans acheter la liseuse Kindle, ce qui est une bonne chose, mais remarquons cependant que l’argument ne saute pas aux yeux si l’on se contente du matraquage publicitaire.

 

Je l’ai fait pour mon PC et j’en parlerai plus en détail dans un prochain article.

 

L’ÉCONOMIE PARALLÈLE

 

Cette simple possibilité de lire la bibliothèque numérique d’Amazon sur PC, sans le Kindle (bien que celui-ci soit présenté comme l’outil nécessaire) prouve bien que la lecture, pour certains n’est qu’un prétexte à d’autres grandes manœuvres commerciales.

 

Précisons : que penser des œuvres complètes de Maupassant (57 volumes pour 2,99 €), des œuvres complètes de Jules Verne, au même prix, des œuvres complètes de Victor Hugo, toujours à 2,99 €, ou des 20 volumes de la série des Rougon Macquart à 1,99 € ? Cadeau ? Erreur sur l’étiquette ? Ou « invasion par prix artificiel » ? S’agit-il seulement de favoriser la chose littéraire ?

 

C’est que d’autres enjeux que la lecture pointent le bout du nez : les téléchargements par le réseau sans fil Amazon Whispernet de l’opérateur de téléphonie américain Sprint. Aviez-vous entendu parler de Sprint, jusqu’ici ?

Et d’autres services, tels celui évoqué sur wikipédia : « L’utilisateur peut également transférer ses propres documents sur le Kindle en reliant l’appareil à un ordinateur par liaison USB ou en les envoyant par courrier électronique au prix de 10 cents par envoi. »


 

UNE RÉFLEXION PLUS GÉNÉRALE

 

Admettons et souhaitons qu’au cours de l’évolution du Kindle, les barrières « propriétaire » sautent. Ainsi, quel que soit le coût de la bibliothèque numérique d’Amazon, il deviendrait possible, au moins, de la transférer, sans manipulations complexes, sur tout autre ordinateur en notre possession. Pour l’instant, ce n’est pas le cas.

 

On voit ainsi ce qu’il en est : la gratuité ou quasi-gratuité est le cheval de Troie destiné à investir la place pour vendre d’autres produits oublieux de la littérature… produits que nous possédons déjà, ou que l’on souhaite nous « faire découvrir ».

 

Alors, si toute entreprise souhaite croître et prospérer, ce qui est parfaitement normal et légal, est-il raisonnable, est-il légitime de forcer la vente d’autres services cachés à partir d’offres artificiellement « gratuites » ?

 

 

Car toute la question des « liseuses » tient en quelques lignes :

1/ Ce sont des outils de belle technique

2/ Mais toutes ces techniques existent, à prix bien moins cher sur des ordinateurs « classiques » portables qui fournissent des services plus élaborés, dans des conditions ergonomiques d’excellente qualité.

3/ Amazon le prouve en permettant de lire sa bibliothèque numérique par tout PC ou Mac, sans Kindle.

4/ Tout en imposant une non-compatibilité ou non-transférabilité qui rompt le notion de possession d’un bien.

 

Un économiste averti trouverait ici matière à étudier les dérives qu’une capacité technique indubitable amène lorsqu’elle accompagne ou permet la création d’un marché artificiel.

 

 

Mais en pratique, Steve Jobs l’avait déjà fait. Lui que tant de bobos prennent pour un saint laïc, avait bien développé le concept de killer product (produit destiné à tuer le plus récent produit de la même marque pour doper les ventes).

 

Et une autre citation est plus nette encore “When we were an agrarian nation, all cars were trucks, because that’s what you needed… PCs are going to be like trucks. They’re still going to be around. They’re still going to have a lot of value. But they’re going to be used by one out of x people.”

Steve Jobs

 

Quand nous étions une nation agricole, tous nos véhicules étaient des camionnettes, parce que c’était ce dont nous avions besoin… Les PC vont devenir des camionnettes. On en trouvera encore. Ils auront encore une grande utilité. Mais une personne sur x seulement s’en servira.

On pourrait traduire le sens de façon plus abrupte : je continue à fabriquer des voitures, mais je vous les vends en pièces détachées, et c’est moi qui gagne.

 

À suivre…

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6 décembre 2011 2 06 /12 /décembre /2011 07:04

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Si, pour une raison quelconque vous recevez les messages commerciaux d’Amazon, vous avez certainement été soumis au tir publicitaire concernant sa nouvelle tablette de lecture Kindle 4.

 

Et si, comme la majorité des Français pressés, vous ne lisez qu’à moitié les informations trop bien présentées, vous serez amenés à croire que cette tablette – parmi d’autres – représente enfin l’outil de lecture idéal pour les textes numérisés et présentés sur internet.

 

Lettropolis devrait s’en féliciter, mais... déchantez, ou, au moins, sachez ce qu’il en est.

 

Malgré le prix plus qu’attractif de 99 euros, et d’indéniables qualités techniques, cet outil vendu par Amazon ne lit... que les « livres » achetés chez Amazon !

 

En effet, le Kindle 4 ne lit pas le format epub, mais uniquement le format « propriétaire » Amazon (suffixe azw). Heureusement, avec une application supplémentaire d'Amazon, il est possible, mais pas certain, de pouvoir lire quelques autres systèmes d'exploitation... mais pas tous...

 

Et comme si cela ne suffisait pas, les textes chargés sur Amazon ne vous appartiennent pas : ils sont simplement loués, et vous ne pouvez les transférer à quelque autre ordinateur, y compris le vôtre si vous décidez d’en changer ; sauf action judiciaire ou changement de politique de la firme, ils sont perdus.

 

Pire encore, en 2009, Amazon présentait 1984 et Animal farm de George Orwell. Mais l’éditeur n’ayant pas eu les droits de publication, Amazon les a purement et simplement effacés – sans accord préalable – des tablettes de ses clients, en les remboursant cependant. Financièrement parlant, la manœuvre était défendable, mais quid de l’intrusion dans la tablette d’un propriétaire ?



À suivre

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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 10:25

 

Il y a peu un communiqué élyséen enterrait à la fois Mme Mitterrand et l’orthographe. Mais rendons à Georgius ce qui revient à Lemaire, et aux cuistres leur place près du radiateur.

 

Au début de cette année, le ministre de l’Agriculture, interrogé sur les drames humains que vivent les paysans (un suicide par jour, dont on ne sache pas qu’ils avaient attiré son attention) se rendait aussi odieux que ridicule lors d’un entretien au Grand Journal de Canal plus, à l’occasion du Salon de l’agriculture. Guy Carlier en fit ses choux gras sur Europe 1.

 

Pour l’odieux, les dits suicides ne soulevèrent de sa part que des propos d’une humanité « limitée » : … il était conscient du problème... il allait créer des observatoires... et autres balivernes destinées à noyer le poisson, ou plutôt à jeter de la farine aux yeux.

 

Mais pour le ridicule, soumis à un petit questionnaire assez amusant, il montra une ignorance crasse du terrain, ne reconnaissant pas le glou-glou du dindon, qualifiant une vache Blonde d’Aquitaine de Limousine – bien blanche – et allant jusqu’à ne pas savoir évaluer en mètres carrés la surface d’un hectare.

 

Alors, il crut bon de s’exonérer en affirmant « je ne sais pas... je n’ai jamais été doué en maths »

 

Comme je le disais, rendons hommage à Georgius qui, en 1936 chantait Le Lycée Papillon, et à l’élève Cancrelat répondant à son instituteur :

 

«Comme plus tard j’veux d’venir ministre,

moins je s’rai calé, plus j’aurai de valeur. »



Une discussion de fond nous porterait à juger de l’efficacité d’un ministre sur d’autres critères à moins que... à moins que... nous n'ayons rien compris au film. En réalité, le ministre de l'Agriculture envoyait une pierre dans le jardin de son collègue de l'Éducation nationale trop porté sur le fameux socle commun de connaissances trop communes.

 

Je croa queue je vé meuh lancé en pot lithique.

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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 11:01

 

 

Un article a été publié sur internet (LEXPRESS.fr) avec pour titre « Le livre numérique est-il une apocalypse ? ». Il mettait en scène Frédéric Beigbeder et François Bon. Le premier se donne sur des médias en pièces multiples, le second organise des ateliers d’écriture, travaille à l’édition numérique, mène une réflexion élaborée sur les défauts structurels du système éditorial français. Lettropolis suit un chemin bien proche de celui de François Bon. Nul doute que nos expériences ne finissent par se rejoindre quelque jour.

 

Ce dialogue a-t-il enrichi notre connaissance ? Oui, certainement, si on s’intéresse plus aux poses de l’auteur à la mode qu’au livre numérique et à la littérature. Malheureusement, Lettropolis est obligé d’en tenir compte et d’y répondre. Il en va de notre crédibilité.

 

Que Beigbeder affirme ou laisse affirmer qu’il « refuse d'être lu sur un écran » est déjà étonnant dans le cadre d’un journal fait pour être lu sur écran. Passons ! Il y a pire.



PROPAGER DES HUMEURS OU DES RUMEURS ?



Passons un peu moins vite sur le fait qu’il « adore... sniffer les livres ! » Bigre ! Moi qui pensais bêtement qu’un auteur aimait à être lu, éventuellement compris, qu’un lecteur s’intéressait au texte, aux nouvelles connaissances qu’il y rencontrait... j’ai dû me tromper d’objet, de sens, et de monde. Nous essayerons de proposer des OLNIs®parfumés pour entrer dans les petits papiers du monsieur, papiers d’Arménie, comme les chantait Régine, ou papiers tournesol pour nous rapprocher de ses lumières.

 

La vérité est peut-être plus prosaïque : si le bel objet n’est pas à dédaigner, le livre n’est pas le seul. Mais dans le cas particulier du livre, si son esthétique passe avant son contenu, il y a un savant mélange de tromperie sur la marchandise, de détournement de conscience, et de fétichisme inavoué, sorte de « paluchage » qui n’ose pas dire son nom. Les livres à lire d’une main ont certainement de beaux jours devant eux, mais, à Lettropolis, nous ne développerons pas cette spécialité.

 

Alors il faut aller plus loin, oser l’hypothèse que, en toute connaissance ou non, ces personnages qui se précipitent pour vanter la caresse du papier, l’odeur de l’encre (dans un commentaire à cet article), le toucher de la couverture, etc. ne sont que les faire-valoir d’une campagne de pub sous-jacente – je préfère les termes d’imprégnation des consciences ou de publicité invisible – par laquelle nombre de grands éditeurs tentent de vanter leur marchandise dont ils connaissent fort bien les défauts profonds. Et en campagne de pub, M. Beigbeder s’y connaît.



LA VÉRITÉSI JE MENS

 

 

Parvenus à ce stade, nous devons nous poser d’autres questions, en reprenant quelques points de l’avenir apocalyptique qu’il nous promet :

 

- F.B. : « ...la fermeture des librairies, des bibliothèques » : encore faudrait-il que le papier disparaisse, ce qui n’est ni souhaitable ni réaliste.

 

- Lettropolis soutient que le numérique accompagne le papier et que les deux s’enrichissent.

 

- F.B. : « la disparition de beaucoup de métiers comme celui d'éditeur »

 

- Lettropolis : Alors, seuls les éditeurs sur papier seraient de vrais éditeurs ? Et seuls les auteurs sur papier seraient de vrais auteurs ? Lettropolis n’accepte ni cette discrimination, ni ce mépris.

 

- F. B. : « la signature d'autographes »

 

- Lettropolis : la question est déjà réglée par Lettropolis et nos présences sur salons littéraires en sont la preuve.

 

- F.B. : « ...le livre numérique... uniformise toute la littérature du monde dans un seul objet, alors qu'autrefois chaque livre avait sa forme, sa typographie, son nombre de pages, ses blancs. Avec le livre numérique, l'auteur n'est plus maître de ça. »

 

- Lettropolis : si l’organisait un concours de mensonges comme il en existait au Moyen-Âge, M. Beigbeder aurait ses chances.

 

- F.B. : « Vous ne croyez pas que ça l'emmerderait, Rimbaud, d'être dans la même typo que Katherine Pancol ? » 

 

- Lettropolis : Et pourquoi pas, si c’est la mieux adaptée ? Mais Lettropolis n’envisage pas de créer une « typo » (une casse peut-être) nommée Beigbeder.

 

- F.B. : « Ha oui, parce que ça aussi, c'est une belle escroquerie. On nous explique qu'on supprime le livre sur papier, la distribution, la librairie, tous les intermédiaires, mais on doit être payés pareil si ce n'est moins. C'est exceptionnel comme vol. Sans compter que le livre sera vendu évidemment moins cher. » 

 

- Lettropolis : S’il parle des grandes manœuvres à haut niveau pour saucissonner les auteurs et les lecteurs, d’accord. Alors qu’il se retourne vers ses propres éditeurs. Ensuite, qu’il vienne à Lettropolis pour s’ouvrir à un autre monde, à d’autres chiffres, à d’autres contrats.

 

- F. B :« Il faut qu'il y ait une justice, que les auteurs soient davantage rémunérés, et il faut sauver les librairies. Vive la loi sur le prix unique du livre. »

Lettropolis : la défense de l’édition ne passe pas par les aboiements, mais par la juste place de l’auteur, du lecteur, de l’éditeur, et du diffuseur. Le reste n’est qu’escalade de privilèges.

 

- F.B. : « Le Net est un endroit où l'on est constamment dérangé, par des alertes, des tweets, des emails. C'est le contraire de la concentration. On a besoin de se concentrer pour rentrer dans le cerveau de quelqu'un de génial. » 

 

- Lettropolis : Sait-il seulement qu’on peut travailler hors connexion, de la même manière qu’on peut débrancher son téléphone ?



UN AUTRE SON


 

Si l’on veut vraiment réfléchir, avec lucidité et courage, il vaut mieux reprendre le diagnostic de François Bon : « Ce n'est pas le livre numérique qui a abîmé la librairie. Elle a été abîmée par la grande distribution, par le fait de dépendre d'un trop petit nombre de références pour son chiffre d'affaires, par le peu de temps que les livres restent en rayon. »

 

J’aurais pourtant aimé que M. Bon, qui ne manque pas d’arguments, les expose avec davantage de précision. Certains éléments doivent manquer.



QUE CONCLURE ?



Que les grands oubliés de cette histoire sont les lecteurs (cochons de payants !), et tant de bons auteurs (tant pis pour vous, la place est prise !).

 

Que M. Beigbeder se pare de la plume du paon plaintif : « Je mène un combat d'arrière-garde, perdu d'avance, et c'est ce qui est beau dans ma démarche. Je suis un Don Quichotte ... »

 

Qu’àcela nous répondons tranquillement : don Quichotte, certainement pas. Salluste, pourquoi pas ?



J’ai comme envie de revoir un bon film, avec Louis de Funès et Yves Montand.

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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 09:08

Penser, écrire, et lire, sont trois modèles fondamentaux de la transmission des savoirs. Il en est d’autres. Mais ces trois-là nécessitent du temps et de la concentration, en quelque sorte, un retour en soi pour enrichir deux inconnus : celui que nous portons en nous-mêmes, et un autre que nous ne rencontrerons peut-être jamais. Il en va du devenir d’une société.


Alphonse Boudard, que j’ai eu l’occasion de rencontrer une fois en chair et en os, et tant de fois à travers ses ouvrages que je recommande largement, le disait et l’écrivait : en prison, ce qui est difficilement supportable, c’est l’ensemble des bruits de toute nature, les radios qui hurlent, les verrous qui claquent, les chasses d’eau, les cris et vociférations et toutes autres agressions sonores de la promiscuité. Autrement dit, le bombardement incessant qui gêne ou empêche la concentration, la réflexion élaborée, voire la méditation.


C’est la raison pour laquelle, ce même bombardement par des perturbations parasites, tel que produit à travers internet, n’est qu’un viol des consciences, une autre forme de prison en un endroit où une plus grande liberté est demandée.


 

 

Il est d’autant plus grave qu’il se surajoute à l’intense surcharge cérébrale que nous impose depuis des siècles la voie de la technique, valorisée et amplifiée en nos sociétés occidentales.

 

La fameuse plasticité cérébrale – l’adaptation de l’être humain à de nouvelles connaissances – est peut-être sans limites (?), mais certainement pas invulnérable. Le devoir de liberté qui doit commencer par celui de sa propre pensée, nécessite que celle-ci soit préparée, armée de force et de temps, indépendante des phénomènes de mode, autant que des dénigrements organisés.

 

C’est la raison pour laquelle la charte de Lettropolis existe.

 

C’est la raison pour laquelle nous accueillons des auteurs libres, et que leurs lecteurs, en les accompagnant, reprennent des chemins de liberté.

 

Autrement dit, pour terminer cette série : il est des moyens de se « recérébrer ». Vous en trouverez en fréquentant Lettropolis.

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17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 09:07

Il serait présomptueux de confondre une série d’articles, même documentés, et la force d’un essai. Mais il serait anormal, pour un blog comme celui de Lettropolis, de ne pas apporter sa pierre au débat lancé par Carr.

 

NOUS TRANSFORMONS EN NOUS TRANSFORMANT, ET VICE-VERSA

 

Un fait fondamental est que toute activité humaine, toute nouvelle technique modifie la pensée de l’homme. (Pour la clarté du débat, j’évacue artificiellement les modifications de la pensée engendrées par des phénomènes naturels, comme le tonnerre, la foudre, etc.) Ces modifications – cet apprentissage cognitif – sont inhérentes à notre condition d’être vivant, et spécifiquement humain. Osons plus, toute technique influence la personnalité tout entière, c’est-à-dire la triade des sentiments, de l’action, et de la connaissance. C’est en ce sens que Pierre Trinquet, l’un de nos auteurs, pose ainsi l’hypothèse de la relation activité de travail-langage : « ... s’il l’on réfléchit un peu, pourquoi Homo sapiens  a-t-il eu besoin de parler, c’est-à-dire de mieux s’exprimer et de se faire comprendre, non seulement avec des gestes et des mimiques, si ce n’est pour transmettre son savoir et savoir-faire ? Et plus son savoir devenait complexe et plus il avait besoin de mots et d’expressions nouvelles et précises, pour bien se faire comprendre. » (Bien-Être et Efficience au travail)

 

Et bien entendu, le langage comme relais inter-humain permet transmission et nouvelle création technique : la machine à inventer peut poursuivre ses cycles infinis... et engendrer de nouvelles questions fondées sur l’angoisse de la nouveauté, laquelle oblige à la perte de certains acquis anciens.

Sur la question de cette perte, il reste encore beaucoup à comprendre. Contentons-nous ici de l’admettre dans sa globalité. Combien de jeunes conducteurs savent encore faire démarrer une voiture à la manivelle ? Et combien de voitures possèdent encore une manivelle de démarrage ?

 

L’ÉCRITURE AU RISQUE DE L’ÉCRITURE

 

Les questions de nos grands ancêtres deviennent alors parfaitement admissibles, d’autant que nous devons nous les poser à notre tour.

 

Oui, la trace écrite peut nous faire devenir oublieux. D’ailleurs, de prétendus analphabètes hindous sont capables de réciter des milliers de vers de leurs grands poèmes.

 

Oui, la solitude de la lecture mal ruminée peut aboutir à l’absolue incompréhension de la pensée de l’auteur. Combien de délires et d’hérésies à partir des grands textes sacrés du monde ?

 

Oui, la diffusion artificielle de grands tirages de livres tue autant les écrivains de talent exclus de ce système que le goût de la découverte chez les lecteurs.

 

Oui, le simple fait d’entrer dans la plus grande bibliothèque du monde peut faire vaciller des esprits mal préparés.

 

Mais oui aussi, le refus de l’accès à cette bibliothèque peut stériliser des esprits qui auraient souhaité y découvrir de nouvelles voies.

 

MAIS LA LECTURE ?

 

Mais, une fois que l’on entre dans cette bibliothèque, en recherche de nouvelles connaissances, doit-on y supporter d’être assailli sans cesse par la cohue des marchands du temple ? Doit-on accepter les papiers gras, les vociférations, les invitations fallacieuses, les provocations lubriques ?

 

Pour moi, la réponse est absolument négative. Il en va du plus grand défi qui soit au monde, celui de la liberté des consciences.

 

C’est la raison pour laquelle, ce blog associé à Lettropolis, refuse toute publicité invasive sur ses pages.

 

Nous respectons nos lecteurs, nous respectons nos auteurs, et nous voulons que ce véritable respect soit partagé. 

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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 07:25

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Je prends connaissance, par un ami, de la traduction française d’un article de Nicolas Carr paru dans la revue The Atlantic, de juin 2008. Cette version date de décembre 2009, et ces renseignements préparatoires, apparemment superflus, nous permettent d’entrer de plain-pied dans le débat ouvert par Carr, qui expose ses craintes d’être – osons le mot – décérébré par internet.

 

Si ma synthèse semble trop rapide, je cite quelques-unes de ses phrases : « Ces dernières années, j’ai eu la désagréable impression que quelqu’un, ou quelque chose, bricolait mon cerveau, en reconnectait les circuits neuronaux, reprogrammait ma mémoire. Mon esprit ne disparaît pas, je n’irai pas jusque là, mais il est en train de changer. »

 

Ces lignes peuvent se lire, à volonté, soit comme le début d’une nouvelle de science-fiction, soit comme un discours appréciable par un psychiatre. Grande angoisse, comme le pose Carr soi-même ? Ou diagnostic plus grave, de la famille de la psychose ?

 

Sur le fond, l’article est chapeauté et finalisé par les scènes de 2001, odyssée de l’espace, où l’ordinateur HAL, pour avoir tenté de prendre le contrôle de l'engin spatial, est débranché par le dernier astronaute. Entre les deux, Carr évoque diverses étapes de la connaissance humaine, depuis l’usage de l’écriture, jusqu’aux discours ultra-scientistes de Sergey Brin et Larry Page, les inventeurs de Google. Ces deux jeunes gens – un peu de patience, futures vieilles barbes – posent en principe cette belle déclaration : « Il est certain que si vous aviez toutes les informations du monde directement fixées à votre cerveau ou une intelligence artificielle qui serait plus intelligente que votre cerveau, vous vous en porteriez mieux. »

 

En quelques lignes, assorties de quelques belles images archi-connues, Carr fait ressurgir les craintes éternelles de l’homme devant toute nouvelle technique, craintes contre lesquelles ni l’intelligence ni la culture ne peuvent prémunir les personnes qui en souffrent.

 

Dans le cas particulier, en effet, ni la culture de l’auteur ni son raisonnement, ni même la validité de son témoignage concernant sa progressive perte de concentration ne peuvent être mis en doute. L’article paraît donc convainquant.

 

Mais quelque chose cloche. La réponse, comme toujours, est devant nous. Il suffit de nous forcer à dessiller nos propres yeux.

 

 

QUI SONT LES ACTEURS ?

 

 

En premier lieu, son raisonnement intriquant internet et Google – ce qui peut paraître anodin à première vue – fausse totalement l’ensemble. En effet, si internet tend à devenir la grande bibliothèque dont ont rêvé les scientifiques et lettrés de tous les âges, il ne faut ni oublier, ni confondre, les autres acteurs, sans lesquels une bibliothèque ne peut pas vivre : les archivistes, bibliothécaires, et autres employés de service. Ceux-là sont assimilables à la fonction « moteur de recherche » dont Google est l’exemple cité dans cet article. Remarquons au passage la publicité « en creux » faite à Google, aux dépens des autres moteurs de recherche. Mais cela est une autre histoire.

 

Pour étayer le raisonnement, imaginons-nous dans plus grande bibliothèque du monde, sans guide, sans repères, sans moteur de recherche. Que pourrions-nous faire, pour peu que nous souhaitions étudier un sujet précis ? Rien, sinon compter sur la chance, chercher la fameuse aiguille dans la botte de foin, sans le moindre aimant, sans lunettes, et dans le noir.

 

Mais, à l’opposé, la question est de savoir si le bibliothécaire est devenu fou, hyperactif, comme l’apprenti sorcier du célèbre conte, traité avec quelle maestria par les images de Walt Disney et la musique de Paul Dukas, s’il nous bombarde de livres, de documents jusqu’à nous y noyer... pour notre bonheur de chercheur, bien entendu. Cette remarque nous amène vers toutes les pensées dictatoriales qui se parent du bonheur imposé. Les exemples ne manquent pas.

 

En ce sens l’article de Carr semble correspondre à la réalité de Google, sauf... sauf... qu’il néglige une quantité d’autres acteurs : les rats.

 

 

LES RATS DE BIBLIOTHÈQUE

 

 

Ah oui ! Les fameux rats de bibliothèque direz-vous ! Mais n’est-ce pas le surnom de ces obstinés, de lecteurs impénitents ? Ne venez-vous point d’en parler ? Vous répéteriez-vous ?

 

Que nenni, cher lecteur de ce blog. Les rats d’internet, de Google et de combien de sites dits gratuits, ce sont les passe-murailles cliquetants, les envahisseurs explosifs, les annonces de loteries fallacieuses, les kidnappeurs de cervelles, les incrustations obligatoires d’avant les vidéos, les masques d’écrans, et toutes autres inventions par lesquelles le Big Brother de la pub vole votre temps, viole votre conscience, barbouille vos neurones de sa bouillie vomitive, vous inonde de propositions galantes, et reprend vos traces de pub en pub pour peu que vous ayez cherché un renseignement sur le moindre objet d’intérêt marchand.

 

S’il y a un danger de décervelage sur internet, ce n’est pas internet en soi, ni Google, mais le viol de l’image par des pirates apparemment légaux. Pour mieux se rendre compte de ce qui vous attend réellement lorsque vous passez un contrat avec un fournisseur d’accès à Internet, pour explorer la grande bibliothèque, essayez de sortir du cadre. Imaginez que vous achetiez une voiture pour découvrir le monde, et que tous les kilomètres, celle-ci hoquète en vous vantant les mérites des pneus untel, du bitume duschmoll, que son klaxon lance spontanément dix mesures de la dernière chanson à la mode, que l’allumage des veilleuses projette sur tous les murs un message pour vendeurs de recettes amaigrissantes et autres fadaises.

 

Qui le supporterait ?

 

Qui ne retournerait chez le vendeur pour lui rendre sa casserole ?

 

La suite, prochainement sur ce blog, ainsi que sur celui de Lettropolis.

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  • Pierre-François GHISONI
  • la littérature en partage
L'homme avant les termites
L'idéal sans l'idéologie
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