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5 décembre 2014 5 05 /12 /décembre /2014 09:51

par PF GHISONI

CHEMIN A TRAVERS TABLEAUX

CHEMIN A TRAVERS TABLEAUX

 

Chemin à travers tableaux
nouveau livre de :
Victor CUPSA
Lettropolis le présente
dans une luxueuse version papier
couverture cartonnée rembordée
Format A4, 288 pages, 55 reproductions en couleurs, 16 dessins.
Un cadeau idéal pour Noël au prix exceptionnel de 35 € (+port)
Il sera très bientôt accessible sur Lettropolis

 

SEISME DANS LE CHAMP SONORE (suite de l’article de Victor CUPSA)

2/ ÉPINE IRRITATIVE

 

Dans un état d’esprit assez difficile à définir, j’ai envoyé à Jérôme Ducros un mail où j’exprimais mon étonnement devant la déferlante d’invectives, les rapprochements inadéquats et les anomalies tenant au vocabulaire employé. J’accompagnai mon mail d’un fragment du texte intitulé « La quadrature du cercle » où j’aborde les sujets que je viens de décrire, en faisant une comparaison qui peut paraître saugrenue, entre la situation actuelle de la création plastique et la situation de l’alpinisme, que j’avais pratiqué dans les années de jeunesse. Je pense qu’il n’est pas interdit d’extrapoler au domaine musical.

Sa réponse m’est parvenue peu de temps après. Il avait remarqué et me l’a fait savoir, que ce fragment de texte, exprime assez bien la situation dans laquelle se trouve le monde de l’art. Pour plus de clarté concernant mon propos, je cite un fragment ; il s’agit de l’un des éléments commun à la peinture et à l’alpinisme :

« Il y a je pense, une comparaison à faire entre ces deux domaines qui présentent des similitudes frappantes et où les conclusions sont semblables. Peut-être même quelques enseignements à tirer.

Dans l’alpinisme, les grands sommets d’Europe furent conquis l’un après l’autre pendant la fin du dix-neuvième siècle, après quoi personne ne pouvait plus faire de “premières”. Frustrés, les acharnés de la montagne, les “conquérants de l’inutile” comme les avait appelés Lionel Terray, démangés par l’esprit de compétition, par l’envie de se démarquer, d’être le premier quelque part, se sont lancés à corps perdu dans “l’himalayisme”, et en quelques décennies sont arrivés à achever d’escalader tous les sommets dépassant les huit mille mètres et même les autres qui présentaient quelque importance. Là non plus, il n’y a plus la possibilité d’être le premier, d’être le seul.

Il y a des périodes, des époques qui finissent par des faits irréversibles; on peut le regretter, mais il faut en prendre connaissance et conscience, il faut en accepter le caractère irrémédiable.

[…] Nous sommes arrivés à être obligés de nous contenter de ce qui est possible, que cela nous plaise ou non. »

Ensuite, à partir du milieu du vingtième siècle, le pop’art et le déferlement qui s’en est suivi :

« Les musées et leurs sous-sols, sont pleins. Sur ce plan, il me semble évident que si l’on se cantonne à la sphère stricte de la peinture, il n’y a plus que la solution des “voies” qui reposent sur la personnalité de chacun, la mise en évidence de cette note personnelle que l’on puisse reconnaître, l’univers, le style, qui est irremplaçable, comme étant l’empreinte d’un individu bien distinct et pas d’un autre. C’est une situation que l’on accepte ou non. »

 Qu’on ne me rétorque pas qu’entre les limites des innombrables aspects de l’inventivité de l’esprit humain et une montagne, (fût-elle l’Everest), il n’y a pas de comparaison possible. Je le sais. Mais il n’est pas illimité non plus, et en acceptant le mot limite, on doit accepter implicitement la notion de fin.

 Revenons à la conférence : Son titre contient une question qui est l’objet de l’ire des contradicteurs, son épine irritative: « Et après ?» Cet « après » interrogatif est indéfini ; il peut être long, très long. Dans les réponses-ripostes je n’ai rien trouvé comme proposition. Sauf en sous-entendu : on est sur la bonne, sur la juste voie. Continuons ! Bien. Continuons dans l’atonal, continuons à exposer des montagnes de chiffons usés, engins rouillés-soudés, mégots de cigarettes collés sur un support quelconque, employons électricité ou laser, suppositoires gonflables, emballons n’importe quoi. Combien de temps ? Disons un siècle, deux siècles. Je n’ose même pas imaginer plus : un millénaire, ou deux. Parce que le monde, lui, il va durer (mais dans quel état ?) encore un ou deux siècles, un millénaire et d’après l’opinion des astrophysiciens peut-être même plus. En faisant un effort d’imagination on peut entrevoir, (image cauchemardesque), la colossale accumulation des innombrables compositions musicales que personne n’écoute, le gigantesque tas de pièces « d’arts plastiques », que personne ne regarde, entassés dans des archives, dépôts et caves, comme dans des nécropoles de l’absurde, sans trace de vie autour. L’Empire d’Ubu empereur.

« Qu’un grand nombre de musiciens et de plasticiens travailleront avec des engins numériques, laser et d’autres moyens pas encore connus, c’est prévisible, c’est certain ; la surenchère en matière d’innovation technique est prodigieuse, au point qu’on peut à peine suivre ; ils vont fabriquer des images virtuelles, ou autres merveilles dont nous n’avons même pas encore idée, car tous les jours apportent leur lot de nouvelles inventions techniques qui trouveront immédiatement emploi dans le domaine du “visuel” du simili-art agréé par des “consommateurs” éclairés.

Avoir conscience que l’on vit dans un absurde permanent, peut faciliter l’accoutumance. Interrogation ou affirmation ? »

 Dans le tumulte de la passion, on est allé chercher appui chez les grands disparus. Il s’agit paraît-il d’une citation de Stravinsky : « L’art est un véhicule qui ne connaît pas la marche arrière. »

La comparaison me paraît douteuse, en outre elle est superficielle et inexacte.

Il est vrai que l’art ne retourne pas souvent sur ses pas, mais parfois il le fait et quand il le fait, il le fait bien ; cela lui est arrivé à l’occasion d’un moment historique difficile, mais en rien comparable à l’époque infiniment plus grave, plus désorientée que nous vivons. Si elle s’appelle Renaissance c’est parce qu’il y a eu naissance en d’autres temps. D’autres manifestations de l’esprit humain l’ont remplacée. Deux mille ans plus tard elle renaît. Il n’y a qu’une chose qui a existé qui peut renaître. C’était un retour. C’était la Renaissance.

Les hommes sont revenus à deux millénaires d’intervalle, dans des endroits par où ils sont déjà passés, pour notre plus grand bonheur : Prenons en exemple Le Discobole de Myron, ou l’Héraclès Borghèse (Lysippe) de la Grèce antique, ou n’importe quelle sculpture de Phidias ou Praxitèle, mettons- les à côté du David de Michel-Ange. Comparons-les. N’est-ce pas la même conception de l’homme, de la beauté de son corps, la même attitude libre, équilibrée mais sans outrances envers la représentation de la nudité des hommes et des femmes, même conception de la beauté tout court, de la mise en avant de l’humain, la même connaissance approfondie du métier, du traitement du sujet sur le plan de la finition, le même souci dans la recherche de l’individualité, de la psychologie particulière à chaque personnage ? On ne trouve pas curieux qu’à une distance de deux mille ans ils se soient retrouvés avec des conceptions tellement concordantes sur la beauté, concept qu’ils ont reconnu sans trouver utile de le discuter ? (À voir ou à revoir Giorgio Vasari.)

Regardez La Victoire de Samothrace et demandez-vous si elle n’aurait pas pu être conçue et exécutée par Benvenuto Cellini ou Donatello. Ou La Vénus de Milo par Michel-Ange. Ou l’inverse, David par l’auteur de Vénus ?

Demandez-vous si la superbe statue équestre de Marc-Aurèle (à Rome) n’aurait pas pu être faite par Verrocchio, ou Le Condottiere Colleoni, ou Gattamelata (Donatello) par l’auteur de Marc-Aurèle, cet immense sculpteur dont le nom reste enseveli sous les ruines de la Rome Impériale.

C’est la même façon d’approcher le métier : respect infini et rigueur tant sur le plan de la conception que sur celui de sa mise en œuvre, avec comme base le bon sens ; les résultats sont fort ressemblants. Respect en même temps pour ceux qui regardent, ceux auxquels ils s’adressent.

(À suivre)

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