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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 07:57

 

QUAND ON EST CON, ON A TOUJOURS VINGT ANS

Pour débuter 2013, Lettropolis publie

Quand on est con, on a toujours vingt ans,

un "policier" d'Éric Volcano. Un "policier" comme nous les aimons, approche des mystères et des dangers des questions incongrues, des extravagances conséquentes, et de l'irruption d'une certaine satisfaction chez des personnages en qui nous pouvons nous reconnaître.

 

Quand on est con, on a toujours vingt ans... dit Antoine au commissaire qui lui fait miroiter ce long séjour en prison.

Si ce titre ne choque pas, c'est que les temps ont bien changé. Mais il n'a pas été choisi pour choquer. Ce n'est pas un truc de publicitaire – pardon, maintenant il faut parler de « comm' » – c'est l'expression spontanée d'Éric Volcano, remise en situation par son héros déjanté, cet Antoine Soubitou, ce vendeur de librairie, poussé par on ne sait quelle obsession à s'intéresser de près, de bien trop près, aux dessous de son affriolante cliente. Et quand celle-ci est retrouvée baignant dans une mare de sang – oh, la belle image type coucher de soleil ! – et que tout accuse ce coquin d'Antoine, que la maison Poulaga le serre de près, rien ne va plus.

Quand on aime, on a toujours vingt ans... Ouf ! Voilà l'expression remise en son ordre de marche original. Mais poussons la réflexion jusqu'au bout. Transmutons les mots, les idées, et jusqu'au sens de ce verbe « avoir » qui signifiera alors autant « rester à » que « en prendre pour ». Quand on est con d'aimer on a toujours ses vingt ans à prendre ou à reprendre. Mais la question qui reste en suspens tourne autour de cet usage intransitif du verbe. Aimer, mais quoi ? Mais qui ? Et s'il n'y a pas de réponse précise, s'il ne devient pas transitif, son sens ne se perd-il pas jusqu'à ne devenir qu'un tic verbal, une cheville de discours mal tenu, et finalement disparaître... ou poser d'autres questions sur le sens de sa vie ?

C'est ici que notre Éric Volcano entre en éruption, que son Antoine – sous prétexte de tentations « cochon » – nous offre en catalogue ses multiples talents d'inadapté à la vie dite sociale. Sauf que, pour en arriver à ce point, il distribue à tours de bras les bâtons pour se faire battre : un moulin à paroles qui représenterait autant les vieux ennemis de don Quichotte que le cavalier aussi sublime qu'absurde qui court la littérature, et se pose maintenant chez Lettropolis.

Antoine a son franc parler, si franc qu'il lui échappe. Ce « peut-être anarchiste » est un témoin enfantin, au sens le plus riche de ce terme, exprimant son regard sur le monde sans le ranci de l'adulte revendicateur, sans le barrage du convenu, sans aucune volonté de nuire. Si ses formules semblent découpées à l'emporte-pièce, il arrive qu'elles se perdent dans un questionnement de sable mouvant. En ce cas, les bons manuels recommandent le calme, l'immobilité, et la recherche des appuis horizontaux. Délicate manœuvre pour cet animal vertical soumis au vertige des questions sans réponses, celles pour lesquelles le bon ton a balisé les autoroutes du prêt-à-penser, du prêt-à-partager, du prêt-à-communiquer. Nous ne saurons jamais ce qu'Antoine cherche vraiment, mais est-ce là l'essentiel ? Il n'a pris aucun chemin de spécialiste invétéré, il n'emploie pas de grands mots, il les invente même quand l'envie ou le son lui en fait envie, et sa liberté est dénuée des tonitruances à la mode.

 

Il serait presque seul, et condamné à en avoir pour ces fameux vingt ans, si le hasard – cet inexistant nécessaire – ne mettait sur sa route un étrange détective.

 

Cyril Lange – est-ce un nom prédestiné ? – navigue entre flair et logique. Il se serait bien désintéressé de ce cas s'il n'avait accepté, sans qu'il soit jamais question d'argent, d'y accompagner la meilleure amie de la victime. « J’essaye de glaner quelques indices supplémentaires pour la calmer. je suis venu pour ça, et jʼai bien fait. Monsieur Soubitou, vous êtes un authentique rebelle. À une époque plus épique, vous seriez sans doute décoré dʼun truc pour vous faire valoir. »

 

Ce Lange est encore un iconoclaste à sa façon, un obsédé du blanc. Voudrait-il, à l'exemple de ses meubles, de son appartement, ôter quelque noirceur en ce monde ? Se raccrocher à quelque lumineux symbole ? Poser au chevalier ? « Professionnellement, mon rôle est de faire la lumière sur les mystères, de blanchir les turpitudes en les mettant à nu. »

 

Il semble que son parcours n'ait pas toujours été aussi lumineux, et nous saurons en lisant la suite qu'il peut se contenter de demi-mesures qui répugneraient à un enragé de la justice... enfin de l'interprétation de la lettre qui tue, alors que l'esprit vivifie.

Ce texte policier n'est ni noir, ni américain, si l'on se réfère aux grands titres du genre. Pourtant il n'en est pas éloigné. Si Cyril Lange ne se présente pas comme un cogneur à l'astuce inattendue, et qu'il lui faudrait plus qu'une poussée pour lui en faire emprunter les manières, il ne les ignore pas quand elles se présentent sur sa route. Alors, il « fait avec ».

 

Quant à Antoine, témoin d'un monde qui ne change pas, il y a fort à parier qu'il mijote en un coin de cervelle une idée farfelue alimentée par le spectacle de ses contemporains :« On vit dans un monde cauchemardesque ; violence, corruption, exclusion, insertion, recyclage, poubelle, meurtre, culpabilisation, diabolisation, peau de saucisson. Pourquoi faire de bien ? Peau de balle à blanc ! C’est pour fermer ta gueule. Les gens font des trucs horribles ? On passe sous silence ! Le crime des crimes, c’est ouvrir sa gueule, c’est plus criminel que l’acte lui-même ! Alors, où est l’origine de la violence ? La censure crée des frustrés. Pourquoi une peccadille serait reprochée à un troubade comme moi, comme un crime ? Pour qui ils me prennent ? Pendant ce temps, des tartuffes lisses et gluants comme des peaux de fesses de bébés, gèrent les affaires des autres en ne faisant que des conneries. »

 

Mais d'autres préféreront savoir si John Monroe aimait vraiment sa femme... jusqu'à être responsable de sa mort. Alors, ils reposeront les éternelles questions sur ce dieu fils des expédients et de la pauvreté... et père du meilleur comme du pire.

 

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Quand on est con,
on a toujours vingt ans

 

Éric Volcano

 

4,85 €, 492 pages

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Published by Pierre-François GHISONI - dans DU BLOG AU SITE
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