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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 08:48

 

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http://www.lettropolis.fr/Public/Olnitheque/Fiche.php?ID_Article=52

 

Lettropolis, en ses rendez-vous du foyer, accueille un nouvel auteur,

Henri Moniolle, et un héros reconnu ; don Juan, sous ce titre intrigant :  

 

Le Masque et l'Enclume.


C'est le théâtre de la dérision poussé jusqu'au drame. Car, sous le côté « jupons » du personnage, apparaît la face sombre de nos interrogations souveraines.

 

Pour s'en saisir, dans un premier temps, voyons le regard de Lettropolis :

L'histoire en est connue, au moins dans les grandes lignes, car le donjuanisme se confond trop souvent avec le thème du trousseur de jupons. Allons au-delà, allons à la fin de l'histoire – si tant est qu'elle ait une fin – car nous y voyons plutôt un éternel questionnement, à défaut d'un éternel retour.

 

Oui, si le nom même du personnage a basculé, grammaticalement parlant, vers le qualificatif de « commun », son histoire reste mythique, c'est-à-dire qu'elle nous enseigne, et peut-être plus encore, qu'elle nous interroge. Que signifient cette posture, cette extravagance, cette collection de bonnes fortunes, cette manie singulière du défi, et même cet attachement à un valet, souvent étonné, toujours subjugué ? Quel personnage final aura le dernier mot ? Qui ou quoi anime vraiment cette statue du Commandeur ? Quel étrange festin nous est préparé, où, notre place est peut-être déjà retenue, alors que nous pensions ne pas y être invités, autrement qu'en spectateurs ? Car il est des Commandeurs de toutes tailles, pour des transcendances de toutes dimensions, et des délinquants de toutes natures.

 

Allons ! Tout cela n'est que machinerie, statue habilement poussée, imagination fertile de quelques hurluberlus que la plume, le pinceau, la musique, le cinéma démangeaient. Ce n'est pas sérieux. Faisons-en un western, à la rigueur, et passons à autre chose.

 

Un western ? Oui, bonne idée, changeons de style, osons même introduire de la parodie, de l'inattendu, en ce drame joyeux, enjoué, comme le qualifiait Mozart.

 

Dans ce texte, le style d'Henri Moniolle parle autant que l'histoire. Il ose la dérision, les plaisanteries douteuses, voire de franc mauvais goût, il lance des tirades, dont certains diront qu'elles sont boiteuses (ceux-là qui restent de trop faibles contempteurs, jusqu'à ignorer la symbolique des grands boiteux légendaires, des « pris au talon » comme le furent Dédale, Achille, Jacob, entre autres). Il s'offre le loisir – est-ce encore l'auteur, est-ce son héros, ou un subtil équilibre rompu entre les deux ? – de lancer des néologismes, de bousculer l'ordre établi, parce que cela marche bien.   Étrange raisonnement qui en dit long sur le monde. Et quand il joute vraiment, c'est-à-dire lorsqu'il sent la nécessité de s'abriter derrière des pirouettes, et plus seulement de se pavaner comme petit marquis se gonflant de tous ses rubans, c'est qu'il rencontre le seul adversaire humain à sa hauteur.

 

Le seul adversaire ? Le Commandeur ? Non, un autre « don ». Cherchez bien. Vous donnez votre langue au chat. C'est don... don... Q... Oui, osez le dire, c'est de don Quichotte qu'il s'agit, l'homme de la Mancha, le pourfendeur de moulins à vent, l'amoureux des étoiles, ou plutôt d'une seule étoile, cette Dulcinée de Toboso, vague souillon d'auberge, mais réceptacle des plus beaux délires de l'homme inassouvi.

 

Ainsi, poussant l'anachronisme, Henri Moniolle remet nos pendules à l'heure de ces idéalistes intemporels, qui accomplissent en leurs destins une course effrénée vers l'ultime connaissance. Agissent-ils vraiment, ou sont-ils agis, comme le proposent les psychiatres ? Est-il permis à ces modèles, à ces comètes, de dévier de leur course ? Ces grands questionneurs, ces grands franchisseurs de frontières, et pourfendeurs d'idées convenues, que partagent-ils avec le commun des mortels ? Nous ne le savons plus vraiment, car à changer de proportions, nous changeons peut-être de monde. Et finalement, nous ne saurions dire – eux non plus d'ailleurs – s'ils sont bénis, maudits, ou simplement lancés, tournoyants en un ciel dont les espaces infinis, plus ou moins silencieux, nous effraient.

 

Alors, que nous reste-t-il ? Quelle place, quel rôle ? Quelques modèles se proposent. Faut-il prendre les habits du trop fidèle second, ce Portemantèle, valet de pied, valet de nuit, qui endosserait, ou n'endosserait pas les habits du maître, mais qui voudrait, mais qui ne pourrait pas, qui regarde et participe, finalement... ce n'est pas de ma faute... mais quelle belle histoire à raconter aux copains... Ah ! Ce double réduit à la portion congrue, cet anti-héros un peu trop modelé au goût du maître, filant comme anguille entre indignation retenue et curiosité malsaine. À tout prendre, entre le premier rôle et son image trouble, qui aurions-nous envie de fréquenter ? Et sont-ils seulement fréquentables ? Comment choisir entre la figure de premier ordre, et l'autre, qui – heureusement ou malheureusement – se retrouve à des millions d'exemplaires dans nos rues, nos maisons, et sonne peut-être à notre porte, si elle n'est pas déjà dans notre costume, dans nos pantoufles, à se rengorger devant la bassesse des autres, de l'autre, toujours l'autre, l'éternel mis à l'index ?

 

Et si nous supprimions Elvire, Dulcinée, et leurs suivantes, cette Élixir et cette Cajoline qu'Henri Moniolle fait naître pour notre divertissement, comment s'organiserait l'éternelle quête humaine ? Quelles pistes devraient-elle emprunter pour mener plus haut, au risque de la grande rencontre ? Et si, Ève s'invitait à ce débat... et si don Juan et Prométhée se donnaient la main d'étrange façon, en osant franchir les portes du jardin d'Éden, ou du Cosmos si bien tranquille des dieux satisfaits de leur sort... Et si...

 

Et si Lettropolis n'avait pas publié cette belle version d'Henri Moniolle, personne n'aurait su en quel tiroir elle dormirait encore. Mais voilà ! C'est chose faite. Il suffit de lire, pour s'enrichir.

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Le Masque et l'enclume

 

Henri Moniolle

 

152 pages, 4,85 €

 

 

 

 

Avec les compliments de Lettropolis, édition numérique de textes numérisés appelés OLNIs® (Objet Littéraire Naviguant sur Internet)

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Published by Pierre-François GHISONI - dans DU BLOG AU SITE
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