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6 octobre 2013 7 06 /10 /octobre /2013 13:27

 

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Je reprends ci-dessous l'article de TRÉVISE paru sur le blog de LETTROPOLIS

 

Je lis du Volcano, Éric (Quand on est con on a toujours vingt ans). Pendant un bon moment, je bois du petit lait, je flotte, j’en oublie les turpitudes du monde.

Peut-être parce qu’elles sont, dans ce roman policier, dénoncées avec vitalité, joie, force, humour, gaieté.

L’auteur m’apporte un florilège scintillant de sensations diverses, dans une constante invention de la langue elle-même, une drôlerie, une distance – distance qu’il prend avec lui-même, car lui-même ne se prend pas au sérieux non plus. Il virevolte.

Quel délassement !  Quel plaisir !

Un bon, très bon polar, et même plus.

Lisez ça !

 

Ci-dessous quelques exemples, pour lesquels j’ai eu du mal à me limiter. Sous l’apparente désinvolture, et même révolte, je trouve beaucoup de pensée ; sans oublier l’humour. Parfois le verbe devient tout à fait débridé.

Bonne lecture !

 

 Page 44

Pendant qu’il classait ses bouquins par ordre alphabétique, voilà ce qu’il ruminait :

« On vit dans un monde cauchemardesque ; violence, corruption, exclusion, insertion, recyclage, poubelle, meurtre, culpabilisation, diabolisation, peau de saucisson. Pour quoi faire de bien ?  Peau de balle à blanc !  C’est pour fermer ta gueule. Les gens font des trucs horribles !  On passe sous silence !  Le crime des crimes, c’est ouvrir sa gueule, c’est plus criminel que l’acte lui-même !  Alors, où est l’origine de la violence ?  La censure crée des frustrés. Pourquoi une peccadille serait reprochée à un troubade comme moi, comme un crime ?  Pour qui ils me prennent ?  Pendant ce temps, des tartuffes lisses et gluants comme des peaux de fesses de bébés, gèrent les affaires des autres en ne faisant que des conneries. En même temps, il font semblant d’agir dans un monde aseptisé. Tout va baigne !  Je leur jetterais bien des seaux de talc aux yeux à ces faux-culs. »

 

Page 47

D’exigences en frustrations, son attachement diminuait, ses attentions aussi. Il perdit pied à pied du terrain qu’un autre regagna pas à pas.

En dépit de son amertume, il ne cherchait pas la vengeance. Le fair-play est une partie que l’on joue contre soi-même, et où l’on est toujours perdant. »

 

Page 238

Grande gueule dans l’action verbale, combatif face à un ennemi de volume délimité et concret, idéaliste comme don Quichotte, il se sent petit et même vulnérable face à la chafouine « machine à broyer du con » comme il appelle la société d’anonymes à responsabilité insaisissable.

Son trajet pour aller au travail s’effectue sans émotions particulières à l’égard du milieu environnant. Il l’aurait effectué entre deux murs gris éclairés par des vers luisants, qu’il n’y aurait pas pris plus de déplaisir.

 

Page 244

— Peut-être auriez-vous un alibi valable entre vingt-deux heures vingt et vingt-deux heures quarante ?

— Non, je ne m’explique pas non plus. Évidemment, je suis souvent seul et sans alibi. Je ne suis pas le seul à être seul à me promener sans alibi sur moi. D’ailleurs, ce n’est pas encore obligatoire le port d’un alibimètre sur soi lorsqu’on se déplace seul.

 

Page 358

Un plus deux plus trois, en combinant les deux premières phrases, on obtient la troisième. Une erreur ne peut qu’être mauvaise. Une phrase qui ne veut rien dire est un échantillons caractéristique d’une nébuleuse de pensées en formation. Elle n’a pas encore pris de forme explicite dans une tête flottante, en but à des tensions émotionnelles contradictoires. Elle dégage ainsi des condensats hétéroclites mais significatifs. Ce qui est intéressant, c’est qu’on peut en analyser la composition, et connaître la vraie nature de l’astre.

 

Page 416

Cyril passe devant le Verlaine. Il décide d’aller prendre un café pour se débarrasser de ses idées de la même couleur.

 

Page 482

On a une bibliothèque, c’est pas mal pour s’instruire, ça fait réfléchir, ça élève. Mais pourquoi faire s’il n’y a rien à élever ?  C’est comme prendre une balle de tennis avec une grue. De toute façon, je ne lis plus, j’ai l’impression de perdre deux fois mon temps en lisant. Les auteurs vous informent de ce qui se passe à votre insu quand vous avez le nez plongé dans leurs bouquins.

 

Page 490

Les gens comme John comptabilisent les abeilles, les merveilleux nuages, les brins d’herbe mouvants. Auxquels des cinq sens cela profite-t-il ?  Ça ne donne que des chiffres.

La poésie crée les moments les plus heureux, et c’est gratuit. Si le chiffre 0 est rond, ce n’est pas par hasard. Il n’a ni commencement ni fin. Le chiffre parfait est la sphère, avec lequel on peut s’échapper. Le chiffre le plus désagréable n’existe pas, il est celui qu’on n’atteindra jamais.


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