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7 décembre 2014 7 07 /12 /décembre /2014 10:24

SEISME DANS LE CHAMP SONORE (FIN)

CHEMIN A TRAVERS TABLEAUX

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SEISME DANS LE CHAMP SONORE (FIN)

  1. ACUITÉ VISUELLE ET HUMOUR NOIR.

Ayant l’impression parfois que certains de nos contemporains atteints soit d’amnésie prolongée, soit d’ingénuité et/ou d’ignorance endémiques, trop occupés par les tracasseries quotidiennes, tireraient profit d’une comparaison assez facile à faire entre l’art « Réaliste Socialiste » et l’art du IIIe Reich. On peut à cet égard se référer aux souvenirs et documentaires sur l’’exposition organisée à Paris par l’ambassadeur du Reich Otto Abetz et bien sûr, beaucoup d’autres sources.

La communauté de pensée, l’identité des idées et des conceptions, des goûts et des buts saute aux yeux. Leçon majeure pour apprendre l’essentiel, c’est à dire les modalités efficaces pour inféoder l’art.

Qu’on ne s’y trompe pas : Il s’agit de connaissances utiles même de nos jours, car « ces choses-là » n’appartiennent pas tout à fait au passé.

À bien regarder les réalités autour de nous, cette leçon n’a pas été totalement perdue : si avec un peu d’acuité visuelle et d’humour noir, en remplaçant les deux commanditaires susnommés par le poids de « l’argent tout puissant », (sous forme de subventions et commandes), on développe sur les cendres des « chers disparus », de nouvelles formes d’organisations sociétales, on arrive en paysage connu… argent distribué avec doigté, générosité et discernement à des récipiendaires compréhensifs… allez… passons… Honni soit qui mal y pense.

 Ce qui impose réflexion, ce sont les réalités environnantes. En renonçant à la ligne mélodique, l’espace sonore de l’Agora s’est vidé de chants. L’inconvénient réside dans le fait que la nature ne supporte pas le vide. Avez-vous enregistré ce sur quoi tout ceci a débouché ?

Il serait bon de ne pas perdre de vue que l’avenir ne dépend pas exclusivement de ceux qui émettent les sons, (qu’il s’agisse du niveau de la composition, ou celui de l’exécution), mais il se situe en même temps au niveau des « consommateurs » : les amateurs de musique, les amateurs d’art. On fustige les réticences. Mais jusqu’où peut-on aller dans les modifications apportées dans la sensibilité auditive des récepteurs cérébraux ? Jusqu’à quel niveau la fragmentation éventuelle du son peut-elle être perceptible par l’oreille et surtout par la sensibilité, par l’âme (j’ose le mot) des sujets visés, celle des auditeurs ? Car au moment où l’on refusera d’écouter, il n’y aura plus de musique. C’est peut être un avertissement !

Conscient que l’ensemble du problème est immense et qu’il dépasse et de loin les possibilités de solution par des énoncés d’opinion porteuse ou non d’intention polémique, si j’ai eu envie d’intervenir, je l’ai fait en tant que citoyen profondément concerné par ce qui se passe dans la Cité. Ce n’est pas pour prendre position pour ou contre la musique tonale ou atonale, pour la peinture faite avec des moyens classiques ou les autres, ceux qui sont entrés dans l’histoire de l’art à l’occasion du canular de Dorgelès en 1910 (plus d’un siècle) et la provocation de Duchamp avec son urinoir en 1922. (près d’un siècle). Il faut s’éveiller !

Les moyens dits contemporains, sont désormais tout aussi éculés, tout aussi ringards que les tubes de couleurs et les pinceaux. Ils ne sont neufs que pour les ignares et les snobs. Personnellement j’ai fait mon choix. C’est tout ce que je peux faire, tout ce que nous pouvons faire : assumer individuellement.

         Si je plaide pour quelque chose, c’est tout simplement pour la rigueur dans les connaissances tant politiques que sociologiques et historiques, pour l’exigence dans le choix des expressions et dans l’emploi des termes. Je plaide, s’il m’est permis, contre l’introduction d’arguments et qualificatifs politiques dans des discussions où ils n’ont rien à faire et surtout contre la tentation d’anathème qui existe inconsciemment, ou cultivée très consciemment en chacun de nous, hélas ! Accepter que l’on puisse s’exprimer en des langages différents, puisque le langage unanimement et universellement compréhensible celui que tout le monde agréait, (certains même l’aimaient), on l’a fait exploser il y a quelque temps déjà, dans l’inconscience de l’allégresse conquérante.

         Quant aux solutions du problème qui nous préoccupe, il ne faut surtout pas s’énerver ; le temps qui passe s’en charge et en général il le fait bien.

        Contrairement à ce qu’ont affirmé certains intervenants, je pense que cette conférence fut tout à l’honneur du Collège de France, de Karol Beffa et cela va de soi, de Jérôme Ducros. Et qui sait, Pourrait-elle être utile ? Puisse-t-elle être utile !

 

Victor CUPSA, septembre 2014.

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5 décembre 2014 5 05 /12 /décembre /2014 09:51

par PF GHISONI

CHEMIN A TRAVERS TABLEAUX

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SEISME DANS LE CHAMP SONORE (suite de l’article de Victor CUPSA)

2/ ÉPINE IRRITATIVE

 

Dans un état d’esprit assez difficile à définir, j’ai envoyé à Jérôme Ducros un mail où j’exprimais mon étonnement devant la déferlante d’invectives, les rapprochements inadéquats et les anomalies tenant au vocabulaire employé. J’accompagnai mon mail d’un fragment du texte intitulé « La quadrature du cercle » où j’aborde les sujets que je viens de décrire, en faisant une comparaison qui peut paraître saugrenue, entre la situation actuelle de la création plastique et la situation de l’alpinisme, que j’avais pratiqué dans les années de jeunesse. Je pense qu’il n’est pas interdit d’extrapoler au domaine musical.

Sa réponse m’est parvenue peu de temps après. Il avait remarqué et me l’a fait savoir, que ce fragment de texte, exprime assez bien la situation dans laquelle se trouve le monde de l’art. Pour plus de clarté concernant mon propos, je cite un fragment ; il s’agit de l’un des éléments commun à la peinture et à l’alpinisme :

« Il y a je pense, une comparaison à faire entre ces deux domaines qui présentent des similitudes frappantes et où les conclusions sont semblables. Peut-être même quelques enseignements à tirer.

Dans l’alpinisme, les grands sommets d’Europe furent conquis l’un après l’autre pendant la fin du dix-neuvième siècle, après quoi personne ne pouvait plus faire de “premières”. Frustrés, les acharnés de la montagne, les “conquérants de l’inutile” comme les avait appelés Lionel Terray, démangés par l’esprit de compétition, par l’envie de se démarquer, d’être le premier quelque part, se sont lancés à corps perdu dans “l’himalayisme”, et en quelques décennies sont arrivés à achever d’escalader tous les sommets dépassant les huit mille mètres et même les autres qui présentaient quelque importance. Là non plus, il n’y a plus la possibilité d’être le premier, d’être le seul.

Il y a des périodes, des époques qui finissent par des faits irréversibles; on peut le regretter, mais il faut en prendre connaissance et conscience, il faut en accepter le caractère irrémédiable.

[…] Nous sommes arrivés à être obligés de nous contenter de ce qui est possible, que cela nous plaise ou non. »

Ensuite, à partir du milieu du vingtième siècle, le pop’art et le déferlement qui s’en est suivi :

« Les musées et leurs sous-sols, sont pleins. Sur ce plan, il me semble évident que si l’on se cantonne à la sphère stricte de la peinture, il n’y a plus que la solution des “voies” qui reposent sur la personnalité de chacun, la mise en évidence de cette note personnelle que l’on puisse reconnaître, l’univers, le style, qui est irremplaçable, comme étant l’empreinte d’un individu bien distinct et pas d’un autre. C’est une situation que l’on accepte ou non. »

 Qu’on ne me rétorque pas qu’entre les limites des innombrables aspects de l’inventivité de l’esprit humain et une montagne, (fût-elle l’Everest), il n’y a pas de comparaison possible. Je le sais. Mais il n’est pas illimité non plus, et en acceptant le mot limite, on doit accepter implicitement la notion de fin.

 Revenons à la conférence : Son titre contient une question qui est l’objet de l’ire des contradicteurs, son épine irritative: « Et après ?» Cet « après » interrogatif est indéfini ; il peut être long, très long. Dans les réponses-ripostes je n’ai rien trouvé comme proposition. Sauf en sous-entendu : on est sur la bonne, sur la juste voie. Continuons ! Bien. Continuons dans l’atonal, continuons à exposer des montagnes de chiffons usés, engins rouillés-soudés, mégots de cigarettes collés sur un support quelconque, employons électricité ou laser, suppositoires gonflables, emballons n’importe quoi. Combien de temps ? Disons un siècle, deux siècles. Je n’ose même pas imaginer plus : un millénaire, ou deux. Parce que le monde, lui, il va durer (mais dans quel état ?) encore un ou deux siècles, un millénaire et d’après l’opinion des astrophysiciens peut-être même plus. En faisant un effort d’imagination on peut entrevoir, (image cauchemardesque), la colossale accumulation des innombrables compositions musicales que personne n’écoute, le gigantesque tas de pièces « d’arts plastiques », que personne ne regarde, entassés dans des archives, dépôts et caves, comme dans des nécropoles de l’absurde, sans trace de vie autour. L’Empire d’Ubu empereur.

« Qu’un grand nombre de musiciens et de plasticiens travailleront avec des engins numériques, laser et d’autres moyens pas encore connus, c’est prévisible, c’est certain ; la surenchère en matière d’innovation technique est prodigieuse, au point qu’on peut à peine suivre ; ils vont fabriquer des images virtuelles, ou autres merveilles dont nous n’avons même pas encore idée, car tous les jours apportent leur lot de nouvelles inventions techniques qui trouveront immédiatement emploi dans le domaine du “visuel” du simili-art agréé par des “consommateurs” éclairés.

Avoir conscience que l’on vit dans un absurde permanent, peut faciliter l’accoutumance. Interrogation ou affirmation ? »

 Dans le tumulte de la passion, on est allé chercher appui chez les grands disparus. Il s’agit paraît-il d’une citation de Stravinsky : « L’art est un véhicule qui ne connaît pas la marche arrière. »

La comparaison me paraît douteuse, en outre elle est superficielle et inexacte.

Il est vrai que l’art ne retourne pas souvent sur ses pas, mais parfois il le fait et quand il le fait, il le fait bien ; cela lui est arrivé à l’occasion d’un moment historique difficile, mais en rien comparable à l’époque infiniment plus grave, plus désorientée que nous vivons. Si elle s’appelle Renaissance c’est parce qu’il y a eu naissance en d’autres temps. D’autres manifestations de l’esprit humain l’ont remplacée. Deux mille ans plus tard elle renaît. Il n’y a qu’une chose qui a existé qui peut renaître. C’était un retour. C’était la Renaissance.

Les hommes sont revenus à deux millénaires d’intervalle, dans des endroits par où ils sont déjà passés, pour notre plus grand bonheur : Prenons en exemple Le Discobole de Myron, ou l’Héraclès Borghèse (Lysippe) de la Grèce antique, ou n’importe quelle sculpture de Phidias ou Praxitèle, mettons- les à côté du David de Michel-Ange. Comparons-les. N’est-ce pas la même conception de l’homme, de la beauté de son corps, la même attitude libre, équilibrée mais sans outrances envers la représentation de la nudité des hommes et des femmes, même conception de la beauté tout court, de la mise en avant de l’humain, la même connaissance approfondie du métier, du traitement du sujet sur le plan de la finition, le même souci dans la recherche de l’individualité, de la psychologie particulière à chaque personnage ? On ne trouve pas curieux qu’à une distance de deux mille ans ils se soient retrouvés avec des conceptions tellement concordantes sur la beauté, concept qu’ils ont reconnu sans trouver utile de le discuter ? (À voir ou à revoir Giorgio Vasari.)

Regardez La Victoire de Samothrace et demandez-vous si elle n’aurait pas pu être conçue et exécutée par Benvenuto Cellini ou Donatello. Ou La Vénus de Milo par Michel-Ange. Ou l’inverse, David par l’auteur de Vénus ?

Demandez-vous si la superbe statue équestre de Marc-Aurèle (à Rome) n’aurait pas pu être faite par Verrocchio, ou Le Condottiere Colleoni, ou Gattamelata (Donatello) par l’auteur de Marc-Aurèle, cet immense sculpteur dont le nom reste enseveli sous les ruines de la Rome Impériale.

C’est la même façon d’approcher le métier : respect infini et rigueur tant sur le plan de la conception que sur celui de sa mise en œuvre, avec comme base le bon sens ; les résultats sont fort ressemblants. Respect en même temps pour ceux qui regardent, ceux auxquels ils s’adressent.

(À suivre)

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4 décembre 2014 4 04 /12 /décembre /2014 12:10

 

SEISME DANS LE CHAMP SONORE – 1

CHEMIN A TRAVERS TABLEAUX

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En attendant, voici le premier d’une série de 4 articles de Victor Cupsa. L’auteur, fort de sa longue expérience artistique, porte son regard et ses réflexions sur quelques dérives inattendues de notre société confrontée à une certaine idée du « modernisme ».

Laissons la parole à Victor CUPSA !

SEISME DANS LE CHAMP SONORE

1/ CAUSES ET EFFETS                                         

 En décembre 2012, une conférence tenue au Collège de France fit beaucoup de bruit à l’intérieur du microcosme culturel (surtout dans la sphère musicale) de Paris ; il s’agissait d’une question qu’un compositeur et pianiste se pose et pose aux autres : « L’atonalisme. Et après ? ». Sa conférence, avec les illustrations musicales adéquates peut être vue, écoutée, et même téléchargée sur internet : http://www.college-de-france.fr/site/karol-beffa/seminar-2012-12-20-15h00.htm

Elle a déclenché une tempête. Véhémente, passionnée, au point qu’un article dans le Nouvel Observateur titrait : « Musique : c’est la guerre au Collège de France. »

Jérôme Ducros, l’invité de Karol Beffa, pianistes réputés et compositeurs tous deux, le premier conférencier aussi, auteur de l’épine irritative lancée dans le monde des sons, (ce n’est pas étonnant qu’elle ait fait tant de bruit), devint la cible d’une multitude d’attaques dont la violence, l’intolérance inquisitoriale m’ont fait frémir. Curée haletante, haineuse, violence peu commune de la part de plusieurs musiciens, musicologues ou « mêlés à l’affaire » qui ne pensent pas comme lui. Ce qui n’est pas seulement leur droit, mais leur devoir : défendre ce en quoi ils croient. Mais d’ici à l’étripage il y a de l’espace. Sûrs de leur fait, ils considèrent sans doute que la Némésis de cette histoire leur accordera une encore plus grande, encore plus juste et bien méritée suprématie.

Des noms connus, respectés… Pascal Dusapin, Benoît Duteurtre écrivent, Pierre Boulez s’implique aussi, Philippe Manoury répond, Emmanuel Dupuy prend position, un chapelet de noms plus ou moins connus, anathèmes, éliminations et interdictions souhaitées, pléthore d’épithètes, invectives, injures, allant jusqu’à sentir dans l’air de Paris l’odeur âcre de la « bête immonde », « du temps des heures sombres des années trente ». La fièvre de la formule ronflante et efficace s’empare de certains participants qui en arrivent à parler du IIIe Reich, de révisionnisme, de négationnisme, de réduction ad Hitlerum, d’indignité et du déshonneur fait au Collège de France.

Interloqué, j’avais l’impression qu’ils parlaient d’une autre conférence que celle que j’avais entendue. Je l’ai réécoutée et je n’ai rien trouvé qui puisse justifier un tel déchaînement et perte de contrôle. Une opinion émise, une controverse, c’est tout, même pas scandaleuse. Je vivais encore dans le leurre qui accorde à tous le droit d’exprimer un doute, je croyais dans le principe que tout le monde a, (ou devrait avoir) le droit d’émettre une opinion, d’affirmer ce en quoi il croit.

Il m’a semblé même, trouver dans cette conférence quelques traces d’humour.

De quoi donc ont-ils peur pour déclencher pareil déferlement d’intolérance et de haine ? Car c’est la première hypothèse qui vient à l’esprit.

Une seule chose est sûre : la question dérange, énerve terriblement.

À tête reposée, je me suis fait la réflexion que la plupart des participants aux joutes dont je prenais connaissance devaient être bien jeunes pour recourir à des comparaisons hors de propos avec des événements, organismes et organisations responsables de la mauvaise célébrité des institutions citées et du régime incriminé. Ils ne les ont certainement pas connus eux-mêmes, donc ils ne savent pas très bien ce dont ils parlent ; tout comme leurs pères réels ou spirituels, immatures, inconscients, ignorants, écrivaient sur les murs de Paris en 1968 : C.R.S.= S.S. Pourquoi pas Totenkopf (formation d’élite des S.S.) tant qu’on y est ? Pourquoi ne l’ont-ils pas employé ? Un crâne sur deux os croisés, leur symbole, assurerait un effet autrement plus vibrant dans l’espace destiné à une discussion concernant la musique.

Dans le silence de l’atelier, j’ai failli rétorquer : K.G.B. vous-mêmes ! Mais je me suis retenu ! C’était en 2013.

Pourquoi revenir sur le sujet ? Tout simplement parce que cette controverse a eu lieu. Elle a existé, maligne, hautement représentative de l’état délabré de l’esprit de tolérance, de l’atmosphère délétère régnant dans la Cité. Même si elle semble en apparence terminée, le problème soulevé reste ; il est révélateur des réalités existantes, témoigne de la présence de mentalités difficilement compréhensibles et reflète un état d’esprit regrettable et persistant. Cette conférence ne fut que la partie visible de l’iceberg.

Comme il est normal en pareil cas, Jérôme Ducros reçut en même temps des manifestations de sympathie, d’adhésion, d’encouragement de la part de ceux qui, dans le bourbier sans visibilité excessive qu’est devenu l’espace offert à l’art contemporain par la « révolution » quasi permanente, s’interrogent, et dans la mesure du possible répondent. Je fus l’un de ceux-là, bien tard, car c’est un an après l’événement que j’en ai pris connaissance. En même temps, avec l’aide de cette merveilleuse invention qu’est l’internet, je fus informé ipso facto de l’ensemble des réactions et prises de position s’opposant aux idées véhiculées par la conférence en question, accumulées pendant plus d’une année.

Unité de temps et de lieu dans la dramaturgie du moment, concrétisée par un état de malaise, d’inquiétude navrée, conséquence de la violence de la riposte ; le tout greffé de surcroît sur des éléments biographiques responsables d’une réceptivité exacerbée envers ce genre d’attitudes, d’interdits, d’anathèmes, suite à une adolescence et une jeunesse passés en « Démocratie Populaire ».

Le hasard fait, (mais était-ce le hasard ?) qu’en juillet 2012, année de la conférence, est paru dans les éditions numériques Lettropolis le recueil d’une sélection de mes textes sous le titre Cahiers d’atelier écrits entre 1972 et 2000. Certains furent publiés dans une monographie parue à l’occasion de mon exposition à la Galerie des Maîtres Contemporains d’Aix en Provence. (1976).

Ils témoignent déjà de pensées similaires, les mêmes préoccupations transposées dans le domaine des « beaux-arts » : l’évolution (ou l’involution) du métier de peintre, son devenir, la réalité ou le « faux en écritures » que représente de nos jours l’activité qu’on appelle indûment « avant-garde » dont j’avais fait partie pendant la période des « Métaobjets », période terminée avec l’exposition au Musée d’art moderne de la Ville de Paris (A.R.C.) (1970). Je crois utile de citer un fragment d’un texte écrit en 1973, abordant le sujet :

« Depuis, à tort ou à raison je considère que l’avant-garde a cessé d’exister, faute de ligne de démarcation entre les choses admises et celles qui ne le sont pas. Sa raison d’exister était la tendance à franchir, à transgresser, à repousser toujours plus loin cette ligne. Or, quand théoriquement et pratiquement l’on considère que tout est admis, je me demande quel rôle, quel sens peut encore avoir la notion d’avant-garde.

Je crois que la disparition de cette notion, devenue non-sens, qui semblait désigner une tendance, indiquer une voie, une direction, plonge le monde de l’art dans un espace sans pointe, sans ligne à franchir, sans avant ni arrière, où les choses s’égalisent et se valent.

C’est sans doute de cet espace sans points cardinaux que j’ai hérité l’idée que le concept de modernité est devenu caduc. »

Dans les mêmes « cahiers », préoccupations concernant plusieurs autres aspects soulevés par l’appartenance au métier de peintre ; je parle en même temps de l’autre volet, celui de la peinture traditionnelle à laquelle je suis revenu après l’intermezzo plus que bénéfique par l’expérience acquise. Je n’étais pas le seul ; il y avait un groupe de peintres figuratifs avec lesquels j’ai fait un bout de chemin, autour de deux remarquables animateurs et critiques, (Gérald Gassiot Talabot et Jean-Louis Pradel) dont la mémorable manifestation emblématique fut la grande exposition Mythologies quotidiennes, toujours au M.A.M de la Ville de Paris. (1977)

Préoccupé avant tout par la pratique et l’évolution de la peinture, celles des arts plastiques en général pendant une période charnière, sans équivalent dans l’histoire de l’art par la multiplicité simultanée des tendances et des courants (phénomène totalement nouveau), je pense que la nécessité de clarification s’impose. Les arts plastiques, par leur morcellement, l’éloignement conceptuel et structurel de la peinture classique, demandent désormais une restructuration, une clarification. J’ai associé aussi quelques réflexions sur la musique à laquelle je ne suis lié hélas que par l’écoute, assidue certes, mais ce n’est que l’écoute. Je considère cette ingérence comme étant malgré tout légitime, en tant qu’amateur (dans le sens de « celui qui aime ») ou bien « consommateur. »

J’exprime mon intérêt pour leur présent, j’émets des doutes sur leur avenir s’ils en ont un, car ce conglomérat fragile me touche au premier degré puisque tout est lié, tout se tient, passé, présent, avenir, tout fait partie d’un ensemble sur lequel nous n’avons que des vues partielles, perceptions tronquées en fonction de nos connaissances et de nos goûts, nos sensibilités et nos expériences de vie ; le tout régi par nos limites, nos zones d’ignorance dont l’étendue est considérable.

J’étais incité à réfléchir en même temps sur leur éventuelle disparition, car des opinions circulaient sur la place publique, virulentes, impitoyables ; elles allaient jusqu’à annoncer leur trépas. « La peinture est morte » entendait-on ! Des personnes s’exprimaient librement, avec conviction, (parfois j’avais même l’impression de déceler une trace de joie maligne) ; des personnes « ayant autorité » par leur position, éloquence, force de persuasion, facilité d’écriture et un certain faible pour le sensationnel. Le tout, s’appuyant sur une connaissance de nature générale du patrimoine individuel, affirmant que tôt ou tard, tout a, ou peut avoir une fin.

Compte tenu des circonstances, la rumeur ne semblait pas forcément farfelue.

(À suivre)

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3 décembre 2014 3 03 /12 /décembre /2014 10:36
La Haine d'Erika Ewald

La Haine d’Erika Ewald

Erika Ewald, vous la connaissez ? Oh oui ! Cette violoniste virtuose, cette artiste incomparable. Oui, mais quel odieux personnage ! Quel masque de dédain !

On a parlé, un certain temps d’une histoire ancienne. D’ailleurs Stefan Zweig en avait tiré une nouvelle : L’Amour d’Érika Ewald. Mais les gens évoluent. C’est la vie. La douce jeune fille a viré à l’aigre. C’est pourquoi Christophe Biotteau a confié à Lettropolis la suite de l’histoire : La Haine d’Érika Ewald.

Maintenant, Erika Ewald est au faîte de sa gloire, mais aussi de son incommensurable orgueil. Elle attaque la musique par toutes les forces de son intelligence. Elle décrypte les intentions des auteurs, même les plus cachées. Mais ne comptez pas sur elle pour un sourire. Oh non ! Attendez plutôt une rebuffade, une phrase assassine. La musique, la vraie musique, c’est Erika Ewald. Jusqu’à ce qu’apparaisse un petit homme, un musicien raté, enfin, médiocre. Et que celui-ci lui apporte l’œuvre de son ami décédé. Une pièce qui ne parle pas qu’à l’esprit, mais surtout à l’âme. Une pièce née de l’approche d’un autre monde, celui d’une vieille église, que seuls de rares fidèles ont entendue à ce jour.

Erika Ewald est transportée de curiosité, et de rage. Voici que le petit musicien raté — ce Drewer — lui met en marché en main : la possession de la partition contre une concert en duo. Elle finira par céder — car cette partition lui pose un défi insensé — mais attention aux pires bassesses ! Et pire encore, au prix d’une intense brûlure intime.

La haine est un moteur puissant, et plus puissant encore celle d’Erika Ewald. Mais un proverbe chinois le dit bien : si l’on chevauche un tigre, il ne faut jamais en descendre.

Erika Ewald le connaissait-elle ? Vous le saurez en lisant :

La Haine d'Erika Ewald

La Haine d’Erika Ewald

 

La Haine d’Erika Ewald
Christophe BIOTTEAU
249 pages
7,85 €
éditions Lettropolis

 

 

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21 novembre 2014 5 21 /11 /novembre /2014 08:13

 Résolution 242 : la trop célèbre !

Il y a exactement 47 ans, ce 22 novembre, un des textes les plus dévastateurs de l’histoire du monde était signé à New York : la trop célèbre ”Résolution 242” des Nations Unies. Triste anniversaire dont il est important de rappeler la genèse et les conséquences, dramatiques depuis bientôt un demi-siècle… et pour longtemps encore, hélas !

La haine profonde qui semble exister entre Israël et un État palestinien en devenir (ou pas ?),  est en réalité une construction artificielle et relativement récente à l’échelle de l’histoire : arabes et juifs se connaissent bien et cohabitent de longue date, ils appartiennent aux mêmes groupes ethniques, descendant tous deux, disent les Livres saints, de Sem, un fils de Noé -ce qui ne rassure personne ! Ils ont partagé l’histoire et ses aléas, ils ont eu bien des disputes, connu bien des crises et traversé des périodes plus calmes. Cependant et malgré cette histoire commune, tout semble se passer aujourd’hui comme si la coexistence d’un Islam dur et d’un Israël blessé (ou vice-versa) constituait un obstacle insurmontable à un bon voisinage, à cause d’une confusion entre État d’Israël et Foi d’Israël qui gêneraient et menaceraient la Foi d’un islam se voulant en pleine renaissance.

A la fin de la deuxième guerre mondiale, les Alliés victorieux, atterrés par la découverte des horreurs faites aux Juifs, ont voulu se racheter : les survivants des pogroms et des camps d’extermination reprendraient possession de terres dont l’histoire, Rome et l’islam les avaient privés,  morceau de désert stérile, peu peuplé, sans espoir… Les nations arabes, pas plus enthousiastes qu’il ne faut, rejetèrent violemment cette solution, estimant que ces terres leur appartenaient : le Coran précise que toute terre qui a connu l’Islam une minute est à Allah pour l’éternité. Mais la Résolution 242 n’est pas dans le Coran.

Une première guerre entre arabes et juifs aurait pu permettre de trouver une solution, mais il a fallu que quelque méchant J’noun (en arabe, les J’nouns -pluriel de djinn- sont des diables ou des diablotins. Ici, pas de doute : un diable authentique !) invente une astuce dont le monde a mis longtemps à comprendre l’horreur. Par une erreur historique due –une fois de plus– à l’inculture des politiciens et à leur myopie devant les conséquences possibles de leurs actes, le texte mettant fin à ce conflit a été adopté en langue anglaise, alors que c’est le français, également langue officielle de l’ONU et encore très utilisé à cette époque qui s’imposait, à cause de sa précision structurelle.

Et nous eûmes donc droit à la ”Résolution 242” de l’ONU, qui mérite sa triste célébrité :

Withdrawal of Israel armed forces from territories occupied in the recent conflict”… En français, cela peut se traduire par : ”Israël retirera ses forces armées… (soit) des territoires occupés… (soit) de territoires occupés”, ce qui n’est pas du tout la même chose ! Tous les territoires, avec la première lecture, mais seulement certains territoires, avec la seconde. Les Arabes ont donc lu l’une, et les juifs, l’autre…Devinez qui a lu laquelle ? (la traduction de l’ONU était la version la plus favorable à Israël)..

Là, deuxième J’noun : les nations arabes ont refusé toute aide internationale pour ”intégrer” les populations concernées (on sait, depuis, que l’intégration n’est pas facile à réussir, fut-ce dans un même univers culturel), et au lieu de les recevoir dignement –ce qui était possible, à l’époque– ils les ont parqués dans des ”réserves”, sans espoir, sans solutions, sans débouchés, sans dignité… et sans planning familial pour le bon équilibre des populations ! Et souvent sans eau… alors que, pendant ce temps, les colons juifs transformaient, contre toute attente, leurs coins de désert inhospitaliers en un jardin d’Eden (et une Silicon Valley !).

Frustrations et amertumes réunies, il ne restait plus qu’à  s’accuser l’un l’autre de tous les péchés du monde : cette haine sciemment créée est de celles qui ne s’effacent pas facilement. Preuve ? Ces dizaines de jeunes gens qui se font sauter eux-mêmes, au milieu de foules, n’importe où dans le monde (quand ils n’égorgent pas leurs semblables avec un canif), soi-disant pour la plus grande gloire d’Allah…

Nous sommes dans une de ces crises sans fin prévisible qui traversent l’histoire, le plus souvent pour des causes qui auraient dû être évitées, ce qui rend leur solution encore plus difficile. Parler d’ une querelle religieuse est vide de tout sens ici… même si c’est la raison la plus fréquemment invoquée, et même si c’est au nom de cette guerre mensongèrement qualifiée de ‘’guerre de religions’’ que le monde vit, depuis le 27 Novembre 1967, sur une véritable poudrière en train d’exploser….

En laissant la situation pourrir, on risque de créer, du côté israélien, un mouvement désespéré qui pourrait devenir comparable à ce qui existe du côté musulman ! Rappelons-nous que ”Toute force appliquée tend à générer une contre-force comparable mais de sens opposé”. Le temps presse et les solutions sont rares. Comme le soulignait il y a peu de temps SS.le Pape François, seul le dialogue inter-religieux pourrait , peut-être, entre-ouvrir la porte à un vague espoir…

 

Claude Henrion, auteur de ce article sur la résolution 242 a publié sur Lettropolis :


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15 novembre 2014 6 15 /11 /novembre /2014 16:33

Article de Christophe Biotteau, repris du blog de Lettropolis

Ma nouvelle amie

C’est un film diffusé en ce moment dans les salles obscures…

Aux derniers naïfs – je crois qu’il n’en reste plus beaucoup – je voudrais dire sans ambages que ce n’est pas qu’un film « délicieusement subversif », sur un sujet en vogue qui a fait couler beaucoup d’encre sale. Il y est question, on l’aura compris, d’un veuf dans sa trentaine qui, après la mort de sa femme, se prend à rêver d’en devenir une. Il n’y a pas d’innocence en art. On ne fait pas un film que pour dire et montrer ça ! Je m’explique.

Je ne discuterai pas de l’histoire elle-même ni de sa vraisemblance  (j’en laisse le soin aux « critiques » professionnels qui s’en chargent à ma place, mieux que moi, Dieu merci); je ne dirai pas si ce film m’a plu ou déplu, (cela n’est d’aucun intérêt pour personne) ; je ne parlerai pas de l’ennui ou du plaisir que l’on prend à le voir (qu’importe, ce n’est pas le sujet de ma petite réflexion) ; je ne citerai pas même le nom de son créateur (ce serait tomber dans son piège). Je voudrais simplement dire à ceux qui prétendent nous diriger, nous réformer, nous remodeler, qu’ils ne se flattent pas si vite : nous n’avons aucun pouvoir  comparé au leur; cependant, l’esprit critique n’a pas abdiqué. Nous voyons votre malice...

Ce film est subtilement sulfureux. Les images sont subliminales, au sens où elles ne sont perçues qu’au-dessous du niveau de conscience ; le véritable message du film est transmis de manière effractive, de biais, inconsciemment. C’est de l’art (et de l’imposture, de bonne guerre). « Osons ! » s’est dit son auteur. L’essentiel en art, en peinture et au cinéma, en particulier, est souvent ailleurs… Nous croyons voir ce que l’on nous montre. Pourtant il y a plus intéressant à voir et que, précisément, l’on ne veut surtout pas nous montrer, mais que notre cerveau enregistre, à notre insu, et qu’il interprète, ensuite, au repos, à l’abri… Le vrai travail de sape a lieu après la projection. Dans ce film, par exemple, il me semble que le sens véritable se déchiffre après coup, à travers des images d’objets et de lieux fortement connotés d’un point de vue symbolique. Et c’est assez bien fait.

1) Dans Ma nouvelle amie, ce qui est chrétien est, faut-il s’en étonner ? assimilé à la naïveté, l’aveuglement, la bêtise, le vieux, le fané, le froid.

Le beau-père apprenant que le héros/héroïne accidenté a été retrouvé habillé en femme émet l’hypothèse - ridicule - qu’il allait peut-être en plein après-midi à une soirée de déguisements… Les croix noires menaçantes sur fond de vieux papier peint délavé dans une chambre assez miteuse nous rappellent une « vérité » déjà entendue : que ce symbole appartient à un monde dépassé. Cette chambre est, d’ailleurs, celle d’une vieille maison bourgeoise abandonnée en pleine nature, jadis habitée, aujourd’hui désertée ; c’est l’automne, il y fait froid ; il y fait sombre. On comprend que cette maison est inhospitalière et douloureuse… La croix en or que porte discrètement (point « ostentatoire » !) la belle-mère du héros/héroïne est évidemment discréditée par les propos convenus de cette bourgeoise qui ne comprend rien à ce qui se passe et que « l’efféminisation » de son gendre laisse tout simplement interdite. La croix est implicitement l’indice d’une incapacité à s’adapter aux nouvelles normes. Ceux qui la portent sont des arriérés étiquetés.

2) De plus, dans Ma nouvelle amie, s’opposent bien deux mondes, c’est-à-dire deux univers et deux espaces géographiques symboliques aux antipodes:

la maison bourgeoise urbaine et moderne est le lieu de la transgression culturelle et « civilisationnelle » ; la vieille maison de campagne, lieu des souvenirs qui font mal, où l’on trouve aux murs ces objets d’une autre temps : des crucifix noirs, noirâtres, charbonneux… est la maison du monde d’avant, ce monde que le film enterre… Ce film ne nie pas à quel point il est difficile de s’arracher à ses anciens errements ! La maison de campagne est menacée par la nature environnante… Elle est froide, chargée de souvenirs… C’est la maison des origines, ce à quoi il faut s’arracher ! Les personnages vacillent souvent et sont entraînés tantôt vers un espace, tantôt vers un autre, espace rural, espace urbain. Il faut choisir « sa maison ». La maison urbaine, d’une banlieue « chic »,  peut, selon moi, symboliser la culture et l’évolution, au sens où l’entend son auteur ; et le propre de la culture n’est-il pas de dépasser les normes naturelles, bien sûr ?...  Brandon de discorde !… Au milieu, figure l’endroit intermédiaire : l’aire d’autoroute où le héros/héroïne change d’habits et passe de l’homme à la femme ou de la femme à l’homme - l’autoroute, lieu transitoire, de régression ou de progression : qui nous ramène à la maison de campagne, le monde d’arriération culturelle qu’il faut abolir ou à celui de ses agglomérations urbaines, ses centres commerciaux, de ses banlieues cossues, celui de la « modernité » épanouissante…

3) L’enterrement par lequel commence Ma nouvelle amie est, en fait, on le comprend ensuite, l’enterrement de l’ancien ordre ou de l’ancien monde, le monde des normes dépassées ou qu’il faut dépasser.

Ce n’est pas pour rien que la jeune femme trépassée est enterrée dans sa robe de mariée : c’est l’enterrement du mariage normatif, hétérosexuel et religieux que résume sa robe blanche qui, bien sûr, pourrira dans une tombe. Et ce n’est pas pour rien si c’est son mari qui l’habille: il va, pardi ! prendre sa place et il va - enfin ! - devenir elle et porter ses vêtements ! C’est par conséquent dans le nouvel ordre des choses que le héros/héroïne enterre le mariage hétérosexuel et tous ses codes avec, au sens propre et figuré ! Le mariage immémorial entre un homme et une femme, qui plus est mariage chrétien, le cinéaste vous  l’envoie dans la tombe d’entrée de jeu, allez hop ! Tout le monde pleure. Il faut en convenir : changer l’un des paradigmes de la civilisation est toujours douloureux. En éprouver un certain chagrin, à la condition de vite passer à autre chose, est légitime. La suite n’en sera, selon le film, que meilleure !

Quand l’art subliminal sert l’idéologie, on arrive à des sommets de manipulation. Il est urgent d’apprendre à décrypter ! À ceux qui disent : « Osons », répondons : « Décousons ! » Nous sommes pris dans une guerre spirituelle et métaphysique et ce film est un boulet de canon venu du monde du dessous à destination du monde d’au-dessus. L’arme est d’autant plus efficace qu’à la plupart des petits soldats que nous sommes, sa trajectoire est invisible. Combien de clochers renversera-t-elle encore ?

 

Christophe Biotteau a publié :
Le Martyre dévoilé de la bienheureuse Jeanne Billace

 


Le Martyre dévoilé de la bienheureuse Jeanne Billace

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5 novembre 2014 3 05 /11 /novembre /2014 13:36

En conlusion N.-B. Barbe expose d’abord les mécanismes par lesquels « les dictatures actuelles opèrent en opposant l’idéologie du génocide par elles subies […] pour cacher et dialectiser les génocides par elles produits. »

Il cite essentiellement mais non exclusivement « trois axes centraux […] trois exemples paradigmatiques, historiquement et politiquement liés, considérés comme eux-mêmes le disent, comme unifiés, et qui sont les modèles ortéguiste nicaraguayen, castriste cubain et chaviste (et néo-chaviste) vénézuélien. »

« En premier lieu, l’idéologisation qui impose d’un côté le modèle du révolutionnaire comme symbole du David contre Goliath, du citoyen contre l’État injuste ou vendu, […] et de l’autre, l’assimilation paradoxale de toute manifestation contre le gouvernement […] comme l’expression d’une trahison idéologique, d’un « apatridisme », d’une action de « déstabilisation » contre le « peuple« , qui est dit être identique au gouvernement.

En second lieu, l’apologie à grands cris d’un modèle revendiqué comme marxiste, basé sur l’égalité absolue entre tous (dont la conséquence pratique, par exemple dans l’enseignement, est un processus de nivellement par le bas), et dont la preuve, du moins présentée par la propagande de gouvernement, est à son tour, de trois types : […] :

  • la manifestation permanente du « peuple » dans les rues, pour un oui ou pour un non

  • l’organisation en forme de coopératives d’État,

  • la pyramide organisationnelle du pouvoir, tellement centralisé que rien ne peut se faire sans l’approbation du chef (malgré la création de structures – conseils ou autres dénominations – censées promouvoir un pouvoir citoyen.

En troisième lieu, comme conclusion logique de ce qui précède, l’élaboration d’un gouvernement autoritaire, qui n’existe que par le chantage, la peur, la violence.

Pour nous, spécifiquement Français, habitués à errer sans lumière dans tout ce qui n’est pas hexagonal, les exemples cités par Barbe (volontairement réduits dans ce compte-rendu) semblent purement théoriques. Hormis quelques slogans mécaniquement et sporadiquement relancés, la réalité latino-américaine s’estompe.

Barbe nous ramène donc à des interrogations plus proches (ou qui devraient l’être) de notre réalité.

« […] Quelles sont les similitudes avec ce que Barthes appelait, s’agissant de nos gouvernements dits démocratiques, nos « dictatures molles« , où s’opèrent, comme des mouvements tectoniques sous-jacents mais permanents, les mêmes phénomènes : d’utilisation de la force armée contre les manifestants […] ; d’imposition par une minorité s’enrichissant au pouvoir de la misère généralisée pour l’ensemble des grandes masses […] de systèmes électoraux fermés où ce sont les mêmes qui peuvent se présenter (en France, il faut obtenir la signature de 500 maires pour pouvoir se présenter aux élections présidentielles) ; où le dictateur et le riche sont rarement jugés […] mais où le pauvre est considéré coupable car il est justiciable a priori […] mais où à la fois les règlements de comptes entre politiciens affaiblissent les structures d’indépendances du système judiciaire […] où finalement la vérité doit, comme au temps du goulag, être cachée lorsque la Raison d’État s’impose sans qu’on sache bien pourquoi à la raison tout court. »

Ici encore, les exemples de Barbe ont été omis, pour faciliter autant la lecture immédiate que la réflexion personnelle : que chacun veuille bien oublier les derniers résultats du foot ou du Loto, et se remémorer quelques faits récents de notre histoire proche !

Peu à peu, Barbe « enfonce le clou» :

« On voit donc, à travers cette réflexion, comment les dictatures en gestation, avec leurs génocides non reconnus (à partir de combien de torturés, de morts, de prisonniers politiques, existe-t-il un état de dictature? […], nous offrent une voie d’accès à une question plus grave et importante encore: les limites de la démocratie réelle dans nos sociétés apparemment non dictatoriales. »

Il ne reste plus à Barbe qu’à tirer ses conclusions générales sur la relation État-Nation, et sur la méthodologie de la dictature :

  • « 1. Le principe, développé par les États-Nations naissant au XIXe siècle de l’unité dans la diversité, […] de soumission des régions comme simple partie d’ensembles plus grands […] créés arbitrairement), d’où l’imposition d’une unique langue, « véhiculaire » et non « vernaculaire » […]

  • 2. L’affirmation que l’élection (ponctuelle, par définition, puisqu’elle n’arrive qu’une fois chaque quatre, cinq ou sept ans) impliquerait que toute décision du gouvernement élu serait, par l’élection préalable dudit gouvernement, implicitement approuvée par le peuple, même s’il n’avait jamais été auparavant consulté sur le sujet.

  • 3. Cette idéologie du « si vous m’avez élu c’est que je peux tout faire », [qui] provient de la prédisposition mégalomane de nos gouvernants à se considérer comme de petits rois démocratiques (c’est-à-dire des tyrans absolus de temps déterminé); raison pour laquelle il nous imposent un ordre lié à une sur-conscience de leur être et de leur pouvoir, et un mépris parfait de nous qui les faisons. »

Que l’on connaisse ou non les exemples pris par N.-B. Barbe pour démasquer dictatures et génocides, l’important est de comprendre qu’un chemin de réflexion nous est montré. Bien sûr, le cas de la Vendée est emblématique, non seulement par les faits historiques, mais par les tentatives persistantes de les nier. On peut – je pense que l’on doit – accepter que cette persistance spécifique de la négation ajoute un critère a posteriori à la définition des génocides, et donc, des nouveaux génocidaires.

Mais, pour que l’arbre du génocide ne cache pas la forêt de la dictature, Barbe nous enseigne aussi à débusquer les formes dictatoriales de la démocratie confisquée. Une révolution copernicienne spécifique de cette forme de pouvoir est certainement nécessaire.

(fin du compte-rendu de la communication de N.-B. Barbe destinée au congrès de Vouvant sur les génocides, septembre 2014, organisé sous l’égide du Pr. J.-M. Grassin).

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4 novembre 2014 2 04 /11 /novembre /2014 08:14

 

 

 

Norbert-Bertrand Barbe a écrit une communication destinée au congrès de Vouvant sur les génocides. Son titre : « Macrostructures du pouvoir, nature humaine et vendanges de sang. » En voici un premier résumé, qui traduit le double regard de l'artiste et du philosophe saisissant « les causes logiques (idéologiques, culturelles, fonctionnelles à l'intérieur de la structure étatique) qui provoquent, en général, les massacres de populations par leurs propres États. »

Barbe pose que « cette question est présentée ici par le biais du cas vendéen, névralgique de tout état de lieux de la question du génocide. »

Il s'oppose d'entrée à l'historien Thimoty Tacket i pour qui «La vendée fut un guerre civile tragique avec des horreurs incessantes commises de part et d'autre, inaugurées, en fait par les rebelles eux-mêmes. »

À ce sujet, le Pr Grassin commente d'un humour noir : « Au fond, ils l'ont bien cherché; c'est eux qui ont commencé. » Voilà une bonne façon de recadrer l'approche de Tacket : un jugement de cour d'école par un surveillant dépassé.

Mais revenons au fond.

« Le terme génocide (d'usage assez courant) est un néologisme formé en 1944 par Raphael Lemkin, professeur de droit américain d'origine juive polonaise, à partir de la racine grecque genos, naissance, genre, espèce, et du suffixe cide, qui vient du terme latin caedere, tuer, massacrer.

Génocide a ouvert la voie à une définition légale, ainsi qu'au terme dérivé démocide (démo pour peuple) créé par R. J. Rummel (spécialiste de science politique), démocide que Barbe considère plus comme une spécification que comme une ampliation du génocide.

« En effet, alors que le génocide est le meurtre en masse, le démocide est l'ensemble des actions qui, directement ou indirectement, provoquent le massacre par une entité supérieure, en pouvoir ou en nombre d'une autre, minoritaire. »

 

Ayant ainsi déblayé la route, Barbe en pose la communication avec les voies de l'eugénisme terme créé par le scientifique anglais Francis Galton en 1883. Alors que ce mot semble ramener inexorablement au régime nazi et à ses lois eugéniques, Barbe rappelle que de 1907 à 1972, de nombreux États américains ou européens ont appliqué des lois eugéniques avec stérilisation forcée. Il rappelle aussi les nombreux conflits ethniques (dont celui du Rwanda) qui, indépendamment de leurs formes et leur importance numérique, utilisent toutes les méthodes d'écrasement génétique.

Et bien naturellement, qui dit eugéniquepose intuitivement la notion du meilleur génome, ou, avant l'apparition de cet outil scientifique, du meilleur groupe, auto-distingué et distinguant par des critères de ségrégationnisme, lesquels évoluent dans le domaine transcendant de l'élection sanctificatrice, et sinon dans les autres champs de l'immanence, autrement dit, des champs religieux aux laïques.

 

Dans celui du politique, Barbe donne de nombreux exemples provenant de tous les continents, dégageant les critères suivants :

  • L'idée de l'irremplaçabilité du dictateur

  • L'idée, parallèle [d'un] déviationisme, dangereux doublement : par la voie idéologique, puisqu'il pervertit, et par le biais politique, car [...] l'État totalitaire vit toujours sur l'idée de l'imminence de l'état de siège.

  • Une modélisation qui inverse les rôles respectifs de l'État (le gouvernement) et de la nation (le peuple) [...] rendant possible l'affirmation que le peuple peut être ennemi de soi-même, et le dictateur protecteur de ce qu'il n'est pas, mais de ce avec quoi il s'identifie arbitrairement, et faussement. Dit plus clairement, si l'État est le peuple, toutes ses décisions sont validées d'avance, par cette identité, et les membres de la Nation qui s'y opposent, sont rejetés » [...]. »

 

L'explication politique descend alors vers le bon peuple par l'intermédiaire journalistique poussé par bâton ou par carotte, par condamnations ou par rachats, à divulguer « la dichotomie entre une force bénéfique absolue (Dieu, l'État) et ses déviations négatives (le Diable, l'opposant). […] »

 

Mais Barbe pose aussi la question de l'utilité, des aides et des usages.

« Évidemment, cette dichotomie n'est possible qu'une fois créée la hiérarchie antérieurement évoquée : l'État comme indispensable parangon de la Nation, la collectivité comme supérieure à l'individu.

» Pour cela sans doute, les intellectuels, toujours prêts à renforcer l'idéologie dominante, ont-ils dédié beaucoup de leur pensée à rappeler les méchancetés de l'âme individuelle, en reprenant l'idéologie religieuse des beautés de l'abandon à l'État (Kennedy) ou au parti (Staline, affiches du "bon sandiniste" du régime ortéguiste en 2014), d'origine religieuse (l'ascète, le moine, le curé sans salaire propre). Nous le disent Bouddha et le Christ, il faut abandonner tout désir.

» Ce total dévouement correspond, en temps de guerre, à l'utilisation absurde [...] des hommes comme chair à canon.

» En temps de paix, ce sont les soumissions permanentes du droit individuel à la raison d'État, des individus face à la justice d'État.

À l'inverse, mais similairement, c'est aussi, dans le régime même du dictateur, l'élimination des anciens comparses, pour asseoir le pouvoir.

» Le problème de la permanence au pouvoir est que celui qui y prétend doit créer toutes les conditions pour imposer cette immutabilité sienne, et, dans ce processus, il doit obligatoirement acheter et pervertir les différents organes du système, le rendant instable et le remplissant d'insécurité. C'est, […] comme lors des élections Même s'il respecte les règles apparentes du jeu démocratique [...] cela ne prouve au fond rien. »

 

Il reste cependant un champ au moins aussi complexe : celui de la culpabilité collective

« La question devient alors pourquoi et comment la dictature opère, pour que puissent exister des génocides.

» La réponse, même si l'on n'aime pas l'entendre, est aussi simple et bête que la question.

» L'humanité est méchante » , ou tout au moins attirée par les drames spectaculaires (autrefois aux jeux du cirque, aujourd'hui devant un accident de la route).

« Le dictateur seul n'est rien d'autre qu'un imbécile, qu'un fou de plus, dans son monde imaginaire, dans son asile.

» Mais le problème, comme disait Gandhi, ce sont les millions qui le suivent, et le font ce qu'il devient : un géant néfaste.

» L'eugénisme n'est pas le fait d'un intellectuel, l'holocauste n'est pas le fait de Hitler, le massacre palestinien, les grandes purges staliniennes, tout cela demande de l'organisation, de l'attention aux détails, de la systématicité, que seul un ensemble de personnes peuvent favoriser.

» Ce sont les Mères-Patrie du III Reichétudiées par Claudia Koonz, les flagelleuses de la Révolution française, qui aimaient tremper leur mouchoir dans le sang des guillotinés.

 

(à suivre)

i http://en.wikipedia.org/wiki/Genocides_in_history#France

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18 octobre 2014 6 18 /10 /octobre /2014 11:22

 

Pour enchaîner avec l'article précédent : « Peut-on pardonner au nom des autres ? ». C'est ici que l'écriture hausse le ton, que l'analyse spectrale cède devant la brûlure de la synthèse, promise à quiconque ose saisir ce flambeau.

Ah ! Qu'il serait confortable, arrivé à ce point, qu'une logique certaine, une déesse Raison renaissant de ses cendres et des ruisseaux de sang par elle et pour elle épandus, nous sauve du nouveau dilemme ! Enfin, au moins, qu'elle sauve les Rwandais rescapés ! Car, peut-être – sait-on jamais... – ont-ils de droit de parler avant les autres, dans ce cas. Et même ils pourraient, ils devraient, nous conseiller. Osons l'humour macabre ; ils ont payé le prix fort, ils peuvent nous conseiller.

Voici que revient à la charge la philosophie de la chair souffrante. Eugène Nshimiyimana tranche, ose les mots sur les faits :

« Mais que saura-t-on de ce qu’a ressenti la victime au moment où la vie lui fut arrachée ? Que saura-t-on de sa douleur qui puisse autoriser le pardon à sa place ? Le survivant peut pardonner pour l’absence des membres de la famille, mais saura-t-il, sans compromettre leur sommeil, pardonner pour la souffrance qu’ils ont endurée ? »

Nshimiyimana pourrait s'en tenir là sans que quiconque ne lui en tienne rigueur. Mais il est déjà parvenu si loin... Il lui faut maintenant mener un double débat.

Le premier est celui du pardon inconditionnel prôné par certains. Il faut bien reconnaître qu'explorer ce domaine ouvre la porte à bien des faiblesses, des dits automatiques sur le temps qui passe, ou autres approches un peu trop modales. En voici un panorama, recomposé à partir de réponses proposées par différents champs civilisationnels.

C'est la part du feu, pour les pompiers appelés en renfort. C'est le mal pour un bien, ici renversé, et tout hypothétique (inversion incantatoire sur laquelle il y aurait tant à écrire). C'est la blessure qui fortifie... Dieu que ces rescapés ont gagné en force ! C'est peut-être un nouvel automatisme d'expression, une forme de « morale bisounours » transfigurée par le drame sur lequel elle se développe... une expression obligatoire qui oserait ajouter au tribut des réprouvés sa version modernisée du classique « vae victis ! », éventuellement doublée d'un catégorique : « Pardonnez ! Il n'y a plus rien à voir ! »

Mais, au-delà du champ précédent que je définirais volontiers comme celui des faiblesses terrestres, il est un argument que Nshimiyimana n'ose pas élever, et on le comprend, tant il peut exposer à de plus amples blessures. En effet, il a écrit :

« Après la chute, Dieu établit [...] la transgression d’Adam et Ève et conclut qu’il ne seyait pas que l’orgueil partageât sa demeure. La logique du mythe n’est pas tant dans la mise en évidence du courroux divin, de la faiblesse humaine ou du châtiment implacable de Dieu. Ce dont témoigne le mythe, c’est qu’on ne peut se mettre impunément à la place de Dieu. Or, c’est ce que fait le génocidaire. Il est un usurpateur. Il vole le pouvoir et l'autorité parce qu'il veut incarner la Loi. »

Si la Demeure ne doit laisser aucune place libre à l'orgueil, dont nous avons vu les ravages, si l'enfer est le lieu d'élection des impardonnables par Dieu, mais pardonnables par l'homme, alors... alors... parlons-nous de deux catégories de pardon, l'un humain, et l'autre divin ? Serions-nous capables a minimade dessiner les contours de celui fait à l'image du modèle ? Et, élargissant le débat à un humain créateur de pardon, comment le catégoriser ? Quelle place lui assigner dans la hiérarchie des comportements, des pensées, de l'Être ? Assiste-t-on à la naissance d'un nouvel orgueil ? Ou n'est-ce là qu'une version « rwandisée » de la mort de Dieu ?

Nshimiyimana n'a pas écrit ces dernières lignes. Mais comment les éviter, maintenant que nous avons suivi ses pas ?

 

On le voit, le domaine du pardon inconditionnel n'est pas des plus aisés à découvrir. Et encore, n'avons-nous fait que nous tenir sur ces bords, sans explorer la voie du « Pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font ! »

C'est peut-être pour éviter d'affronter de telles difficultés que s'est développé le programme du pardon conditionnel :

« Au Rwanda, l’heure n’est plus à la réconciliation dont l’insuccès a couronné les dix dernières années. Elle est au pardon pour remettre la charrue derrière le bœuf. Le pardon demandé puisqu’il est déjà acquis. Demandez et l’on vous donnera ; frappez et l’on vous ouvrira. Tuez et l’on vous pardonnera. »

Lisons, relisons, et comprenons entre les lignes qu'au Rwanda, un espace trouble s'est glissé entre conciliation et réconciliation. Une forme de devoir politique s'est armée du mot pardonpour gagner une paix civile. Une transaction est en cours dans laquelle le pardon devient une monnaied'échange, et, comme sur certaines places boursières, on ne reconnaît plus la fiabilité de l'offre ni de la demande, on a perdu de vue l'étalon initial, on ne sait plus qui fait quoi, ce qui est le début d'une nouvelle dérive que Nshimiyimana craint pour l'avenir :

« Il y a jusqu’à présent un malaise à dire, ce qui fait que le silence précède la mémoire et compromet tout élan vers le pardon parce que le crime ne connaît plus de responsable. En effet la mémoire du Génocide se dévoile dans la fragilité de son énonciation qui se meut dans la fracture de la société rwandaise où Hutu et Tutsi sont devenues des catégories silencieuses mais toujours vivantes. [...] C’est qu’en fait la conscience ethnique reste encore vivante et que naturellement mémoire et histoire, discours et réalité “cohabitent mal ici” pour reprendre Nora: “Le pardon ne sera possible et le Génocide pleinement nommé que lorsque les Rwandais en arriveront à situer l’extermination des Tutsis dans la volonté du pouvoir et d’une population regroupés autour de l’entité ethnique hutu. Je ne peux pardonner un individu pour un crime commis au nom d’une ethnie que s’il endosse l’ethnie pour faire pardonner l’individu.” »

Nous devinons le danger à plus ou moins long terme des solutions politiques qui, voulant ménager chèvre et chou, préparent les sols dévastés et la ruine des troupeaux.

 

Nshimiyimana conclut :

« A-t-on besoin de pardonner pour vivre après un génocide ? Peut-on vivre sans pardonner ? La réponse dans les deux cas est oui. Mais le vivre ensemble est-il possible sans pardon après un génocide ? La réponse est encore une fois oui. Ce vivre ensemble, néanmoins, fonctionne sur des principes autres que ceux que le bon voisinage recommande. Si on ne peut prêcher une morale de l’indifférence sans être irresponsable, on ne peut, non plus, sans paraitre hypocrite, vivre ensemble en faisant comme si de rien n’était. »

Est-il besoin de dire que ce vivre ensemble intra-rwandais s'applique aussi à la relation franco-rwandaise ? Là-aussi, Nshimiyimana plaide pour une justice supérieure, épurée qui ose frapper aux portes les plus hautes : Onu, Église, France.

Nous qui avons survécu aux fumées noirâtres de la Cinquième République pouvons au moins l'accompagner dans sa démarche.

 

 

(Fin. Article élaboré à partir de la communication d’Eugène Nshimiyimana au congrès sur les génocides de  Vouvant, organisé en septembre 2014 sous la présidence du Pr Jean-Marie Grassin. Actes en préparation)

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15 octobre 2014 3 15 /10 /octobre /2014 08:03

Au congrès de Vouvant sur le génocides, Eugène Nshimiyimana a traité « Du génocide au pardon, ou comment taire le silence. » Eugène Nshimiyimana est directeur du Département d'études françaises de Mc Master University en Ontario. Qui plus est, il est d'origine rwandaise, rescapé du génocide de 1994 contre les Tutsis. C'est dire qu'il porte ses connaissances et ses réflexions autant dans sa chair d'homme que dans sa posture de philosophe. Faut-il poser que la vraie philosophie est à ce prix ? Il est aussi difficile de franchir ce pas que de refuser la question. En tout cas, la triple association victime-témoin-philosophe issue des contingences vitales nous propose une philosophie subie, par laquelle s'exprime d'abord la chair de l'homme, et une philosophie superposée, domaine de notre néo-cortex. Dans ce dernier royaume, lorsque se révèlent des éclairages multiples, lorsque se confrontent épures et méandres, présupposés et témoignages, le philosophe parcourt les chemins de l'immanence, et tente de nous découvrir ceux de la transcendance. C'est en ce sens qu'Eugène Nshimiyimana nous a offert une remarquable communication.

Il explore d'abord le couple faute et pardon :

« [...] cœur de la morale où il assure l’évaluation du rapport au bien et au mal, l’évaluation du niveau d’évolution, de la distance parcourue, de la barbarie fondatrice de la société à son éclat culturel […] La faute et le pardon, deux faces de la même feuille que nous appelons rapport à l’autre. Si la faute détruit, le pardon reconstruit, retransforme, reconfigure et même transfigure. Il n’y a pas plus grande joie que d’être pardonné, mais il n’y a pas, non plus, plus grand honneur que de pardonner. Le pardon cimente le rapport dans la mesure où la nature humaine est par définition imparfaite et donc encline à la faute. Il permet d’assainir le rapport à soi et à l’autre. Ainsi, la faute n’est pas que de dimension négative parce qu’elle permet un nouveau départ, une occasion pour faire le bilan afin d'avancer. Elle est donc le lieu d’émergence de la loi et de ce point de vue, situe le pardon dans un paradigme de réponses qui peuvent aussi inclure punition, réparation et même rétribution. »

Cette notion de « deux faces de la même feuille » semble nous proposer d'emblée un objet « rapport à l'autre » composé de deux forces asymétriques dont l'application bien dosée assure l'avancée équilibrée du « lieu d'émergence de la loi. » Cependant, il ne faudrait pas en déduire la nécessité d'une faute première pour assurer cette « émergence de la loi ». Il ne faudrait pas se laisser aller à une physique pure et dure, semblable à celle des forces aéro et hydrodynamiques dont la répartition permet au voilier de remonter au vent. En effet, pour Nshimiyimana :

« [...] La faute est de l'ordre de la compromission et le pardon de celui de la rémission. Le pardon s’inscrit ainsi dans un cadre relationnel entre des individus que vivre ensemble engage dans la transaction de la demande et de l’offre, et non de l’offre et de la demande. D’où l’idée soutenue par bien de penseurs que le pardon n’est pas une conséquence immédiate de la faute. Le pardon se demande, le pardon se mérite; il ne s’arrache pas comme la liberté, il s’obtient ou il est même refusé. Il n'est pas un droit, il est don. Il s’inscrit dans un rapport individuel où le coupable se juge encore humain, reconnaît le mal, s’en distancie et s’engage à être meilleur. La victime quant à elle, par la même transaction, juge de l’humanité de l’autre, reconnait, la souffrance que le coupable éprouve face à son acte, la souffrance qui peut aller de la honte à une pénible culpabilité. Le pardon dans ce cas correspondra à un geste salutaire, la rédemption du coupable, sa libération du passé qui l’enchaine à l’acte dévoyé qui, par son écart, l’éloigne de l’autre. »

Mais une autre dimension intervient immédiatement :

« Christique dans sa nature, le pardon sauve de la haine qui est une réponse possible et naturelle. Dans, le pardon, l’irréparabilité de la relation et l’irrémédiabilité de la faute sont rendues caduques : l’humanité y reconnaît la normalité de l’écart et la primauté de la relation. Le pardon n’efface pas le temps, il libère du temps arrêté par la faute, pour le laisser de nouveau couler afin de permettre à l’avenir d’advenir. »

On voit ainsi que l'humanité, si boiteuse qu'elle soit, si entachée d'écarts par rapport à la norme du vivre ensemble, si pesante de haine, possède encore des remèdes pour récréer un avenir possible, là où la faute avait arrêté le temps.

Mais, jusqu'à présent, faute et pardon confondus, nous restions dans le cadre d'une humanité et d'une transcendance divine. Alors, que se passe-t-il si les faits sortent de ce cadre ? Et, reprenant la terrible question d'Eugène Nshimiyimana :

« [...] Mais que penser quand la faute s’inscrit dans le mal absolu, celui qui renie et l’humanité et sa transcendance divine ? » [...] Nous parlons ici de la faute qui met en danger la morale du vivre ensemble, la faute qui compromet la relation, comme dans le cas d’un génocide, un mal absolu dans lequel plus rien ne peut plus avoir de sens. Ni l’homme, ni la loi.  Nul besoin donc de dire que le mal absolu éloigne les humains de leur humanité et partant les hommes de Dieu, que le pardon fait vivre parmi eux par la preuve d’amour que le pardon est censé apporter. À ce sujet, Kristeva pose bien que le pardon rapproche les hommes de la divinité dont la faute les éloigne. »

Alors, si le vivre ensemble n'est plus possible, si la morale est bafouée, si l'humanité est exclue, si la transcendance est reniée, reste-t-il une zone d'existence pour du « pardonnable » ? Pire, les conditions d'existence du pardon lui-même ne sont-elles pas détruites ? Nous assistons alors à l'effondrement d'un monde trinaire, de structure, de logique, et de psychologie. La chute est inévitable, à moins que, suivant Derrida, Nshimiyimana ne pose que :

« Pardonner n’aurait de sens que s'il a devant lui l’impardonnable. Ainsi, pour lui, le pardon n’aurait de sens que si justement il arrive là où il est moins attendu, impossible à concevoir. Tel est le vrai pardon, celui-là même qui envisage la possibilité de rédemption de l'autre, de l’espèce.

Cette élévation stupéfiante, si elle est possible, touche autant au retour de la transcendance qu'à la survie de l'espèce. Elle renvoie à la question bien classique sur l'existence de l'enfer, impasse butant ici sur l'impardonnable face même à l'amour inconditionnel de Dieu. Car :

« Comment alors comprendre cet impardonnable qui échappe à la clémence divine? C’est le crime des crimes, la faute qui sort du registre de l’humain, le mal absolu qui situe le criminel à la fois à la place de Dieu et du diable, au-dessus de toute morale : le crime de négation de la vie, celui qui efface la victime et, ce faisant, annule toute possibilité de pardon et de rémission. En éliminant l’autre, partenaire de la transaction, le coupable annule sa propre rédemption. Parce qu’il n’en a pas besoin. Il est déjà un dieu puisqu’il a accaparé la place de Dieu sans pour autant parvenir à le remplacer : son geste opère en un seul sens, parce qu’il supprime sans remplacer. Il est le dieu de la mort, un voleur qui ne saura jamais restituer. Si un meurtre ordinaire est en soi un crime impossible à pardonner du fait de l’absence du lésé, que peut-on alors dire d’un génocide ? Le génocide est par définition l’ultime négation de l’altérité. Il n’est pas négation de l’humanité de l’autre, il est négation de l’humanité tout court. »

Il n'en reste pas moins vrai que, toutes considérations transcendantes bien comprises et bien admises, peut-on pardonner au nom des autres ?

(À suivre....)

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