LETTROPOLIS publie L'Empire en
vacances,
suivi d'un second titre : Les Diamant de
Pauline,
de Claude FERRIEUX
Installez-vous confortablement, comme au théâtre... Chut
! Le rideau se lève :
LE RÉCITANT
Drôle d'idée, drôle de titre qui mérite que l'on s'y accroche. Quel empire
peut jamais être en vacances ? Quel historien barbu, chenu, lunetté d'importance pourrait jamais ajouter foi à ce titre ? C'est pourquoi, ouvrons nos oreilles, et écoutons ce petit
dialogue par lequel notre historien s'invite dans « Le Regard de Lettropolis » :
L'HISTORIEN ET L'ÉDITEUR
— Mais Monsieur, vous n'y pensez-pas ! Vous oubliez qu'un empire n'est que la
juxtaposition de divers peuples associés nolens volens sous une direction lointaine, juxtaposition branlante, hasardeuse, remuante par essence, n'attendant qu'une lézarde dans la grande
maison pour en précipiter la chute ! »
— Oui mais, Monsieur l'historien, nous avons affaire ici à un romancier, avec
toutes les autorisations et les audaces que lui confère la difficile définition du mot « roman ».
— Si vous croyez que raconter l'Histoire n'expose pas à autant de
difficultés...
— Certes, mais au son de votre voix je devine que vous évoquez l'Histoire
avec un grand H, un H majuscule propre à nous asséner de grandes vérités, à hacher – si vous le permettez – nos petites histoires en miettes.
— Vous me prenez pour un ogre peut-être ?
— Oh, je vois que j'ai touché un point sensible, l'Ogre, n'est-il pas le
surnom de l'Empereur ? Et cette fois, c'est moi qui y mets une majuscule.
— Des jaloux, des manipulateurs, des servants d'officines, des... Ah !
Si je les tenais...
— Si vous le voulez bien, laissons ce point à d'autres. Vous permettez que je
vous parle de ce roman ?
L'Historien (avec H majuscule) laisse échapper un soupir :
— Allons-y, je suis prêt au pire...
— Pour beaucoup d'entre nous, l'île d'Elbe n'est qu'un nom, un vague
territoire mal positionné...
— Les Français ignorent la géographie, chacun sait cela.
— Alors la meilleure façon de la leur faire aimer, c'est de leur raconter une
belle histoire. C'est ce que fait Claude Ferrieux. Il nous montre Napoléon devenu souverain de l'île, et comment, toujours grand organisateur, il lui insuffla son énergie mobilisatrice, comment,
accompagné de ses fidèles d'entre les fidèles, il mena, une fois de plus, cent affaires ensemble.
— C'était un homme, un vrai...
— Oui,avec ses grandeurs et ses faiblesses, ainsi, lorsque Claude Ferrieux
nous dépeint l'arrivée de Maria Walewska en son repaire montagneux
de Madonna del monte à Marciana...
— Ah ! Il connaît cela votre monsieur Ferrieux ?
— Et bien d'autres choses encore. Les
romans historiques sont aussi une belle machine à remonter le temps.
— Hum... Oui, si vous voulez... Enfin...
— Et qui plus est, il s'intéresse au sort des petits, ces grands oubliés de l'Histoire...
— Ne serait-ce pas une pierre en mon jardin ?
— Un gravier, tout au plus. Donc, il s'en passe des choses autour de cette visite, il en faut du monde, des régiments pour en
assurer la sécurité, des gens de maison, et parmi eux, deux belles lingères polonaises dont l'une, Ludmilla, tombera sous le charme d'un jeune soldat prénommé Camille.
— Et ils se marieront, vivront longtemps et auront beaucoup d'enfants ?
— Ça, je ne vous le dévoilerai pas. Mais plus important est la douceur, la tendresse même qui se dégage de ces lignes. Vous
verrez, Claude Ferrieux est un auteur de qualité, de cette qualité tranquille des bons enseignants qui ne forcent pas la note, qui vous donnent envie de remâcher l'histoire, d'y revenir, tout
tranquillement. Oh ! Il n'use pas des grandes tirades, il refuse les flamboyances, les excès de tous genres. Simplement, il pose un regard apaisant sur les êtres et les choses...
— N'est-ce pas un peu mièvre, cette façon de raconter ?
— Point du tout, car les trahisons, les hésitations, les peines, les douleurs ne sont point absentes. Simplement elles ne sont
pas traitées dans l'embrasement du romantisme, ni dans la noirceur entretenue d'un Zola, encore moins dans la dégoulinade morvo-sanguinolente des modes récentes.
— Dites ! N'êtes-vous pas en train de me faire l'article ?
— Vous en ferez ce que vous voudrez. Je vous dis simplement qu'il y a dans l'écriture de Claude Ferrieux, une certaine leçon de
psychologie, car les héros ont tous leurs fêlures, leurs trahisons parfois, dont il faut bien qu'ils s'accommodent. Ainsi va la vie... si nous voulons bien regarder en nous-mêmes.
— Là, vous marquez un bon point.
— Et pour peu que le sérieux de vos études n'ait pas altéré votre sensibilité, vous y trouverez aussi une petite musique sous
le charme de laquelle, je vous le garantis, vous tomberez.
— Je veux bien vous croire, mais , j'y pense... ce genre de roman, ne pourrait-il pas mener de jeunes esprits à aimer
l'Histoire ?
— D'une pierre deux coups en quelque sorte...
— Mais il faudrait d'abord que j'en juge par moi-même.
— Bien entendu. Et je suis sûr que cette lecture vous rafraîchira l'âme, et vous donnera même envie de visiter cette belle île
méditerranéenne.
— C'est vrai. Je ne l'avais jamais vue que sur une carte... et les vacances approchent... Je me demande...
LE RÉCITANT
L'historien – nous voulons dire l'Historien – repartit vers ses études, mais, je puis vous l'assurer, une sourire nouveau éclairait
son regard.
L'Empire en vacances
Les Diamants de Pauline
190 pages
4,85 €
Avec les compliments de Lettropolis, édition numérique de textes numérisés appelés
OLNIs® (Objet Littéraire Naviguant sur Internet)
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